LA FORTUNE ET LE BUCHERON
mon sort? Elle viendrait peut-être me trouver en dormant! C’est convenu : je n'irai plus à la forêt! »
Le jour suivant le büûcheron resta au lit. Sa femme, ne le voyant pas se lever à son habitude, vint pour l’éveiller.
« Allons, Jean, lui dit-elle ; il temps de te lever; le coq a chanté depuis longtemps.
— Il est temps, dis-tu; mais. temps de quoi ?
— D'aller abattre les arbres dans la forêt.
— Oui, pour gagner de quoi vivre aujourd’hui, puisque telle est notre misérable condition.
— Que veux-tu y faire, mon pauvre Jean ?
Nous devons nous soumettre aux caprices de la Fortune qui n’a jamais voulu nous favoriser.
— Eh bien, femme, j'en ai assez des caprices de la Fortune. Si elle veut venir me trouver, icimême, dans ma misérable cabane, elle viendra. Mais je n’irai plus au bois, c’est chose décidée.
— Allons, mon pauvre Jean, es-tu devenu fou ? Crois-tu que la Fortune va venir te trouver si tu ne cours pas après elle ? Lève-toi, prends ta hache et ta cognée, et rends-toi à la forêt. Sinon, nous mourrons bientôt de faim ; ne sais-tu point qu’il n’y a pas de pain à la maison?
— Que m'importe ? Je t’ai dit que je ne me
lèverais pas et que je ne me rendrais point à la forêt. Rien ne me fera changer d’avis. Laissemoi. »
Ce fut inütilement que la pauvre femme supplia, pria et pleura; son mari fut inflexible. Le bûcheron persista à rester couché dans son lit pour y attendre la Fortune.
Peu après, un homme du village arriva chez le bûcheron.
« Ami, dit-il, jai une charge à transporter ; ne pourrais-tu prendre tes deux mulets et venir m'aider dans mon travail ?
— Je le regrette, voisin, mais j'ai juré de rester au lit, et rien ne me fera manquer à mon serment.
— Alors, prête-moi tes deux mulets. Je te donnerai une récompense pour ce léger service.
— Soit, voisin; prends mes mulets. »
Le villageois avait trouvé un trésor dans son champ et c'était ce trésor qu’il voulait transporter à sa maison. Il emmena les animaux, les chargea et reprit le chemin du village.
Il allait y arriver, lorsqu'il aperçut un peu plus loin les gendarmes de la police. Notre homme savait fort bien que tout trésor enfoui dans le sol était au Sultan, et que se lapproprier était considéré comme un crime puni de mort. Aussi s’enfuit-il, abandonnant les mulets qui n’eurent rien