‹ Traditions Populaires Du DoubsChapitre 7 sur 12 · ARRONDISSEMENT DE MONTBÉLIARD · texte numérisé non relu

ARRONDISSEMENT DE MONTBÉLIARD

Le Dragon de Dung

(Canton de Montbéliard)

A Franche-Comté a des cavernes redoutées du vulgaire, où des trésors sont gardés par d'horribles dragons qui vomissent des flammes.

On raconte qu'un de ces dragons exerçait 'd'épouvantables ravages dans le pays d'Ajoie (arrondissement de Montbéliard), mais un hercule du village de Dung, ayant eu l'audace d'affronter cette hydre, eut la gloire de la terrasser.

(D. Monnier. Loc. cit. p. 134).

Sur la montagne de Dung, une Vouivre est

fière d'avoir survécu à la défaite du dragon qui désolait les chrétiens du beau pays d'Ajoie*

(Id. Culte des Esprits, p. 7.)

Le Mythe de la tante Arie

(Canton de Montbéliard)

E mythe de la Tante A rie n'appartient pas exclusivement à la Franche-Comté, comme celui de la Vouivre. On le retrouve en Suisse et en Allemagne, de même que dans plusieurs autres provinces de France.

Chez nous, c'est dans le pays de Montbéliard que la Bonne Tante Arie, cette divinité des enfants, paraît être plus particulièrement honorée. (Voir Masson, Nouvelle Astrée, 2 vol. in-i 2.) Ailleurs encore , en Franche- Comté, la bonne tante Arie est la fée bienaimée des chaumières, l'amie de Tordre et du travail, la protectrice des jeunes mères. Elle répand ses bienfails d'une manière spéciale sur les ménages économes et laborieux. Elle encourage le pauvre à supporter avec résignation sa misère. Elle empêche la quenouille des femmes et la vertu des filles de s'embrouiller.

Elle vient se pencher doucement la nuit à l'oreille des enfants pour leur dire de bonnes paroles, s'ils sont dociles et studieux; pour les gronder, s'ils sont paresseux et méchants. Elleapourtous des conseils, des caresses et des consolations. Elle est le bon g-éniedes familles : voilà pourquoi chacun parle d'elle avec le plus profond respect. (Voir Rougebief, Un fleuron de la France, p. 259. — Monnier. Culte des Esprits.)

La tante Arie, génie bienfaisant du pays d'Ajoie, Montbéliard, Baume-les-Nonnes, est une bonne fée qui ne descend des airs, d'où elle tire son nom An' a, que pour visiter les cabanes et donner des prix à la jeunesse laborieuse. Elle apprend à filer aux bergerettes et même aux princesses, et quand elle est mécontente d'une jouvencelle, son courroux se borne à mêler sa filasse pendant le carnaval. Junon, comme reine de l'air, était déjà surnommée A n'a ; mais Junon n'était pas si bonne que la Tante Arie.

(Monnier, Culte des Esprits.)

L'Antiphonier de saint Ursane

(Canton de Montbéliard)

Y^^\E Moutier de saint Ursane, dans l'Elisgau, canton de Montbéliard, fut fondé vers l'an 629 par saint Vandrille. Les moines de ce couvent devaient, chaque année bissextile, à l'archevêque de Besançon, un surplis assez fin pour qu'il pût passer dans l'anneau d'une bague et une chaudière d'airain contenant une tine.

Saint Urcicin, disciple de saint Colomb an, fut enterré dans ce monastère.

Les moines de ce moutier qui chantaient au lutrin, étaient tout surpris de voir tourner le feuillet de V antiphonier par une main invisible. Ils avaient beau se presser, la main était plus leste qu'eux et tournait le feuillet avec une précision admirable. Cet exercice dura douze mois, et les religieux ne savaient qu'en dire. Mais le jour de Noël, au dernier Evangile, un frère qui était mort Tannée précédente à la même heure, leur apparut avec un visage riant, et leur conta que pour le punir de ces distractions au chœur, Dieu l'avait

condamné à tourner pendant trois cent soixante-cinq jours le feuillet de Vantiphonier^. et que c'était là son purgatoire.

(Dusillet Iseult, t. Ier, p. 207).

La Sainte-Fontaine

(Canton de Montbéliard)

ON loin de Lougres, canton de Montbéliard, on trouve une source nommée * dans le pays la Sainte-Fontaine. Ses .

eaux passent pour avoir la propriété de guérir les affections des voies urinaires. On, dit qu'il existait autrefois en ce lieu un établissement de bains.

Quelques débris de murailles que Ton aperçoit çà et là témoignent en effet de l'existence d'anciennes constructions. On prétend dans le pays que cet établissement fut jadis très réputé. Quoiqu'il en soit de cette tradition populaire, les habitants du pays attribuent encore aujourd'hui une vertu bienfaisante aux eaux de la sainte fontaine et on les administre avec confiance aux malades. Ces eaux ne sont ja~

mais troublées par les variations atmosphériques.

(Annuaire du Doubs, 1846, p. 198).

La Mort de Cuvier

(Canton de Montbéliard)

NE tradition populaire du village de /jljjP Cuvier, canton de Nozeroy (Jura), rap- '^^0^ porte qu'un habitant de cette commune, Qr) ayant embrassé le protestantisme au XVIe siècle, fut obligé de s'expatrier pour éviter les persécutions ; qu'il se réfugia à Montbéliard, et que, pour cacher son nom, il prit celui de son village.

Cet homme serait devenu, dit-on, la souche de la famille d'où est sorti l'éminent naturaliste. Cuvier ( G eor g e s - L é op ol d-C h r é t i e n -Fr édéric-Dagobert), né à Montbéliard le 23 août 1769, de parents pauvres.

Nous avons sur la vie, les œuvres et la mort de Cuvier des notes historiques fort exactes. On sait que le 8 mai 1 832, il ouvrait son Cours •d'histoire des sciences naturelles par une «leçon où il laissait entrevoir son dessein de

pénétrer dans les vues de la création. Jamais il n'avait parlé d'une manière aussi animée et aussi persuasive. Ses élèves en le quittant se félicitaient de l'entendre à la prochaine leçon ; mais déjà les symptômes de la maladie peu ordinaire qui devait trancher ses jours se manifestaient ; on ne devait plus revoir dans sa ehaire l'illustre professeur. Atteint subitement d'une paralysie qui attaqua d'abord le larynx, Cuvier vit sans effroi la vie s'éteindre successivement en lui, et, malgré les secours de l'art, il rendit l'esprit le 13 mai, après cinq jours de maladie, regrettant seulement de n'avoir pu terminer plusieurs travaux entrepris. Il était à peine âgé de 62 ans.

Un grand homme meurt, comme le plus petit de ses semblables. Mais le peuple, toujours avide de merveilleux, ne laisse pas volontiers mourir vulgairement un grand homme, quand il veut bien admettre qu'il soit réellement mort. Quelquefois des légendes les font vivre bien au-delà du plus long* terme connu de la vie humaine.

Voici, sur la mort de Cuvier, une version légendaire qui mérite, à ce point de vue, d'être recueillie.

En ce temps-là, un fléau terrible, le choléra, ravageait la population de Paris. Tous les savants médecins de la capitale recherchaient

activement, mais en vain, les causes de cette affreuse épidémie. Comment avait-elle pu venir d'Orient jusque chez nous ? Elle a été importée ici, disaient les uns, par quelque pèlerin auquel on aura omis de faire faire quarantaine. Elle est venue, disaient les autres, dans les plis des étoffes qui nous arrivent du levant, ou dans les caisses de denrées que nous, expédie l'Asie. C'est le vent, disaient ceux-ci, on ne peut savoir ce que c'est, disaient ceux-là.

Le grand Cuvier était assis dans un fauteuil, au bord de sa fenêtre. Il était entouré de ses. amis qui l'entretenaient de ce triste sujet de conversation. Tout à coup, Cuvier se lève, saisit entre ses doigts un insecte qui voletait contre la vitre. « Voyez, leur dit-il, cette mouche : c'est la mouche asiatique ! C'est elle qui nous apporte le choléra. » Quelques heures après, Cuvier mourait de cette maladie et emportait avec lui dans la tombe bien des. secrets du Créateur.

(Pour une variante, voir Revue littéraire de la Franche-Comté, 2° année, p. 649).

Tradition de la Tante Arie

(Canton de Montbéliard)

UE dirai-je de la tante Arie, ce géniebienfaisant du pays d'Ajoie, si cher à ^w toutes les familles ? Aimable fée au 9/ ' cœur aimant, au front serein, à la mâin . libérale et caressante, elle ne descend des airs, élément où semble surtout résider sa divinité, que pour visiter les cabanes hospitalières et pour décerner des présents à la jeunesse docile et studieuse. Ennemie de la paresse, c'est tout au plus si elle.dépose toute son indulgence pour mêler malignement la filasse qui est suspendue à la quenouille d'une jeune fille au Jour de carnaval. Car il faut savoir que la tante Arie, filant comme toutes les fées, donne l'exemple du travail en même temps qu'elle en dicte le précepte.

C'est un être tout moral qui exerce une heureuse influence sur la première éducation. Les enfants la fêtent et ils en sont fêtés à Noël : une table chargée de joujoux et démets délicats est préparée dans un appartement. A mn certain signal (c'est ordinairement le brui t

de la sonnette de l'âne sur lequel vient d'arriver la tante aérienne), les portes s'ouvrent, les joyeux croyants se précipitent dans la chambre enchantée, et chacun prend sa part de la munificence de la Déesse.

(Monnier. Culte des Esprits, p. 46)*

Le Monsieur des Murgers; a Etouvans

(Canton d'Audincourt)

L y a sur le territoire de la commune ; d'Etouvans, canton d'Audincourt, un N fin âge en nature de prés-bois que Ton appelle les murgers. Une femme de la localité était venue un jour en cet endroit pour y recueillir un peu d'herbe. Comme elle se levait machinalement pour voir et écouter autour d'elle, elle aperçut à quelque distance un homme à cheval, bien vêtu et immobile. Tout d'abord, elle se prend à le considérer, mais sur un signe qu'il lui fit d'approcher, la femme eut peur et prit la fuite. « Malheureux ! » s'écria le cavalier.

La femme ne manqua pas de raconter au village ce qu'elle venait de voir et d'entendre. Les anciens observèrent que ce n'était pas la

première fois que quelqu'un apercevait le Monsieur des Mur g ers. D'après la tradition qui se retrouve en beaucoup d'autres lieux de notre province, le Monsieur des Murgers serait un réprouvé condamné à revenir là, en punition desgouailleries d'autrefois contre les gens qui allaient à la messe, tandis qu'il passait le dimanche à chasser avec ses chiens dans les bois d'alentour.

L'apparition de ce revenant au finage des Murgers a fait supposer que le Monsieur pouvait bien avoir enfoui un trésor en cet endroit. On finit par le croire sérieusement, et des tranchées, dont on voit encore aujourd'hui des traces, furent ouvertes en divers sens, mais $ans résultat.

Tradition historique sur les gens de Dasle

(Canton d'Audincourt)

oici en quels termes s'exprimaient, sur ) le compte des habitants de Dasle, les commissaires chargés en i5Ô2 èt 1573 d'une visite ecclésiastique :

« Ceux de Dasles sont fort desbordés, même les anciens et jurés, chantant des chansons

deshonnêtes et rondeaux. Ils sont assez mauvais et des m ai s très pour jurer, qui se rient quand on les en reprend et qui se querellent souvent. ».

Voilà pour les hommes.

Maintenant, voici pour les filles :

En 1 704, le ministre J.-J. Pelletier excommunia toutes les filles du village de Dasles pour s'être rendues à Selencourt, les jours de la fête patronale et y avoir dansé quelques aj ou lot tes avec les garçons du lieu ; mais celles-ci recoururent à la clémence du duc Léopold Ebérard, auquel elles présentèrent une requête à l'effet d'obtenir la cessation de toutes poursuites, d'autant plus, est-il dit, qu'elles ont dansé sous les yeux de S. A. S. qui a paru y prendre plaisir.

Quelle est donc cette danse de Y Ajoulotte ? Sans doute une danse particulière au pays d'Ajoie, comme la Gavotte était une danse particulière aux habitants de la vallée de Barcelonette et autres adjacentes qu'on appelle Gavots.

Nous appelons aussi Ajoulots les habitants du val dAjoie, pays protestant, qui a bien pu donner aussi son nom à cette danse de VAjoalotte. C'est un point à éclaircir.

(Voir l'annuaire de 1845).

L'aventure de Pibrac, a Exincourt

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