SCENE PREMIERE
MÉNÉLÀS seul.
V/ Pélops! ô mon illustre aïeul! Tainqueur d'OEnomaùs aux jeux célèbres d'Olympie , lorsque tes membres déchirés furent servis à la table des dieux, plût au ciel que tu y eusses trouvé ton tombeau ; avant de devenir pèred'Atrée, à qui Âgamemnon et moi devons une vie illustre et infortunée M' Je puis, s^ns trop d'orgueil, penser qu'il est^glorieux à un roi , qui n'a point le droit de contraindra, et qui commande à un peuple libre , d'avoir porté au-delà des mers une formidable armée et renversé un puissant empire. Plusieurs ont succombé dans cette périlleuse entreprise; mais d'autres, franchissant les mers^v ont reporté dans leur patrie les noms de ceux qui sont morts avec gloire. Pour moi, errant et battu des flots depuis que j'ai détruit les tours d'Ilion , je tourne en vain mes yeux vers ma patrie : le»
' Littéralement : Qui de son union ayec A^ope , engendra Âgamemnon, et moi Ménélas , illustre couple.
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TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 69
dieux ne daignent pas se rendre propices à mes vœux : jeté tour-à-tour sur les rivages déserts de la Libye et dans des ports inhospitaliers , à peine commencé-jeà m*approcher de ma patrie^ que les vents me repoussent ^ et jamais un souffle favorable n'enfle mes voile& avec constance. £nfin je fais naufrage sur ces bords inconnus; je vois périr mes fidèles comp^nons, et je me sauve à peine sur les débris rassemblés de mon vaisseau ^ avec Hélène , que j'ai arrachée des mains des Troyens. J'ignore le nom de cette contrée, j'ignore quels peuples l'habitent : j'ai honte de m'offrir à leurs yeux avec ces vétemens qui annoncent ma misère. L'infortune est bien plus cruelle à celui qui vécut toujours dans l'opulence. Cependant le besoin me presse; nous manquons de pain pour soutenir notre vie , et d'habits pour nous garantir des injures de l'air : moi-même je ne suis couvert que de vils lambeaux échappés au naufrage ; la mer a englouti mes riches vêtemens. J'ai laissé dans une grotte voisine l'épouse qui est la cause de tous mes malheurs ; je l'ai confiée à la garde du petit nombre d'amis qui me restent , et je m'avance seul dans ces terres inconnues , pour chercher quelque secours qui puisse les soulager. En voyant ce palais orné de créneaux ,, ces portes dont l'aspect annonce l'opulence, je sens renaître l'espérance dans mon cœur. Le pauvre ne peut m'of-
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frirque des voçuk inutiles, mais ici je dois troos^r tout ce qui manque à mes chers et malheureux compagnons. Holà !••• Personne ne dai^fiNPra-t-il ouvrir la porte de ce paMis , et porter à son maître le récit de mes infortunes?
SGÈNE IL MÉNÉLAS , BNE VIEILLE ÏSQpAVE.
Qui frappe à cette porte? Retire-toi; ta présence est imporlune à mon maître. U Grec ! retire-toi , ou ta mort est inévitable. ^ *
MÉNÉLAS
O vieille compatissante! tout ce que tu dis t*est inspiré par un zèle sage et louable; mais pardonne.... Je serai docile à tes ordres; ah! souffre que je m'explique.
LA VIEILLE
Retire-toi , étranger; il m'est défendu expressément de laissa aucun Grec approchei; de ce palais.
MÉNÉLAS
Ah ! ne me repousse pas, et n'use pas de violence.
TRAGÉDIE D'EimiPIDE. yt
Là tieilleI
Pourquoi refuses-tu de m'ëcouter? c esttoi qui t'attires ce traitement.
MÉNÉLÀS.
Instruis tes maîtres de mes besoins.
LÀ VIEILLE
Je ne le ferais pas impunément.
MÉVÉLÀS.
J'ai fait naufrage , je réclame l'hospitalité; vous ne violerez point les égarais dus aux malheureuit tels que moi.
LÀ VJE^LLIE.
Va l'adresser ailleurs, ♦.
MÉNÉLÀS.
Non, j'entrerai, je pénétrerai dans cette enceinte; laisse-toi fléchir.
Tu commences à faire du brmt; attends-tu gu'on emploie la force pour te repousser d*îci ?
ntcrÉLÀs.
Où êtes-vous, mes illustres guerriers?
7$ HÉLÈlfEj
Ll VIEIIXE.
Peut-être ailleurs tu tiens un rang honorable ; mais sadbe qu'ici tu n'es rien.
XÉIÎÉLàS.
0 dieux ! voyez conune on m'outrage.
LA. TlEILUf.
Pourquoi tes yeux se remplissent-ils de larmes ?
XÉNÉLÀS.
Je pleure au souvenir de ma grandeur passée.
LA. VIEILLE
Retourne vers tes amis : va t'affliger avec eux.
MÉNÉLAS
En quel pays suis-je transporte? Quel est celui qui règne dans ce palais ?
LA. VIEILLE
Ce palais est celui de Protée; cette contrée est l'Egypte.