SUR LÉ TITRE DU RITUEL FUNÉRAIRE
Par un hasard singulier» le litre du Rituel funéraire^ ^^ '^î^^î (chap. I), et^ "^ ^ (chap. CLXIII), quoique composé de mots très simples et bien connus, qui ne laissent aucun doute sur le sens général qu'ils renferment, n'a pas encore été traduit d'une manière certaine et acceptée par tous les égyptologues. Champollion, dans sa Grammaire Égyptienne, le rendit par Livre de la Manifestation à la Lumière ; (Erscheinung im Lichte, dit aussi M. Lepsius, avant-propos du Todtenbuchj p. 7) ; M. de Rougé, dans ses Elitdes rur le Rituel, conserva cette traduction, sans y apporter d'autre changement que de remplacer le mot lumière par le mot jour, qui est plus exact.
Ces premières interprétations ne sont pas entièrement satisfeisantes . le mot Manifestation, trop abstrait et trop vague, renferme une idée de pompe qui n'est pas dans l'Egyptien, et ne pourrai! guère s'appliquer, par exemple, au titre du chapitre LXXIV^^^^ "^^^^^"^
Chapitre pour ouvrir les jambes et sortir de terre. D'un autre côt4, la manifestalion au jour fait songer à la lumière plutôt qu'à la durt^e du jour, tandis que^^^, dans les textes du Rituel, désigne le temps que dure le jour et non la clarté qu'il répand. Enfin, le verbeg-A, sortir, régit la préposition <=> pour désigner le lieu vers lequel on sort, et la préposition *^ pour désigner le lieu duquel on sort, si bien que sortir au jour serait en Egyptien ^-A^^? et sortir du jour^j^^^^^J^^, de même que^7\<=>^(chap. CXV, litre), veut dire sortir ters le ciel, et^^YlV-^î [chdi^. CLIII, titre), sortir du filet. M. Birch adopta, d'après cette règle, le sens de sortir du jour, from the day. Malheureusement, rien n'est plus contraire à la religion égyptienne, qui fait entrer !e défunt dans la barque du Soleil, et à certains passages décisifs du Rituel, où il est dit que le défunt sort ^f avec les vivants 8 — ^~ j^ J î(chap. CXLVIII, 4), ou marche sur la terre comme un vivant±^^^^^J.l^\^-^ XXXI, 12). ou
fait ce qu'il veut iur la terre au lieu des vivants'*^^'^^^^ "^ J rîr ? * ^^^T^ J);(cbap. II, 3). Je citerai encore la belle vignette du Rituel de-^ ^ ^^ Nebkat, au Louvre, qui représente le défunt sortant du tombeau en même temps que le soleil monte à l'horizon. Cette même vignette suggéra précisément à M. Chabas l'idée de sortir comme le jour, sortir à la manière du jour, [Voyage d^un Égyptien, p. 4i), pour le titre du Rituel.
Grammaticalement, sortir comme le jour est inattaquable, mais je ne sais si la comparaison, dont le mot à mot est sortir en jour, ne pèche ^pas en ce sens qu'elle confond l'homme avec quelque chose d'indéterminé et de quasi abstrait, le jour : on comprend mieux qu'une qualité soit comparée à une qualité (beau comme le jour), ou qu'un être soit comparé à un être, comme dans ^f f 4 ^ donnant la vie
comme le Soleil, parce que le Soleil est un Dieu. L'identification avec
le jour, c'ost-à-diro avec un simple effet sans personnalité réelle, irait peut-être aussi contre la doctrine du Rituel Egyptien qui n'est, au fond, qu'une revendication énergique de Tindividualité de Thomme. D'ailleurs, dans le passage déjà cité : 1] V^"" — S-/^^^0 \~^ ~iJ son âme sort eni hru avec les vivants (chap. CXLVIII, 4), la sortie de Velu est évidemment comparée à celle des autres hommes plutôt qu'au lever du soleil, et le jour désigne bien ie moment naturel d*agir, comme aux versets suivants du psaume CIII : Or tus est sol
Exibit homo ad opus suum : et ad operationem suam usque ad vesperum.
Enfin, dans cette phrase du chap LXXII, <0 rS-Al^^'S^;"^ "^^ il sort em hru sous toutes les formes qu'il veut, les formes dont il s'agit ici ne peuvent pas non plus ressembler au jour, puisque plusieurs de celles que le Rituel mentionne se rapportent à la lune, à un échassier, à une hirondelle. Une autre traduction, sortir avec le jour, conviendrait assez si elle n'impliquait une sorte de dépendance qui s'accorderait peu avec la liberté laissée au défunt justifié : le Rituel dit formellement : ^ ;^ 0^^ ^ I ~ riA ^^ U^y^ » *' ^^^^ les jours
qu'il veut^ puis il entre dans sa demeure (chap. 1, 23), et les litres
assez fréquents XI^ S -^^^S^T^^^^'-A S-^ Chapitre pour entrer et sortir, ou pour entrer après être sortie confirment la
citation précédente.
Il me semble, en résumé, <iuè les différentes traductions qui viennent d'être examinées n'empêchent pas d'en proposer une nouvelle, et voici comment je pense qu'on peut analyser la locution "^ \v 2. V ? •
Le verbe ^^n'estpas toujours suivi d'un complément, et s'emploie aussi seul, ainsi^^ ^ y^entrer et sortir "^^^ = ^ ^ 1% ^S:;^ j'e^ms la flamme quand elle paraît (chap. XXIÏ, 3),^
^ -^ le vent quand il s' élance (chap. LXIV, 25. On trouve la même expression au papyrus Ânastasi I, pi. XVIII « ligne 5). De même *^^^f se prend d'une façon adverbiale, commeMirgoor, dw, interdiu, nTjupg^, noctu, en Copte, etc., ou comme nos locutions le jour, de jour, pendant le jour, qui se joignent à n'importe quel verbe : nous disons aussi bien dormir le jour, se baigner le jour, que sortir le jour, et je crois qu'au Rituel le verbe neutre ^j^ est réuni de même à la locution adverbiale ^ ^. Les exemples de ^ ^ employé ainsi sont
fréquents, je me bornerai à indiquer ^1 J^^?^^ Ji?!^'^^^^©^^. ^ ® nochers du Soleil le soir et pendant le jour (chap. Ill, 2) , '^^l^^,\^^dans la nuit et dans le jour (chap. CXXV, &6), et la curieuse phrase citée par M. Chabas dans le Voyage d'un
Égyptien, p. 137 : J^J/)Uï^tV®V?i-S.^ i^^i^ M> l gT! '^ sommeil n'est pas venu à mon ccsur pendant le jour, il n'a
pas été avec moi pendant Ja nuit. Ici, la préposition^, ^ vient en
variante de la préposition ^ , mais elle est d'un emploi plus rare. On
trouve cependant au Rituel : ^ ~?S ~ ^ ^^h\À *' «^^* ^^M^ comme Horus (chap. CXXXVI, H).":;^^^ ne peut se traduire par sortir du jour, ou comme le jour, ou avec le jour, et les deux exemples suivants, dans lesquels le sens de pendant le jour est con- Grmé par l'addition des particules qui modifient "^ f dans ce même sens, me paraissent ne laisser prise à aucun doute '.S -A ici^'^vc-^ il sort chaque jour qu'il veut (chap. I, 23), et t|P ^l^Sj^^loî^' ^^*^^ î^ j^ '^^* ^ ^e jour (chap. LXV, 2). Dans ces deux cas, les interprétations discutées plus haut me semblent inadmissibles, et je crois que^^A^*^® signifie simplement sortir pendant le jour, sortir le jour. Tel était sans doute l'espoir des Egyptiens qui pouvaient, d'après les promesses du Rituel, recommencer la vie active sur la terre et pendant le jour^ plus heureux que les Grecs
et les Romains, dont les pâles images, Larves, Spectres ou Lémures, erraient tristement dans la nuit, et préféraient, comme Achille, le dernier rang parmi les vivants au premier rang chez tes morts :
Quam vellent œthere in alto Nunc et pauperiem, et duros perferre labor es I