LE CHOEUR , HFXÈNE , MÉNÉLAS
LE CHOEUR
j'ai entendu la voix de la princesse inspirée : elle vient de déclarer que Ménélas n'est point descendu dans le noir séjour des ombres, mais qu'il erre de mers en mers sans pouvoir aborder dans sa patrie; qu'il a vu périr ses amis; que depuis son départ de Troie , il est en proie à la ftireurdes vents qui le poussent sur des côtes éloignées de la Gièce.
Je reviens vers ce mausolée, me livrer à la joie que m'inspire la réponse de Théonoé. La vérité parle par sa bouche : mon époux, m'a-t-elle dit, jouit encore de la lumière; mais, errant çà et là sur les mers, ce n'est pas sans de longs et pénibles travaux qu'il doit être rendu à mes vœux. Mais
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le reverrai-je vivant ? voilà ce dont l'excès de ma joie ne m'a pas permis de m'informer. Elle assure qu'il n'est pas loin de ces lieux ^ qu'il a fait naufrage sur un rivage voisin , et qu'il ne lui reste qu'un petit nombre d'amis. Oh ! quand viendras-tu , cher époux? quand couronneras- tu les vœux de l'épouse la plus tendre ?••• Mais quel est cet étranger? N'est-il point envoyé par le fils impie de Prêtée pour m'arracher à cet asile? Précipitons-nous sur le tombeau; fuyons plus rapidement qu'une biche timide* , ou qu'une bacchante agitée. Oh !' comme il a Tair farouche ! sûrement c'est un ravisseur.
O vous, qui courez avec eflFroi embrasser ce tombeau couvert d'offrandes funéraires, arrêtez; pourquoi fuir? Rien n'égale le saisissement que j'éprouve à votre vue.
HÉLEITE.
O chères compagnes, à mon secours! cet hom* me m'écarte du tombeau; il veut me faire violence, et me livrer entre les mains du tyran pour assouvir sa funeste passion.
MÉNÉX.AS.
Je ne suis point un ravisseur, et je ne sers point les méchans.
' Littéralement : Gomme une jument légère.
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79 HÉLÊNS ,
Que Tos yétemens sont affreux !
MÉNÉLAS
Arrêtez, vous dis-je; n'ayez aucune crainte; suspendez votre course légère.
Je m'arrête; je suis tranquille, ma main touche au tombeau.
Madame, qui étes-vous? quels traits ont frappé
ma vue?
HÉLÈlfE.
Vous-même, qui étes-vou^j? Parlez avant que je m'explique.
MÉNÉLAS
Non , jamais je n'ai vu de ressemblance plus parfaite.
BÉLÈNE.
O dieux ! oui , c'est un dieu de revoir ce qui nous est cher».
' M. Musgrave compare celte expression à celle de Pline : Deus est mortaK juvare nortalem. C'est un dieu pour l'homnie* d'aider son semblable. Le même éditeur a rétabli , d'après M. Markland , le yers suivant qui manque aux éditions anciennes. U a aussi rendu celui-ci au personnage d'Hélène , à qui on l'ayait enleva pour le donner à Méaéias.
TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 79
: Etes-vous Grecque de naissance? ou cette terre est-elle votre patrie?
Je suis Grecque. A votre tour, apprenez-moi
MÉNÉLAS
qui vous êtes ?
Plus je considère ces traits, plus je crois voir ceux d'Hélène.
HÉLÈNE
Est-ce donc Ménélas que je vois?
MÉNÉLÂS.
Vous voyez devant vous ce mortel infortuné.
HÉLÈNE
O doux objet de mes vœux et de mon amour ! c'est ton épouse que tu presses entre tes bras.
MÉNÉLAS
Mon épouse !... Arrête ; que ta main ne touche pas à mes vétemens.
HÉLÈNE
Oui , c'est elle-même ; c'est la fille de Tyndare; celle qu'il unit à ton sort.
80 • HIÊLÊNE,
Divine Hécate ! qaè tes fantômes cesseîit de m'obseder !
BÉLÈ5B.
Je ne suis point un spectre affreux de la déesse des enfers.
MÉltÉLÀS*
Dois-je croire que deux épouses ont reçu mes
BÉLÈHE.
sermens ?
Eh ! quelle autre que moi Thymen a»t-il soumise à ton amour ?
MÉNÉLÀS.
Celle que je ramène de Troie, celle qui est retirée dans une grotte voisine de ces lieux.
C'est moi seule qui t'appartiens ^ c'est moi qui te fus unie.
MÉNÉLÀS.
Veillé-je? en croirai-je mes yeux? •
HÉLÈNE
Peux-tu nier leur témoignage? ne reconnais-tu pas ton épouse?
MÉVÉLAS.
Oui , sa fidèle image ; et si je n'étais assuré.**.
TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 8l
. K^ardé ' : que faut-îl de plus pour te convaincre ?
MÉn ÉLAS.
Ti& lui ressembles en tbut ^ je na puis le nier,
HÉLÈNE
A qui don^ ajouter foi^ si tu n'oses te fier à tes |h*opres yeux?
UtgthkS.
Mais il n'est pas moins sûr que j'ai une autre épouse.
HÉLÈNE
Hélène n'a point vu Troie ; un fantôme a pris sa place. ,
MÉNÉLAS
Qui peut créer un corps vivant et animé ?
HÉLÈNE
L'éther est la matière dont il fut fonné.
MÉNÉLAS
Quel dieu est l'auteur de cet étrange prodige?
' Cette tradilction suppose une correction très-probable etpei^ considérable , proposée par B. Heatb. Ne pourrait-on point supposer qu'en dis»nt ces mots , Hélène présente à son mari les symboles dont il a été question plus baut? ( au vers 298 , page 42 a de cette traduction. )
8a HÉLÈNE,
Junou a su l'opérer pour m'enlever à Paris.
MÉNÉLAS
Eh ! comment se pourrait-il qu'Hélène eAt été à-la-fois à Troie et en ces lieux?
BÉLÈNE.
Son nom a pu être à-la-fois en des lieux divers , mais elle-même n*a point quitté ce rivage.
Laisse-moi; j'ai assez de mes infortunes.
HÉLàVE.
Tu m'abandonnes donc, et tu vas emmener avec toi la vaine image de ton épouse!
MÉIfÉLAS.
Adieu ! ô toi dont les traits se confondent avec ceux d'Hâène!
HÉLÈNE
Je me meurs. N'a^-je donc retrouvé i^ipn époux cpie pour le perdre au même instant?
Les longs travaux que j'ai soufferts me persuadent plus que tes paroles.
TRAGÉDIB d'eURIPIDE. 85
HÉLilTE.
Ciel! est-il une femme plus malheureuse que moi! Je perds un époux chéri ^ et avec lui l'espoir ée revoir jamais les Grecs et ma patrie !