SCENE PREMIÈRE
THÉQCLYMÈNE, UN MESSAGER, LE CHffiUR.
LE MESSAGER
\J roi ' , je vous trouve à propos dans votre palais, pour vous faire part d'un événement malheureux dont vous devez être instruit sans délai.
THÉOGLYMÈNE.
Quel est-il?
L£ MESSAGER
Clherchez une autre épouse : Hélène a fui loin de ces lieux.
THÊOCLYMÈNE.
Comment? les airs lui ont-ils ouvert un passage?
' la'acmés du roi sur la scèitô n'ëtaut pas motivée , il parait qu^il ne l'a point quittée. Je ne sais si Ton ne pourrait pas supposer qu'il s'est perdu quelques vers qui formaient la liaison des deux actes , et par lesquels le chœur annonçait Parrivée du messager y et invitait Théoclymène à sortir du pakis.
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l44 HELÈIfZ,
^ LE MESSAGER
Ménclas^ le même qui a feint d'annoncer sa mprt , fuit avec elle au travers des ondes.
THÉOCLYMÈNE
Etrange nouvelle! sur quel vaisseau a-t-il pu Fenlever ? Tout ce que tu me dis est incroyable.
LE MESSAGER
Il est parti sur le vaisseau et avec les nauto^nier» que vous-même lui avez donnes.
THÉOCLYMENE.
Comment? explique-toi : je ne puis croire qu'un seul homme ait pu se rendre maître d'un si nombreux équipage.
LE MESSAGER
La fille de Jupiter, au sortir du palais, s'est avancée vers la mer avec une démarche modeste : elle pleurait la nfort de son époux , et cet époux était près d'elle et plein de vie. Nous avons choisi dans le jport la meilleure galère sidonienne à cinquante rames ; nous l'avons détachée , et nous nous sommes mis avec, ardeur à l'ouvrage : l'un dresse le mât , l'autre met la main à la rame ; les voiles sont déployées, et le gouvernail tourne sur ses gonds. Tandis que nous sommes occupés à ces différens travaux, des Grecs, qui observaient nos mouvemens, s'approchent du rivage : c'étaient
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TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 1^5
les compagnons de Ménélas, couverts de lambeaux hideux qui faisaient ressortir la noblesse de leurs traits. Aussitôt qu'il les aperçoit, le fils d'Atrée leur adresse la parole avec une feinte tristesse : « 0 Grecs infortunés, commentet sur quel w vaisseau avez-vous fait naufrage ? Ne refusez pas » de vous joindre à nous pour faire les funérailles » du fils d'Atrée : son corps est enseveli dans les » flots ; la fiUe^de Tyndare vient rendre hommage » à sa mémoire. S) Les Grecs, versant des larmes simulées , entrent dans le vaisseau , et portent à Ménélas les offrandes destinées h être jetées dans les flots. Leur nombre nous donnait quelque soupçon;' mais nous n'osions le témoigner, de peur de vous déplaire; car, en confiant à cet étranger le commandement du vaisseau , vous avez vous-même donné lieu à l'erreur qui nqus a perdus. Tout était prêt , et les offrandes avaient été portées à bord du navire : le taureau seul refusait de marcher : il mugissait; plein de fureur, roulant autour de lui ses yeux enflammés et recourbant son dos nerveux, il nous menaçait de ses cornes : personne n'osait l'approcher. L'époux d'Hélène appelle ses guerriers : « Destructeurs » d'Ilion, illustres et braves guerriers, saisissez par i» Je corps cet animal furieux; portez-le sur vos » épaules robustes, à la manière des Grecs, et jetez » à la prôuç cette victime mortuaire. » En disant X lo
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ces paroles, il porte la main à sou épçe» La troupe obéissante enlève le taureau , et le pou&^ au fond du navire. En jnémc temps Ménél^^s s'ap»proche de l'animal, le flatte, le caresse et }a fait entrer sans effort. Le vaisseau étant donc ch^gé et prêt à partir, ^Hélène y monte avec, grâce, et s'assied au milieu des bancs destinés aux i^ameurSt Ménélas , dont la renommée s'empre^e à publier la mort, se .place à ses côtés; les autres Grecf s0 rangent à droite et à gaucbe : chacun d'çux ye^lo sur l'un de nous. Ils étaient arm^ de |>oigQ$^j| cachés sous leurs vétemens, Le chef 4q np* rameurs entonne une chanson nautique, ^t la mer retentit de nos voix réunies qui la répètçpt.
Nous n'étions pas fort avancé^ dans la mar, lors^ que le pilote s'adressant h Ménélo^^ ; <( Étranger, lui » a-t-il dit, faul-il ajler plus loin, ou doi&-je m'arçé- )} ter ici ? car c'est à moi qu'est confié le soin dç 4iri* » ger le vaisseau^ — C'est as^ea^ », r«()ond le Grec; et, saisissant son épée, il s'avance ver^^la proue, et se dispose à immoler le taureau; ma^, »^um faire mention du mort , il adresse a\ix dieux cette prière : «Neptune, dieude» mers « et vous, chaste^ » filles de Nérée, daigne:^ veiller ^ur mes jours, et » me conduire au port de Naupjie aveq mon » épouse )) . Le sang jaiUit dans Fonde, et foripeun heureux présage pour ceîu^ qui le répand. Quelqu'un des, nôtres dit à cdw qui T^me, auprès de
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lui : ce Cet appareil et cette navigation ne soni qu'un » piège et un artifice : tâchons de regagner le port; y> prends le commandement ^ et toi, saisis le gou- M vernail » # Cependant le fils d'Atrée^ après avoir achevé le çacrifioe, crie à ses compagnons ; a Hé- » ros, la fleur des guerriers de la Grèce! fondez » sur ces barbares; frappez, égorgez, précipitez-les » dans les flots! » — Notre chef à son tour nous anime aussi de la voix : « Armons-nous des bancs » et des rames, nous crie-t-il , et massacrons ces 9 perfides étrangers* w Aussitôt le combat commence; le choc des rames et des épées fait ruisseler le sang de toutes parts. Hélène , du haut de la poupe, les exhorte et les encourage : « Souvenez- » vous des exploits d'Ilion : que ces barbares apn prennent à voua connaître. » Ceux qu'une ardeur impétueuse feit courir au-devant du fer, portent ai^tôt la peine de l^ir audace; les autres ne t$ird^it pas à les suivre , et le navire est jonché de morts. Si quelque part les Grecs chancellent, ]tfénâas court les raffermir; rien ne résiste à sa valeur : il frappe i il pousse dans les flots, il sub-* merge vos nautonniers, et le tillac désert demeura la proie dçs Grecs. Alors leur roi s'empare^ du gouvernail, et déclare qu'il dirige sa course vers leur commune patrie. Aussitôt on déploie les voiles ; il s'élève un Vent favorable, et 1^ vaisseau s'éloigne du rivage. Je m'étais jeté dans les
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flots/le long des cordages de l'ancre, pour me dérober à la mort; déjà mes forces épuisées commençaient à défaillir ^ lorsqu'une main secourable est venue me délivrer et me porter sur le rivage. 0 roi ! apprenez par ce malheur à connaître le prix d'une sage défiance.