SCENE IV
HÉLÈNE, MÉNÉLAS, LE ajOSUR.
LE GHCfitTR.
Mes «entimens sont conformes à ceux de ce vieillard. Celui qui sait s'attirer la fevcur des dieux , possède un art plus grand que celui des devins.
HÉLÈmS.
Il est vrai > rendons grâces aux dieux qui nous ont protèges. Epoux infortuné! comment es-tu échappé à tant de périls ? Ce récit ne peut t'être utile; mais on résiste difficilement au désir de connaître les maux qu'ont éprouvés ceux qui nous sont chers.
Exiges-tu de moi ce triste et long dctafl? Te
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peindrai-)e les flots de la mer Egée "soulevés paF la tempête , et les fsoiaux trompeurs allumés par Naupliu^ sur les rochers de FEubce, et les rivages de Crète, et les Syrtes de la Libye, et les retraites de Persée ^ , où je fus jeté par les vents ? Je ne finirais point si je voulais l'entreprendre. Et moimême, au souvenir des maux que j'ai soufferts, je sens rouvrir les pl^ties de ce cœur déchiré. Hélène;.
Ce que tu viens de dire^ suffit à ma tendresse; je dois t'épargner un récit douloureux; mais apprendsmoi du moins depuis combien d'années tu es errant sur les mers?
/ MÉNÉLÀS.
Après dix ans passés sous les murs de Troie, sept autres ont été employés à combattre contre les vents et les flots^.
HELENE
Infortuné! après tant de travaux, après avoir échappé à tant de dangers , Ëiut-il qi^e tu vteïines en ces lieux charcher encore la mort ?
' Ce sont les côtes occidentales du nord de rAfriqoe , où Persée atUqiia les Xarorgoanes et trandia la téte à Méduse , leur reioe.
^ Un si long espace de temps suffit bien pour expliquer le députe où les deux époux ont paru 9u premier instant de leur reconnaissance, n me semble même que lestraits d'Hélène devraient être plus «Héréf , que ne le supposent quelques expressions de cette pièce.
TRAGÉDIE d'eUBIPIDE. qS
UÈnÈLÂS.
Quoi! qu'as-tu dit? Chère épouse^ quel coup menace ma vie?
BÉLÈNB.
Fuis au plus tât de cette terre barbare : ne livre pas tes jours à la merci d'un tjrran.
MÉHÉULS.
Qu'ai-je dpnc fait pour mériter la mort?
Ton arrivée détruit Tespérance de celui qui recherche ma main.
MÉNÉLAS
EsmI quelque mortel qui ose y prétendre?
HÉLÈNE
Il en est un de qui je dois redouter un outrage pareil à celui qui m'a déshonorée injustement.
MÉNÉLAS
Est-ce un simple particulier , est-ce le roi de cet état?
BÉLÈNE.
Cest le roi, c'est le fils de Protée.
Voilà donc Texplicaiion des paroles mystérieuses de ]a vieille esclave.
96 HÉLÈNE
HÉLÈNE
Quelle est donc dans cette contrée barbare la porte où tu as ose t*adresser " ?
MÉHÉLÀS.
Celle de ce palais. Je m'en suis approché pour solliciter une faible assistance.
Tu%s mendié ta vie en ce lieu! — Ah! malheureuse !
UÉJSÉLkS*
Il est vrai , je l'ai fait ; mais j'ai caché mon nom.
HÉLÈNE
Tu sais donc, je n'en doute point, touj ce qui concerne les coupables desseins du tyran ? '
MÉNÉLÂS.
Je le sais , il' est vrai , mais j'ignore si tu a& sa lui résister.
Crois que ton épouse t'est demeurée fidèle.
' Comme Ifénélas rient de parler d'un entretien qu'il a e« ayec une vieille esclave , et que les vieilles esclaves étaient ordinairement employées à la garde des portes , Hélène comprend que Ménélas a heurté à la porte de quelque maison.
tHAOÉpi^ d'eUÎIIPIDÉ. ^7
lilÊNÉLÂS*
Quel gage aurai-je de ta foi? rassure ma tendresse alarmée.
Contemple cette retraite qui sert d'asile à ma vertu.
VLÈjnàLkS.
J^^ois ce lit pareil à la couche d'une esclave ; qu'a-t-il de commun avec ton sort?
HÉLÈNE
C'est là que Je viens de prier les dieux de me délivrer de la poursuite du tyran.
HÉNÉLIS.
N'est-il point d'autel où tu puisses recourir? Est-ce la coutume des Barbares?
HÉLÈNE
Ce lieu est pour moi un refuge aussi sûr que le temple des dieux.
UÈJStLkS.
Dois-je donc désespérer de te ramener dans ma patrie?
HÉLÈHÉ.
Tu viens chercher la mort, et non ta fidèle compagne.
^ HÉLÈNE
MÉIfJÈLAS*
Ainsi, }e serai donc toujours le plus malheur reux des mortels !
HÉLÈXfE.
INe rougis pas de chercher ton salut dans la fuite.
MÉNÉLAS
Que je fuie! que je t'abandonne! toi pour qui Ton me vit renverser les murs dllion î
HÉLÈNE
Veux- tu que je cause ta mort?
MÉirÉLÂS.
Non , tes conseils sont indignes de mon courage et de ma gloire.
HÉS.ÈI(E.
Ne te flatte pas d'immoler le tyran.
méhAlas.
Son corps est-^il invulnérable?
flÉLÈNE.
Crois-moi , la sagesse défend d'entreprendre ce qu'on ne peut exécuter.
m4ii4^4s«
Fâut-il que j'oflFre en $ilçnce nk^s m^ins aux chaînes qu'on m'apprête?
TAAGÉDIB d'eUHIPIDB. 99
Dans ce péril extrême ^ il faut user d'artifice.
MÉNÉLA8.
S'il faut périr, que du moins quelqu'action d'éclat rende^ma mort glorieuse.
HÉLÈKE.
Il ne me reste plus qu^une seule espérance.
MÉirÉLAS*
Espères-tu le vaincre ou le séduire?
Si le tyran ignore ton arrivée.
Qui pourrait l'en instruire? comment saurait-il qui je suis ?
tf ÉLàmt
Il possède dans ce palais une personne dont la science égale celle des dieux.
La voix de quelque ancien oracle se fait-elle entendre en ces lieux ?
HÉLÈNE
Non : sa sœur Théonoé est celle que je crains.
100 H]gLè9E>
MÉNÉLAS
Son nom est prophétique. Pourquoi t'inspiret-elle de la frayeur ?
Elle connaît toutes choses; et son frère ne tardera pas à savoir , par son moyen , ce qu'il nous importe de lui cacher.
MÉNÉLÀS.
Il ne me reste que la mort : je ne puis rester inconnu.
Si nous pouvions la toucher par nos prières?
SIÉRÉLAS.
Quelle espérance oses-tu concevoir?
Si nous l'engagions à ùe pas révéler ta présence ?
MÉir ÉLÀS.
Pourrions-nous alors fuir ensemble?
HÉLÈITE.
Nous le pourrions sans peine avec son secours; mais en vain tâcherioris-nous de lui cacher notre départ.
Diqitized by
TRAGÉDIE d'eURIPIDE. lôl
MÉNÉLÀS.
C'est à toi d aller auprès d'elle, et d'employer, pour la fléchir, toutes les ressources <Je ton sexe.
HÉLÈNE
Ah! avec quelle ardeur je vais me jeter à ses pieds et embrasser ses genoux !
MÉNÉLAS
Il faut le tenter sans doute ; mais si la princesse est inflexible?
HÉLÈNE
. Ta mort est inévitable, et je serai contrainte à recevoir la main du tyran.
HÉNÉLAS.
Ce serait me trahir ; cette contrainte n'est (ju'un prétexte dont tu couvrirais ta. perfidie.
HÉLÈNE
Crois les sermens d'une chaste épouse : j'atteste ta tête chérie
Jures- tu de mourir, avant de former d'autres nœuds?
HÉLÈNE
Je jure que le même fer nous unira dans la tombe.
102 HÉLÈNE
Donne-moi cette main pour garant de ta foi.
La yoilà^ Oui , si tu meurs , je fais le vœu de te suivre,
MÉNÊLÀS.
Je fais ici le même serment : si la mort te ravit à ma tendresse y ne crains pas que je survive à ma douleur.
HÉLÈNE
Ne songeons qu'aux moyens de mourir avec gloire.
lUÊNÉLAS.
Je t'immolerai sur ce tombeau y et je me frapperai du même fer ». Mais je vendrai chèrement ma vie : Ton se brisera pas impunément les nœuds qui nous untsseni;. Barbares! approdiez; osez défier le bras qui renversa les murs de Troie. Non , je ne retournerai point dans la Grèce publier ma bonté et ma lâcheté ; et le vainqueur d'Achille , celui qui vit périr le fils de Télamon et le fils de Nestor ^ , ne s'entendra pas reprocher qu'il a craint
' J'ai adopte ici une conjecture de M. Tyrwhitt. Le texte des manuscrits porte : « Après t'avoir tuëe sur le dos de ce monument , il me tuera. »
' C'est encore ici une correction faite au texte qui porte : le fils de Thésée. Mais les fils de Thésée ne moururent point au siège de Troie.
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de mourir pour sauver son épouse. Ah ! si les dieux méritent des autels^ la terre reposé légère sur le corps des héros qui meurent en combattant : ils écrasent leslâchessousrle fardeau d'une masse acca* Mante. Grands dieux ! daignez profiter les descendans de Tantale, et détournez les maux suspendus sur leurs têtes !
BÉLÈITE.
Ah! malheureuse! que vais-je devenir? Ménélas, nous sommes perdus! )e vois la princesse inspirée, Théonoé qui s'avance : la porte s'ouvre et retentit. Fuis.... Mais que dis-je? elle sait tout. Présente ou absente, elle est instruite de ton arrivée. Infortuné! tout est perdu. Tu n'as donc échappé au fer des barbares Phrygiens , que pour être immolé dans une terre étrangère * !