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Le Renard fut donc nommé le Roi des animaux.
Sur le plateau, il aperçut un tronc d’arbre pointu.
« Ce sera mon trône, dit-il. Toi, Ours aux jambes torses, prends ce tronc et enfonce-le dans le sol avec laide du Loup. »
L’Ours apporta le bois pointu et creusa la terre; puis, avec l’aide du Loup, il édifia le trône sur lequel s’assit le Renard.
« Ainsi, songea le roi, je ne serai pas à la portée de la griffe de mes sujets! »
Puis, s'adressant au Loup, à l’Ours, au Singe, au Chacal et au Faucon gris, il dit :
« Mettez-vous en cercle autour du trône et tenons conseil. »
Les animaux obéirent.
« Mes chers sujets, reprit le Renard, comme je vous l'ai dit déjà, voici la saison où les Nomades se déplacent pour aller à la recherche des pâturages. Profitons de leur passage.
« Toi, Faucon gris, tu monteras dans le ciel et tu guetteras l’arrivée des Turkomans; quand tu les auras aperçus, tu nous préviendras.
«Moi, Renard, je marcherai le premier pour attirer l’attention des femmes qui conduisent les chameaux; elles seront fort aises de me voir et elles se mettront à ma poursuite; j'irai lentement afin de les entraîner au loin.
« Toi, Loup, tu me suivras à quelque distance; quand les Turkomanes se seront mises à ma poursuite, tu pousseras de grands cris; elles seront effrayées et se disperseront.
« Toi, Chacal, tu monteras sur les chameaux qui portent les tentes, le beurre et le grain concassé, et tu détacheras ces animaux de la ligne en coupant les licous.
« Toi, Ours, et toi, Singe à tête d'homme, vous conduirez les chameaux jusqu’à l'endroit où maintenant nous tenons assemblée.
— Bien dit! s’écrièrent les animaux.
— Bien dit! ajouta le Faucon gris. »
Ces ordres étant donnés, le roi Renard reprit:
« Faucon aux plumes grises, l’heure est arrivée de voler au plus haut du ciel.
— Hou! hou! hou! fit le Faucon gris. »
Et, comme une flèche que lance une main sûre, il monta, monta, monta, et bientôt ne fut plus qu’un point noir dans l’espace.
Une heure plus tard, il descendit.
« Renard, roi, j'ai vu! dit-il.
— Oiseau, qu’as-tu vu?
— Jai vu la caravane des Turkomans qui s’allonge dans le désert; en tête vont les femmes et elles chantent des chansons d'amour.
— Conduis-nous, Faucon gris. »
Le roi-Renard, et Je’lLoup,:et YOurs Fete
Singe, et le Chacal, l’un suivant l’autre, marchèrent derrière le Faucon jusqu’à ce qu’on fût un peu en avant de la caravane.
Le roi Renard s’approcha des chameaux; les femmes Turkomanes filaient tranquillement leur quenouille et chantaient de douces chansons d'amour.
Lorsqu’elles aperçurent le Renard, les jeunes filles crièrent :
« Au renard ! au re::ard! au renard! »
A ce cri, les vieilles femmes répondirent :
« Au renard! au renard! au renard! »
Et, laissant là leurs quenouilles, elles coururent devant les chameaux et poursuivirent le roi Renard.
Alors arriva le Loup.
« Eaou! haou ! haou! fit-il.
— Le loup! le loup! crièrent les femmes. »
Et aussitôt de s'enfuir épouvantées, les unes à droite, les autres à gauche, et de chercher un refuge.
Le Chacal veillait. En un instant, il rongea les licous des chameaux ; lOurs et le Singe accoururent, rassemblèrent les longes de cuir et entraînèrent les animaux vers le plateau où le fils de la pauvre veuve avait établi son foyer.
Les Turkomans, qui s'étaient attardés à une lieue de là, arrivèrent trop tard; il ne leur restait
plus que quelques chameaux que les femmes avaient réussi à retenir par la bride.
« Loup maudit! juraient les vieilles. Loup maudit qui nous a empêchées de prendre le Renard. Maudits soient aussi l’Ours et le Singe qui ont enlevé les chameaux ! »
Mais leurs cris étaient inutiles.
Lorsque les animaux furent rentrés au camp avec leur prise, le roi Renard dit :
« Faucon gris, monte au ciel et sois notre sentinelle; les Turkomans nous poursuivent peutêtre. »
Le Faucon pris s’éleva et monta dans le ciel.
« Maintenant, ordonna le Renard, déchargeons ‘les chameaux. »
Le Singe s’attacha au licou des chameaux et tira de toutes ses forces; l'Ours imita le cri des chameliers :
«Ihlüihliïhl »
Les chameaux s’agenouillèrent, et le Chacal dénoua les verdoyers.
Puis on dressa une tente magnifique, et dans cette tente, on installa un lit pour le jeune homme.
Alors le Renard prit la parole :
« Les Turkomans vont se mettre à notre recherche, dit-il, et ils ne manqueront pas de retrouver notre trace et de nous enlever notre butin.
Que l’Ours et le Singe prennent les chameaux par le licou et qu’ils les reconduisent vers les Nomades. Heureux d’avoir recouvré leurs montures, les Turkomans abandonneront leurs bagages et leur nourriture, et ils nous laisseront en paix.
— Tu es sage! s’écriérent les animaux; dans ta tête pointue il y a l’esprit d’un vieillard. »
Et le Singe et l’Ours, prenant les chameaux par les longes, les reconduisirent derrière un petit bois où les Turkomans furent très heureux de les retrouver.
Vers le soir, le roi Renard s’en alla à la rencontre du jeune homme.
« Le salut sur toi! dit-il. »
Et il l’accabla de caresses en agitant joyeusement sa longue queue traineuse, balayeuse de sentiers.
Quand le fils de la pauvre veuve fut arrivé sur le plateau, il se frotta les yeux: une tente fort riche était dressée auprès d’un grand foyer, et les animaux alentour étaient assis en rond.
« Qu'est-ce? se dit-il. Seraient-ce les nomades tribus turkomanes qui se déplacent et sont venues s'établir en cet endroit? »
Néanmoins il s’avança, et, ne trouvant personne dans la tente, il y entra. Le roi Renard l’y suivit, le caressa encore de sa queue balayeuse de sentiers et lui dit:
« Cher maître, cette tente est à toi!
— À moi?
— Oui, et aussi ce lit où tu reposeras tes membres fatigués. »
Le jeune chasseur ne comprenait point d’où lui venaient cette tente et ce lit.
« Qu'importe! se dit-il. Cela m'appartient, le Renard mon hôte me l’a assuré! »
Et il distribua son gibier à ses hôtes, ne gardant pour lui qu’un seul oiseau.
La cuisine maintenant était délicieuse, car le jeune homme avait du beurre et du blé concassé, et des vases pour faire cuire le pilau.
Chaque jour il s’en allait à la chasse, et chaque soir il rapportait sept pièces de gibier, cinq pour les animaux, une pour le Faucon gris, et la dernière pour lui. Le Renard allait à sa rencontre lors de la nuit tombante, et il le caressait ainsi qu’un ami, avec sa queue trainante, balayeuse de sentiers.
Un jour le roi Renard tint une assemblée. Il s’assit sur le trône — le bâton pointu — et il dit à ses sujets :
« Souvenons-nous des bienfaits dont nous a comblés notre cher bon petit maître.
— Souvenons-nous! dirent les animaux et le Faucon gris.
— Nous avons trouvé, continua le roi Renard,
une tente pour notre maître, et aussi un lit, des vases de cuisine, du blé concassé et du beurre que nous avons enlevé aux nomades tribus turkomanes. Notre cher bon petit maître a tout ce qu’il faut pour vivre convenablement; cependant il manque quelque chose à son bonheur.
— Qu'est-ce? demandèrent les animaux et le Faucon gris.
— Écoutez, mes fidèles sujets! Notre maître travaille pour nous nourrir, et nous nourrir, c’est nous faire plaisir.
— C'est vrail dit l’'Ours en se frappant sur le ventre.
— Aussi il est bon que nous travaillions pour faire plaisir à notre hôte. Il faut que nous lui cherchions une compagne, une épouse. Cette femme sera divinement belle.
— Oui, cherchons une femme divinement belle!
— Que chacun de nous propose la femme qu'il sait être la plus belle de la terre, la jeune fille qui puisse être notre reine et la compagne de notre cher petit maître. »
- Les animaux dirent : ;
« Roi Renard, tu as raison. Parle le premier.»
Le Renard se gratta le front.
« Je connais, dit-il, une jeune fille, une vierge, . plus belle que la lune et que les étoiles qui brillent
au ciel bleu. Cette femme est faite pour régner; malheureusement elle est borgne, car elle a un œil aussi gros qu’une orange. Si vous l’acceptez pour être la compagne de notre maître, j'irai au royaume de son père, je l’enlèverai et je l’amènerai à notre foyer.
— Non! non! crièrent tout d’une voix les animaux et le Faucon gris; nous ne voulons pas d’une reine qui soit borgne! »
Le roi, Renard, le malin balayeur de sentiers, mentait; il ne connaissait point la vierge borgne, mais il craignait d’être chargé de ramener la princesse merveilleuse qu’il eût pu désigner!
Le Faucon gris prit la parole:
« Roi Renard, et vous, mes compagnons, écoutez. Au cours de mes voyages, j'ai vu une vierge merveilleusement belle, plus belle qu'aucune autre fille des hommes et plus belle que les enfants des génies. C’est la fille unique du puissant roi du Maroc. »
L'assemblée dit :
« La fille du roi du Maroc sera l’épouse de notre maître. Faucon aux plumes grises, toi dont les serres sont puissantes, va, enlève la princesse et amène-la à notre foyer! »
Le Faucon gris regretta d’avoir parlé, mais il était trop tard!
Alors il se mit en route, passa par dessus
plaines et vallées, collines et montagnes, fleuves et mers, et finit par arriver dans le royaume du Maroc.
Dans les jardins du roi, la jolie princesse se promenait avec ses filles d'honneur, de belles esclaves qui avaient ordre d’obéir à toutes ses volontés. Elle était simplement vêtue de blanc, mais comme elle était ravissante!
En parcourant les sentiers, elle vit sur un rosier trois boutons de rose près de s’entr'ouvrir et sur la même branche. Elle s’éloigna, puis elle dit à ses esclaves :
« Je donnerai la liberté et aussi des présents fort riches à celle d’entre vous qui trouvera sur une même branche trois boutons de rose près d’entr'ouvrir leur corolle. »
Les esclaves s’empressèrent de courir vers les
. rosiers et de rechercher la branche portant les
trois boutons près de s’entr'ouvrir. La fille du roi
de Maroc resta seule au milieu du jardin.
Le Faucon aux plumes grises se laissa tomber du haut du ciel. La princesse effrayée jeta un cri. Mais déjà l'oiseau l'avait saisie par la ceinture et avait aussitôt repris son vol dans l’espace.
Il vola, vola, traversa mers et fleuves, vallées et montagnes et enfin arriva sur le plateau, auprès de la tente de son jeune maître.
« Charmante princesse, dirent les animaux,
n’ayez point crainte; cette tente est la demeure de notre seigneur, un jeune homme de beau visage, au cœur généreux comme aucun. »
Ce soir-là, le roi Renard s’en alla à la rencontre de son maitre, et il le caressa longuement de sa longue queue traîneuse, balayeuse de sentiers.
En rentrant dans sa tente, le jeune chasseur fut fort étonné, et aussi fort charmé, de voir une jeune fille merveilleusement belle qui avait mis tout en ordre dans la demeure et avait préparé un repas des plus délicieux.
« Fille divine, dit-il, qui que tu sois, tu es la bienvenue sous ma tente. Veux-tu être mon épouse ?
— Je le veux, car tu es beau et tu as le cœur généreux! répondit simplement la fille du roi du Maroc. »
Le chasseur avait rapporté huit pièces de gibier que l’on mangea pour le repas des épousailles. Et ce soir-là, la princesse fut la femme du jeune homme.
Mais laissons pour un instant les deux nouveaux époux et les animaux leurs serviteurs, et revenons au palais du roi du Maroc.
Lorsque les esclaves eurent vu le Faucon gris s’abattre sur la princesse, puis l’enlever au plus haut du ciel, elles se mirent à jeter des cris dé-
ee
chirants. Le roi accourut à leurs lamentations et s’enquit de ce qui était survenu.
Le pauvre père aimait tendrement sa fille; il pleura longtemps, pensant bien qu’il ne reverrait jamais son enfant adorée. Puis il réunit ses ministres en conseil et délibéra avec eux.
Il fut décidé qu’on enverrait par tout le royaume du Maroc et par tous les pays voisins des crieurs publics qui promettraient la moitié du Maroc à celui qui ramènerait vivante la princesse si extraordinairement enlevée par le Faucon gris.
Les crieurs se répandirent donc de partout, mais plusieurs jours se passèrent et personne ne se présenta pour raniener la jeune fille.
Aussi combien grande était l’affliction du pauvre roi!
Enfin, pourtant, il se présenta au palais une misérable vieille, loqueteuse et sale, qui demanda à parler au roi. D'abord on la repoussa, mais, comme elle insistait, on l’introduisit dans la salle du trône.
« Roi, dit-elle, tu as promis la moitié de ton royaume à qui te ramènerait ta fille chérie.
— Oui, répondit-il.
— Eh bien! je me charge de retrouver la princesse et de la conduire jusqu'ici. En récompense — comme je fais fi d’un royaume — tu me don-
— es
neras de quoi terminer convenablement ma pauvre existence. »
Après avoir parlé de la sorte, elle demanda une grande jarre de terre et quelques pierres précieuses qu’elle mit au fond. Puis, se plaçant à cheval sur le vase de grès, et se servant en guise de fouet d’un serpent enroulé autour de son poignet, elle monta dans l’air et vola ainsi qu’un aigle aux ailes puissantes.
Au point du jour, la vieille magicienne d’enfer arriva au plateau sur lequel était élevée la tente des jeunes époux.. Elle descendit de son étrange monture, et cacha la jarre de terre dans un épais buisson de myrtes.
Le jeune homme passait son temps fort agréablement dans la douce et charmante compagnie de la princesse du Maroc.
Le matin, il s’en allait à la chasse, et il tuait toujours huit oiseaux, un pour le Renard, un pour le Loup, un pour l’Ours, un pour le Chacal, un pour le Singe, un pour le Faucon gris, et les deux derniers pour la princesse et pour lui-même.
Quant à la jeune femme, elle s’occupait de la tente et de la cuisine, et quand tout était en ordre, elle faisait de longues promenades sur le plateau ou aux bords de la rivière fleurie où chantaient tant de jolis petits oiseaux.
Un matin, à son habitude, la fille du roi du
Maroc était sortie se promener au bord de la rivière, lorsque tout à coup une voix, auprès d’elle, se fit entendre. D’abord elle pensa à s'enfuir, mais, reprenant un peu de courage, elle s’avança et dit :
« Toi qui me parles, es-tu un ange béni ou un noir démon de l’enfer ?
— Je ne suis pas un démon, répondit la voix; je suis la créature du Dieu qui m'a faite. Belle jeune fille, ayez pitié de moi; ne me laissez pas abandonnée sur cette montagne solitaire. »
La princesse eut pitié de la vieille femme qui venait de sortir d’un buisson.
« Viens avec moi, vieille, dit-elle, tu seras ma compagne dans ce séjour retiré. »
Et elle emmena sous sa tente la vieille si laide qui n’était autre que la magicienne envoyée par le roi du Maroc.
Ce jour-là, le chasseur revint ayant tué neuf pièces de gibier.
Tout le monde était heureux sur la montagne.
Les animaux bénissaient leur maître si bon qui les nourrissait du produit de sa chasse; la princesse du Maroc se réjouissait d’avoir trouvé un époux aussi beau et aussi aimable; le jeune homme rendait grâce à son bon destin de l'avoir tiré du malheur et de lui avoir donné une femme ravissante.
Chaque matin, la fille du roi de Maroc allait se promener à son habitude et elle se faisait accompagner de la vieille femme dont la conversation intarissable ne manquait pas d’un grand charme.
Un certain jour, la vieille emmena la princesse du côté de la rivière. Tout à coup, la sorcière fit un faux pas, trébucha et manqua de tomber.
« Qu'est-ce? demanda la jeune femme.
— Je ne sais, j'ai trébuché contre une pierre, sans doute. »
Et, faisant semblant de chercher, elle montra une grande jarre, le vase de terre sur lequel elle avait fait le voyage.
« Maïs, dit la fille du roi du Maroc, c’est un vase de terre.
— Peut-être renferme-t-il quelque trésor! »
La princesse souleva la jarre et vit au fond quelque chose de brillant. Elle regarda attentivement, et-s'écria :
« Ce sont des pierres précieuses!
— Prenez-les! dit la magicienne. »
La jeune femme entra la tête dans l’ouverture de la jarre. Mais aussitôt la méchante vieille la poussa si fort que la princesse tomba dans le vase. Et vite, la sorcière monta sur la jarre, la fouetta de son serpent, et s’éleva, s’éleva dans les airs, puis se dirigea vers la capitale du royaume du Maroc.
Comme sa maitresse ne revenait point, le Renard monta sur le bois pointu et tint conseil.
« Allons à la recherche de notre reine, dit-il. »
Les animaux se dispersèrent par la montagne, et le Faucon gris monta dans le ciel bleu. Vaines recherches; la fille du roi du Maroc avait disparu avec la vieille.
Le Renard, ce soir-là, n’alla point au devant du jeune homme, car il était triste et honteux d’avoir laissé enlever sa maîtresse.
Le chasseur n'avait tué que sept oiseaux et, sur son chemin, il se désolait pensant que quelque malheur était arrivé à son foyer.
« Hélas! disait-il, deux de mes fidèles compagnons sont morts, car je ne vois point le Renard venir me caresser de sa longue queue balayeuse de sentiers ! »
Le Renard, auprès de la tente, était couché avec les autres animaux, et tous poussaient des gémissements douloureux.
Le chasseur entra dans la tente; la demeure était vide. Alors le malheureux jeune homme comprit qu’il avait perdu sa compagne chérie, la fille du roi du Maroc, et, tombant sur le tapis, ïl resta toute la nuit à se lamenter.
Le lendemain, le roi Renard assembla les animaux et le Faucon gris, et il monta sur le bois pointu.
« Mes compagnons, mes sujets et ministres, dit-il, notre cher bon petit maître est triste, il pleure et se lamente, car sa tente est vide; il a perdu la merveilleuse princesse du Maroc, sa chère petite femme que nous lui avions donnée et que lui a enlevée la vilaine vieille, sorcière d’enfer. |
— Que ferons-nous ? demandèrent les animaux.
— Oui, que ferons-nous ? ajouta le Faucon gris.
— Nous retrouverons la princesse et nous la ramènerons au foyer de notre maître. Toi, Faucon aux plumes grises, prends ton vol et va chercher la jeune femme.
— Hou! hou! fit le Faucon gris; une fois j'ai été habile, mais deux fois je ne saurais l'être. La fille du roi est bien gardée dans le palais de marbre de la Cité d'Or. Comment ferai-je pour l’enlever ?
— Faucon gris, tu es rusé. Va, nous le voulons!
— Hou! hou! j'irai, mais vous m'aiderez.
Vous ferez sortir la princesse et je l’enlèverai.
— Soit! dit le Renard. Nous t’'accompagnerons et nous t’aiderons, mais tu nous porteras au royaume du Maroc. »
Ceci convenu, le Renard, le Le l'Ours, le Singe et le Chacal montèrent sur le dos du Faucon gris. L'oiseau aux plumes grises s’éleva, s’éleva, lourdement, mais arrivé au haut du ciel, il dé-
ploya toutes grandes ses ailes et fut bientôt auprès de la capitale du roi du Maroc.
Le Renard tint conseil et décida ce qu'il fallait faire.
Un champ était là, nouvellement récolté, et auprès était une charrue abandonnée.
Le roi Renard attacha le Loup et l’Ours à la charrue et dit:
« Vous serez mes bœufs! »
Et il commença, lui laboureur, à labourer le champ. Le Faucon gris monta dans le ciel jusqu’à ce qu’il ne fut plus qu’un point noir dans l’espace.
Vint à passer un voyageur.
« Le merveilleux spectacle! dit-il en se frottant les yeux. Voici qu'un renard conduit un attelage où les bœufs sont un ours et un loup! »
Et il courut à la ville raconter la chose aux gens des faubourgs.
« Tu es fou, vieil imbécile! lui dit-on. »
Mais, comme il insistait, quelques-uns sortirent des murs et se convainquirent que le voyageur avait raison, et qu’un renard labourait avec l’aide d’un ioup et d’un ours. Toute la ville voulut voir cet étrange spectacle.
Quelques-uns même furent épouvantés, car ils disaient :
« Voici que Îa fin du monde approche; le dernier jour du Jugement va venir! »
Le bruit en arriva jusqu'aux oreilles des ministres, puis jusqu’à celles du roi du Maroc.
« C’est chose bien curieuse, dit le roi. Aussi je veux aller voir cet étrange laboureur. Mes ministres m’accompagneront, et avec eux les princes de ma famille, mes femmes et ma fille. »
Le Renard n'avait pas cessé de labourer devant le peuple assemblé. Il allait poussant la charrue, fouettant tour à tour l'Ours qui grognait et le Loup qui hurlait.
Le roi arriva avec la princesse, les femmes, les ministres et les seigneurs de la cour.
« Ah! pensa la princesse, voici le Renard, l’Ours et le Loup, les serviteurs de mon cher petit mari! Certes, c’est une ruse des animaux pour me faire sortir hors du palais. Le Faucon gris est lä-haut dans le ciel, prêt à fondre sur moi et à m'enlever. Puisse-t-il réussir! »
Et pour aider le Faucon gris, elle se ceignit la taille de trois ceintures très résistantes, Mais elle avait beau lever les yeux vers le ciel, elle ne voyait rien, rien qu’un petit point noir immobile dans l’espace, et elle ne pensait point que ce fût le Faucon gris.
Une heure se passa; le Renard menait toujours son attelage vite et plus vite, au grand émerveillement du roi et de sa cour.
Tout à coup, la princesse remarqua que le
point noir grossissait, et bientôt elle reconnut le Faucon gris qui l'avait emportée déjà.
« J'ai besoin de pl! dit-elle à ses suivantes. »
Et elle descendit de voiture.
Mais comment p.... devant la foule assemblée ?
Les esclaves dressèrent une tente ouverte par le haut, et la fille du roi du Maroc y entra pour satisfaire à son besoin. L'oiseau était toujours au ciel.
La jeune femme tira son mouchoir blanc et l’agita pour appeler le Faucon gris. L'oiseau l’'aperçut, et, se laissant tomber, il saisit la princesse par ses trois ceintures et l’enleva comme la première fois. Les esclaves jetèrent de grands cris, mais l'oiseau monta dans le ciel et bientôt disparut.
Le roi Renard avait vu ce qui venait de se passer. Il laissa la charrue et, sans prendre la peine d’enlever les harnais du Loup et de l’Ours, il se remit en route pour le plateau où restait son maitre, le jeune chasseur. Le Loup et l’Ours, abandonnés de la sorte, hurlèrent, grognèrent d’une façon épouvantable, et essayèrent de se débarrasser des courroies qui les tenaient attachés à la charrue. Ils n’y parvinrent que fort difficilement, l’Ours le premier, étant le plus fort. Le pauvre Loup restait encore.
« Ami Chacal, implora-t-il, ronge les courroies, ou ces mauvaises gens me tueront|! »
Le Chacal accourut et, de ses dents pointues, il coupa les courroies des harnais. Puis, en compagnie du Singe, les animaux se frayèrent un passage dans la foule et se dirigèrent vers la montagne, où ils arrivèrent le lendemain.
Durant l'absence de ses hôtes, le chasseur n'avait tué qu’une seule pièce de gibier.
Quand les animaux furent revenus à la montagne ramenant la belle princesse du Maroc, le Renard partit pour retrouver son maître. Il le rencontra au coucher du soleil, et lui fit mille et mille caresses en agitant joyeusement sa longue queue traîneuse, balayeuse de sentiers. Le jeune homme, qui rapportait huit pièces de gibier, comprit qu'il lui arrivait un grand bonheur.
Aussi se hâta-t-il de revenir à la tente. Le foyer flambait, la princesse préparait le pilau, les animaux étaient assis en rond autour du bois pointu sur lequel trônait le Faucon gris dans l’attente du Renard. Vous jugez du bonheur du jeune époux de la princesse du Maroc!
Lorsque les jeunes époux se furent retirés dans leur tente pour se livrer à toutes leurs caresses, le roi Renard dit:
« Faucon gris, descends du trône, car je veux - présider le conseil.
Le Faucon descendit et le roi Renard monta sur le bois pointu.
« Mes chers frères et sujets, compagnons et ministres, dit-il, le roi du Maroc pourrait fort bien envoyer à nouveau la vieille sorcière qui une première fois déjà a enlevé notre reine.
— C’est vrai! dirent les animaux.
— Hou! hou! c’est vrai ! ajouta le Faucon gris.
— Veillons donc au salut de notre chère petite maîtresse. À tour de rôle nous ferons sentinelle la nuit et le jour. Si la vieille magicienne d’enfer revient à notre foyer, nous la tuerons et nous la dévorerons ; seulement ayez soin de ne pas déchirer ses vêtements, et de laïsser la tête intacte. Alors nous clouerons tête et habits à un arbre en face de la tente de notre cher maître. »
Les animaux promirent d’obéir, et chacun s’en fut se coucher, sauf l’Ours qui resta en sentinelle.
Mais laissons les animaux faire le guet; laissons aussi le jeune homme se divertir joyeusement sous sa tente avec la princesse, et retournons auprès du roi du Maroc. |
L'empereur avait été grandement afligé de la perte imprèévue de sa fille, mais il s'était bientôt rassuré en songeant à la vieille sorcière. Il envoya vers elle un homme qui lui dit:
«Reviens au palais; mon maître veut te parler! »
“ho TRADITIONS DE L'ASIE MINEURE
La magicienne accourut et s’engagea à ramener la princesse.
Elle reprit sa jarre, monta dessus, agita le serpent qui lui servait de fouet, s’éleva dans l'air et se dirigea vers la montagne où le jeune homme avait élevé sa tente.
Les animaux et le Faucon gris veillaient toujours. Quand le tour du Renard était venu, il s’asseyait sur le bois pointu, son trône. De la sorte, il ne craignait point de s’endormir, car, à chaque fois qu’il était pris de sommeil, il glissait, roulait sur le gazon et se réveillait.
Au point du jour, le Renard était en sentinelle, lorsqu'il vit une petite vieille descendre du ciel et s’arrèter auprès de la rivière. Elle était à cheval sur une grande jarre de terre qu’elle fouettait d’un serpent enroulé autour de son poignet.
« La vilaine sorcière ! pensa le roi Renard. »
Et, descendant du bois pointu, il courut au Loup, à l'Ours, au Singe, au Chacal et au Faucon, et il les réveilla.
« La magicienne est arrivée, n’oubliez pas de la tuer, ainsi qu’il est convenu! dit-il. »
Et tous ensemble se précipitèrent sur la vieille sorcière, et ils la dévorèrent en se gardant bien de toucher à la tête ni aux vêtements.
« Toi, Ours, dit le roi Renard, prends cette tête
et ces vêtements, et cloue-les à un arbre auprès de la tente de nos maîtres. »
Ce qui fut fait suivant l’ordre du roi des animaux.
Lorsque, le matin, la princesse s’éveilla et qu’elle sortit de la tente, elle vit une tête de vieille clouée à un arbre, et, à côté, des vêtements. Elle comprit que cette vieille était la vilaine sorcière que le roi du Maroc avait de nouveau envoyée afin de l’enlever, et elle se réjouit en son cœur de l’aide que venaient de lui donner les animaux.
Cependant la magicienne avait dit au roi du Maroc :
« Si je ne suis pas revenue dans quarante jours, c’est qu’il me sera arrivé malheur! »
Et elle lui avait fait connaître l’endroit précis où la princesse demeurait avec le jeune chasseur et les animaux.
Le roi du Maroc attendait impatiemment le retour de la vieille sorcière. Les quarante jours enfin s'étaient écoulés et l’envoyée n’était pas revenue.
« Sans doute, pensa le roi, la vieille est morte dans cette entreprise et je ne reverrai point ma fille. »
Et il assembla ses ministres qui décidèrent d’envoyer une armée vers la montagne où la princesse était prisonnière.
L'armée se réunit, et il se trouva qu’elle comptait plus de cent mille soldats. On se mit en route; après une longue marche, on arriva devant la montagne, et il fut convenu qu’on en ferait le siège.
Le Faucon gris avait vu venir l’armée du roi du Maroc.
« Hou! hou! mes frères, dit-il, voici qu’arrive une armée si nombreuse que je n’ai pu même en compter les généraux! »
Le roi Renard tint conseil. Il monta sur son trône, le bois pointu, et il dit:
« Mes frères et sujets, compagnons et ministres, . tenons conseil. Nous ne pouvons à nous six résister aux troupes de l’empereur du Maroc.
— Mes dents sont longues, dit le Loup.
— Et les miennes sont pointues, dit le Chacal.
— Mes pattes torses sont robustes, dit l’Ours.
— J'ai plus d’un tour dans ma tête, dit le Singe.
— Houl! hou! je saurai bien être utile, dit le Faucon.
— C'est vrai, reprit le roi Renard, mais nous ne sommes pas assez nombreux. Voici ce qu'il nous faudra faire. Toi, Loup, va chez les loups et amène tous ceux de ta race; Ours fais-en autant, et toi Chacal, et toi Singe, et toi Faucon. Pour moi, jappellerai tous les renards. »
Comme la nuit était venue, et que le chasseur et sa jeune épouse étaient déjà couchés sous la tente, les six animaux s’en furent appeler à leur aide tous les animaux de leur race. Aussi le lendemain, le plateau était-il occupé par six armées nombreuses comme les étoiles au ciel : l’armée des renards, l’armée des loups, l’armée des ours, l’armée des chacals, l'armée des singes; par-dessus volait, obscurcissant le soleil, l’armée des faucons gris.
Alors le roi Renard monta sur le trône, le bois pointu, et il harangua l’armée des animaux :
« Frères et sujets, compagnons et ministres, dit-il, salut! L'armée du roi du Maroc nous entoure, il nous faut agir de ruse si nous voulons vaincre.
« Toi Faucon aux plumes grises, et vous faucons gris, prenez des pierres pesantes dans vos serres, élevez-vous au-dessus de l’armée ennemie, et quand elle s’ébranlera, assaillez-la de vos projectiles ;
« Toi Chacal, et toi Singe, conduisez votre armée dans le camp marocain aussitôt que viendra la nuit. Rongez, coupez les licous, les courroies et les traits de la cavalerie; faites de même pour les bandoulières des fusils et les ceinturons des sabres et des épées;
« Quant à nous, renards, ours et loups, nous assaillerons de trois côtés l’armée du Sultan. »
Chacun jura d’obéir.
L'armée marocaine était commandée par le grand-vizir, le premier ministre du Sultan. Avant que d’attaquer la montagne, le général ennemi voulut sommer le jeune homme de rendre la princesse. Et pour cela, il lui envoya un ambassadeur.
Les avant-gardes des deux armées étaient arrivées à presque se toucher. L’envoyé du vizir, à peine sorti de l’armée marocaine, eut donc à traverser les rangs des bataillons des renards, des loups et des ours. Tous ces animaux glapissaient, hurlaient, grognaient et montraient les dents, ce qui effraya grandement l'ambassadeur. Mais ils ne lui firent aucun mal, sur l’ordre du roi Renard.
Le Renard reçut l’envoyé avec courtoisie et il le conduisit sous la tente du chasseur et de son épouse.
« Je suis envoyé, dit l'ambassadeur, par le puissant vizir du très puissant empereur et sultan du Maroc pour vous sommer de rendre la jeune princesse marocaine que vous avez enlevée par vos charmes et vos enchantements. Si vous obéissez à cet ordre, il ne vous sera fait aucun tort et l’armée marocaine se retirera de vos terres. Autrement le vizir, mon maître, se trouvera forcé de s’emparer de la princesse par la force.
— Dites au vizir, votre maître, que nous ne
rendrons la princesse à aucun prix. Nous acceptons la guerre! répondit le roi Renard. »
L’ambassadeur se retira vers le camp ennemi.
« Allez, renards, ours et loups, commanda le Roi des animaux ; déchirez le cheval de l’envoyé. Et vous, singes et chacals, courez enlever le cheval du vizir. »
À l'instant, il fut obéi.
L’ambassadeur marocain, en sortant dela tente, trouva son cheval déchiré par les animaux.
« Comment rentrerai-je au camp? se demanda-t-il. »
Mais il aperçut le cheval du vizir que singes et chacals avaient enlevé.
« Tant pis, dit-il, je prendrai la monture du grand-vizir ! »
Et il monta sur le cheval de son maître. Le roi Renard le remit sur la route et le laissa aller.
Les serviteurs et les esclaves du grand-vizir étaient fort inquiets et ils cherchaient par tout le camp marocain le coursier aimé du ministre. En voyant arriver le messager monté sur la cavale favorite, ils entrèrent dans une grande colère; saisissant le courrier par ses vêtements, ils le jetèrent à bas de sa monture et le frappèrent de coups de bâton.
L’ambassadeur se releva et se rendit néanmoins sous la tente du grand-vizir.
« Le jeune homme refuse de rendre la princesse, dit-il, et il accepte la guerre.
— À-t-il donc une armée si puissante ?
— Oui et non. Son armée se compose d’une multitude d'animaux de toutes sortes, renards, loups, ours, chacals, singes et faucons; son général est un renard rusé qui parle le langage des hommes.
— ÂÀs-tu vu la princesse ?
— Oui, et elle semble très heureuse d’être la prisonnière du jeune chasseur.
— Voilà qui est étrange. Cependant accomplissons la volonté de notre puissant Sultan! »
Le vizir donna des ordres pour que la guerre commençât le lendemain, à la première heure du jour.
Mais les animaux de l’armée ennemie avaient fait leur devoir. Quand les soldats marocains s’éveillèrent pour se préparer au combat, grand fut leur étonnement de trouver les courroies de leurs fusils et les ceinturons de leurs sabres rongés, déchiquetés, mis en mille en mille morceaux ! Ils essayèrent bien de réparer les bandes de cuir, mais ce leur fut impossible.
Le grand-vizir impatienté donna le signal de la marche en avant, et les soldats coururent tels quels vers l’ennemi. Les cavaliers sautèrent à cheval, mais au premier élan de leurs montures,
ils roulérent sur le sol: les brides, les harnais, les selles, les étriers étaient rongés comme les courroies des fantassins |
En cet instant, le roi des faucons gris jeta un grand cri. Une grêle de cailloux et de pierres s’abattit sur l’armée marocaine, tuant les chevaux, brisant têtes et bras, ou défonçant les chariots. Le désordre, un désordre épouvantable, se mit dans les rangs des Marocains; le vizir perdit la tête et fut contraint de se replier vers le camp, püis de s’enfuir honteusement à dix lieues de là.
Le général du Sultan fit confectionner par les esclaves des selles, des courroies, des traits, des étriers et des ceinturons de cuir, et il donna l’ordre de les distribuer aux fantassins et aux cavaliers. Mais le roi Renard avait tenu conseil du haut de son trône, le bois pointu, et il avait dit:
« Singes et chacals, la nuit venue, rejoignez l’armée du vizir et mettez en pièces les courroies de cuir. »
De sorte que le lendemain matin, quand le vizir donna l’ordre du combat, les cavaliers ne purent se tenir à cheval, et les soldats trouvèrent en pièces leurs courroies et leurs ceinturons.
Le ministre était abattu, comme l'était aussi son arimée.
Les faucons gris, chacun une grosse pierre dans la serre, fondirent sur les Marocains et re-
commencèrent à les assaillir. Le vizir recula encore dix lieues plus loin.
« Cet homme est le protégé du Ciel, se dit le ministre; il ne me servirait de rien de lutter contre lui. Quant à la princesse, elle aime son époux et elle ne consentira jamais à le quitter. Il serait préférable de conclure la paix. »
Et il envoya un nouvel ambassadeur vers le jeune chasseur de la montagne. En même temps il dépêcha vers le roi du Maroc un messager chargé de raconter ce qui s'était passé.
L’ambassadeur du vizir arriva aux avant-postes de l’armée des animaux et fut conduit par le roi Renard jusque sous la tente où se reposaient le jeune homme et sa belle épouse.
« Que viens-tu me dire? demanda le chasseur.
— Mon maître, le grand-vizir, reconnaît votre habileté dans l’art de la guerre, et vous offre la paix.
— Sous quelles conditions ?
— Vous viendrez à la cour du Maroc et vous épouserez la fille du roi. Comme le Sultan n’a que cette enfant, vous'hériterez de ses droits, et vous lui succéderez sur le trône du Maroc. »
Le roi Renard prit la parole :
« Nous pourrions détruire l’armée du Sultan, et il ne rentrerait pas un soldat pour en reporter la nouvelle à l’empereur. Cependant nous accep-
tons la proposition que tu nous fais au nom du grand-vizir et du Sultan. Va, et reporte cette nouvelle. »
Vous jugez de la joie du jeune chasseur et de sa chère compagne!
Le roi Renard monta sur le bois pointu. Il remercia tous les animaux, puis il leur dit :
« Allez! » ;
Et tous partirent chacun chez soi!
Le jeune chasseur, son épouse et leurs six hôtes accompagnèrent l’armée du vizir. Et quelques jours après on arriva devant le palais du roi du Maroc.
Les gardiens fermèrent les portes devant les six animaux, lorsque le jeune homme fut entré.
« Hou! hou! fit le Faucon gris. Est-ce bien là la récompense que nous avons méritée ?
— Tais-toi, dit le roi Renard. »
Et, glapissant, il se fit entendre de son maître.
« Mes pauvres compagnons! s’écria le jeune homme. Qu’on ouvre à mes serviteurs les animaux |! »
Et quand ils furent entrés, le chasseur dit aux esclaves :
« Donnez une chambre dans le palais à chacun de mes amis les animaux. Je veux aussi qu’on leur serve chaque jour des moutons et des poulets rôtis! »
Le sultan du Maroc embrassa sa fille, et, considérant l’agréable figure du jeune étranger, il s’écria : |
« Que Dieu soit béni de m'avoir donné un tel gendre ! »
Et il voulut que les fêtes du mariage de sa fille eussent lieu aussitôt que la mère et la sœur du chasseur, qu’on avait envoyé chercher, seraient arrivées à la cour.
Ah! les jolies fêtes, mes amis! Elles durèrent quarante jours, si je me souviens bien! Et quarante jours aussi, celles des noces du fils du grand-vizir avec la sœur du jeune chasseur !
Trois pommes tombèrent du ciel; la première était pour celui qui inventa cette histoire; la seconde pour vous, grands badauds qui m’écoutez; la troisième pour moi, le conteur!
(Conte par M. Théodore Thopdjou, âgé de 44 ans, praticien de profession, ne à Indgé-Sou (Cesare). — 188$.)
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