‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 35 sur 101 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

tes lAêmes, ïiKS DtOSCURES ".

LES DIOSdURES.

0 roi Théoclymène! cdlme ton injuste colère; entends la voix des Dioscures , dont là sœur cause tés regrets. Cô n'est pas à toi que la destinée lînit le sort d'Hélèrie. La princesse issue de Nérée, ta sœut Théonoé , nô t'a fait aucune injure ; elle a respecté les dieux et la justice, elle a obéi aux ôrdi-es de ton pèfe. Il fallait que la fille de Tyndâtè habitation palais jusqu'à ce jour : maintenant que Troie est renversée, et que le nom d'Hélèiie

' On se rappelle qne lé cliteiirest. composé de Grecques capkive?. ' Castor et ï^ollux.

1^2 HÉLÈNE

a servi la colère des dieux, il est temps qu'elle quitte ces lieux pour retourner dans sa pairie çt pour vivre avec son époux. Garde-toi d'armer ta main contre une sœur vertueuse : sa conduite est approuvée par les dieux. Depuis que Jupiter nous mit au rang des immortels, nous veillons sur ijotre sœur chérie, mais nous n'avons pu empêcher ce que les dieux et le destin avaient arrêté de tout temps. Voilà, Théoclymène, ce que j'avais à te dire.

Et toi, ma sœur, traverse les mers avec ton époux : les vents vous seront favoraf^les ; nous serons pour toi deux divinités propices ; nous presserons nos coursiers pour t'accompagner sur les flots jusqu'aux rivages qui t'ont vu naître; et lorsque tu quitteras le séjour des vivans, tu augmenteras le nombre des divinités; on t'offrira des sacrifices en même-temps qu^aux Dioscures, et tu recevras les présens et les hommages des mortels. Telle est la volonté de Jupiter. Le lieu où le fils de Maïa \e réposa avec toi, en t'enlevant de Sparte, lorsqu'il descendit des cijeux pour dérober ton corps à l'amour de Paris , cette île qui domine sur les côtes de l'Attique, prendra désormais le nom à* Hélène ^ parce que c*est dans cette reti*aite que le dieu te cacha, lorsqu'il t'eut enlevée du palais de ton époux. Ménélas, qui a passé tant d'années, errant sur les mers, habitera les îles fortunées. Les dieux

TRAGÉDIE D*EtJRIPIDE. l53

aiment les cœurs grands et gépéreux : les travaux et les peines sont réservés au vulgaire lâche et timide.

THÉOCLYMÈKE.

Fils de Jupiter et de Léda, je me rends à vos ordres suprêmes ; je pardonne à ma sœur, j'abandonne le dessein de ma vengeance. Qu'Hélène retourne dans sa patrie , puisque tel est l'arrêt de la destinée j je soumets ma volonté à celle des dieux. Je vous salue, illustres frères de la plus vertueuse des femmes ^* ^

LE CHOEUR

L#es destinées se manifestent sous mille formes différentes : les dieux accomplissent divers desseins contre l'attente des mortels : ce qu'on espère n'arrive-point,: un dieu trouve une issue alors qu'on désespère : c'est ainsi que se sont offerts à nos yeux les cvénemens de ce jour.

' Littéralement : « sachez que vous êtes, issus du même jang que » la sœur la meilleure ei la plus vertueuse. Adieu, rëjouissez-vous y^ des nobles sentimeos d'Hëlène : bien qui ne se rencontre point * dans la plupart des femmes. »

EXAMEN

DE LA TRAGÉDIE

D'HÉLÈNE

LiA fable dé cette tragédie oflFre dès ti*aits cjtil h rapprochent des tragédies modernes. Le choèur y joue le rôle d'une confidente active et d^iiiïe amie pleine de zèle et de courage. Il occupe peula scène, et cependant il influe sur les cvenemenâ« L'action est une , à la vdtitë , mais elle se déveloj^ tard et laborieusement. Cest l'entreprise d'Hélène, cjtti se dérobe à Théoclymène jiiotir suivre Ifénëks. Tout le premier aète et le second jusqu'à la scène de la reconnaissance , ne sont que l'exposition du sujet. Cette exposition est double; l'une concerne l'état d'Hélène, l'autre celui de Méftélas. Elle offre un événement merveilleux et deux circonstances romanesques : l'arrivée de Méaélas à Phar ros, dans cette même île, sur ce mêmç rivage où Hélène a été portée par Mercure ; et le hasard qui amène Ménélas précisément au palais où Hélène fait son séjour. Ces deux circonstances sont motivées adroitement^ l'une par le naufrage, l'autre par l'indigence de Ménélas; mais elles conservent

EXAMEW DE LA TRAGÉDIE d'hÉLENE. i55

toujours un air singulier, qui occupe la curiosité, ei détourne Fattention d'un intérêt plus touchant. L'action est doublement implexe : elle contient péripétie et tecounaiàsânce. Il y a même deux péripéties; l'une et l'autre est du malheur au bonheur : la première a Keu dans l'exposition, Hélène , d'après le rapport de Teucer , se croit assurée de la mort de Ménélas , et passe subitement de la tristesse à la joie , lorscju'elle est détrompée par Théo^ ttôc. Ce personnage de Teucer , tout-à-fait étranger à la pièce, et introduit uniquement pour instruire Hélène des éveôemens qui l'intéressent, est un épisode doùt Ttisageest nïanifeste, et par-là même dépourvu d*ârt; il a du rapport avec celui d'Egée , dans la tragédie de Médée; mais il est moins excusable, parce qu'il edt moins propre au *ujet. Eu effet, si au nom de Teucer on substituait celui d'un kntfé Grec qui ait été au siège de Troie, on ue changerait rien, auit événemens de la tragédie. Euripide voulait être clair; il lui fallait une scène pour fftcilitèr la ïnarche de ^ pièce : il n'a pas cru devoir déguiser l'art, ou plutôt il à négligé de mettre de l'art '• La seconde des péripéties que j'ai fût Tomarq^er est contenue dans le dénotiemeiit même de la piâoe.

' C'est la même observation que j'ai présentée avec plus de détail «lans VJSssai sur la vie et les ouvrages d'Euripide , tom- V, p. i5tl t\ siiiv. . ^

l36 EXAMEÎf DE LA TRAGÉDIE

La reconnaissance n'est pas liée à la péripétie; car Hélène croit déjà son époux vivant, lorsqu'elle le retrouve. C'est plutôt une rencontre fortuite qu'une reconnaissance : aussi ne fait-elle point le même effet que. celle d'Oreste , de Mérope et d'OEdipe. Dans Ménélas, la reconnaissance a plus d'intérêt que dans Hélène, parce qu'elle donne lieu à une plus longue perplexité. Les souvenirs qui suffisent pour convaincre Hélène, ne peuvent point persuader Ménélas : il fallait le témoignage de celui qui a vu disparaître le fantôme dans les airs. Cette aventure merveilleuse, préparée dans l'exposition, devient ici plus incroyable, parce qu'elle n'est point rejetée dans un temps éloigné, et qu'elle se lie à l'intrigue même de la pièce; c'est ce qu'un poète dramatique doit éviter avec soin. Le merveilleux ne peut être toléré qu'au dénouement, parce qu'il détruit subitement toutes les impressions que produisent les événemens d'une autre nature.

Le nœud de l'intrigue consiste dans l'amour de Théoclymène ; c'est encore un trait qui rapproche cette pièce des tragédies modernes* La passion .de ce prince n'est , qu'esquissée , et. ne fait. pas .un grand effet; mais elle rend le caractère d'Hélène plus intéressant, et forme une sorte de contraste heureux avec le tableau de l'amour vertueux d'Hélène et de Ménélas. L'art prophétique de

]>'HélÈ^Ë. l57

Théonoe forme un second nœud, ou un second obstacle à l'entreprise ; mais il se détruit de luimême ; il a d'ailleurs l'inconvénient de dépendre d'une cause surnaturelle. Cette raison me ferait entièrement condamner ce personnage épisodique, s'il ne donnait lieu à de très-belles scènes, et en particulier à la situation qui termine le cinquième acte, avant l'apparition des Dioscures. Ce tableau d'un roi absolu, qui, dans l'excès de sa colère, veut immoler une sœur innocente, et que des captives arrêtent par ses vêtemens sans s'effrayer de ses menaces, me paraît un des plus beaux qu'on puisse offrir sur la scène. Le dénouement ne se fait point par les divinités qui font entendre leur voix à Théoclymène; ces demi-dieux n'ont d'autre dessein que de calmer le courroux du roi , et d'annoncer les suites de l'entreprise que Ménélas a terminée. Cette Considération doit peut-être faire examiner avec moins de rigueur si la fable exigeait leur présence. ^

Du reste, les mœurs égyptiennes y sont bien observées; les cérémonies religieuses des anciens Egyptiens, leur dévotion pour les tombeaux, y sont peintes avec les traits de l'Histoire. Mais il est probable, comme le dit P. Corneille, que la principale action, lé dénouement de cette 'pièce, «

* Préface de Rodogune.

l58 EXAMEN PE l^A TRAGÉDIE

sont entièrement inventés sous des noms vérita»^ blés. Je ne dirai pas comme l'auteur que je cite , que les épisodes sont dans le même eas, puisqu'on a vu dans une note du P. Brumoy, sur l'expo* sition de ce sujet, que l'épisode du £smtôme d'Hélène n'a point été imaginé par Euripide, et qu'il en étitit déjà question dans les poésies de Slésichore,

Le Ueu de la scène est désigné fort clairemeîit; Euripide a suivi Homère et les l;Listoriens, en i^a-^ çant Prêtée dans l'île dç Pharos, Le ^om qu'il donne à la fille de ce roi §e rapprocixe, pour le sens, de celui qu'elle porte chez Hotoète; et il est probable que, s'il l'a changé, ce n'est que parce que celui qu'il a substitué, s'emploie avec plus de grâce et de facilite dans le vers iambe. Hpnaèrô l'appelle Idothée; Euripide, Tbéonoé, On sait que la description de l'île de Phares a donné lieu à quelques difficultés géographiques. Elle tpuclw actuellemeni; au continent du Delta, et Homi^iç^ en deux endroits différens, la représenta comme en étant éloignée. Voici comment Ménélas raconte à Télémaque l'entretien qu'il eut avec Pilotée à qe sujet '.

« Sur le profond océan, dit Protee , Volèire , M en face de ce pays ( de l'Egypte ) , une île npm* >? mée Pharos, à la distance que parcourt, durafit » une journée, un vaisseau poussé par le souffle

' Voy. le livre IV de VOJyssée.

d'hëlènb. x$q

B d un vent impétueux. ... ^ ....... .

» Maintenant ne compte pas que les destins te >» permettent de revoir les tiens, ton palais, les M champs de tes pères, si tu ne fends une seconde » fois de tes proues l'Egyptus, ce fleuve né dw » oi^l ; $i tu ne fais ruis^ler à ^ands flots sur ses » bords le sang des plus belles victimes. ....

M Alors s'ouvrira pour toi la route que tu aspires » depuis si long-temps à franchir.

» Mon cœur se brise à l'ordre de m'éloigner

» encore de mes lares , et de retourner à travers

» les sombres vapeurs de l'océan , aux bords de

» l'Egypte, chemin pénible, semé de périls. . .

^» Nous rebroussons jusqu'à l'Egyptus, fleuve issu

» de Jupiter; là, j'arrête mes vaisseaux, etc. »

Personne n'a mieux expliqué que M. Savary

le changement qui a donné lieu à la diversité qui

se trouve entre cette description d'Homère et

l'aspect qu'offre aujourd'hui le lieu qu'il a décrit.

Ce voyageur fait voir qu'en trois mille ans le

Delta s'est élevé de quatorze coudées. Il n'a pu

croîu*e en hauteur sans s'étendre en longueur.

Aussi voit-on, par exemple, la ville de Métélis,

fondée sous Psammétique, au bord de la mer, en

être aujourd'hui éloignée de neuf lieues : il en

est de même de l'île de Pharos. Au temps d'Ho-

^nère , le lac Maréotis se joignait à la mer^ et y

l6o EXAMEN DE LA TRAGÉDIE d'hÉLÊKE.

formait un gbife qui augmentait sa distance dtt continent. Pendant l'espace de cinq cents ans , le lac se retira, et on vit paraître la langue de terre, où Alexandre bâtit la ville à laquelle il donna son nom.

Cette langue de terre devait déjà se montrer à découvert au temps d'Euripide ; mais il représente les lieux sous Taspect ancien, et conformément au récit d'Homère.

ION

TRAGÉDIE D'EUWPIDE.

JLa fable d'Ion est fort compliquée : aussi fait-elle la matière d'un long prologue récité par Mercure , tout exprès pour instruire les spectateurs à qui il adresse la parole ^ sans autre artifice.

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