‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 36 sur 101 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Voici le fond du prologue et le sujet* Creuse, fille d^Erechthée , roi d'Athènes , fut séduite par Apollon , et de ce commerce elle mit au monde un fils, à Finsu d'Erechthée. Pour mettre son honneur à couvert, elle exposa ce fils dans la grotte même qui avait été témoin de son malheur ; mais elle eut la précaution de mettre l'enfant dans une corbeille fermée , avec quelques omemens qu'elle avait, pour suivre en cela une coutume domestique fondée sur une fable : c'est qu'Erichthonius% son aïeul , et fils de la Terre , avait été confié par Minerve aux trois filles de Cécrops, avec défense

' Erichthonius , quatrième roi d'Athènes. Voyei cette fable dans Oride , Met. 1. II , f. i2.

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d'ouvrir le petit panier où il était renfermé. Âglauros, l'une des Cécropidea, cédant à la curiosité, ouvrit ce dépôt mystérieux , et y trouva un enfant accompagné d'un serpent. Ovide en parle comme Euripide.

Mais pour revenir à Creuse , elle renouvella en quelque sorte l'aventure d'Erichthonfus , et Mercure fit pour elle ce que Minerve avait fait pour son aïeul : car le dieu, à la prière d'Apollon, tirt le fils de Creuse de la grotte où sa mère l'avait caché, et le transporta au temple de Delphes. La prétresse d'Apollon fut d'abord choquée de cette aventure, dans la pensée qu'elle était arrivée à quelque Delphienne, doublement coupable d'avoir manqué à son devoir, et d'avoir osé profaner un temple si respectable. Elle voulut même jeter l'enfant hors de cette demeure sacrée; mais Apollon lui toucha le cœui*, et la pitié l'empoita sur l'indignation , de manière que la préti*esse prit soin de nourrir ce pupille. Il crut sous Içs yeux de sa libératrice et à l'ombre des autels, sans que lui ni elle eussent aucune lumière de, ceux dont il avait recule jour. L'estinie qu'il s'acquit parmi les DeVphiens, les engagea à le faire le dépositaire des trésors du temple ; cependant sa mère Creuse épousa Xuthus, à l'occa&ion qu'on va dire.

Ce Xuthus n'était pas d'Athènes, maisd'Achaïe, et issu d'Eole. Il vint un jour au secours des Alhé-

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niens qui avaient une guerre sur les bras. Il les aida à remporter la victoire sur leurs ennemis; et Creuse avec le sceptre d'Athènes fut le prix de sa gcnérositeet de sa valeur. Mais touis deux après plusieurs années, se voyant sans héritiers», résolurent d'aller à l'oracle de Delphes. C'est ici précisément <pie commence la pièce. Mercure prévient le spectateur, en l'avertissant que le dessein d'Apollon est de foire passer Ion , ce fils qu'il a eti de Creuse, pour véritable fils de Xuthus, et de lui procurer la gloire d'être un jour le fondateur de l'Ionie, partie considérable de la Grèce asiatique.

Mercure s'étant retiré , Ion se montre à la tétc de plusieurs ministres d'Apollon. « Déjà, dit-il , M le dieu de la lumière fait briller son char sur » la terre; les astres en sa présence fuient dans le » sein de la liuit sacrée. Le sommet de la double » colline reçoit un double éclat. Les parfums mon- » tent jusqu'à la voûte du temple; et la prétresse, n assise sur le trépied, est prête à annoncer au » peuple les oracles du dieu. Allez, ministres » saints , aile» à la source de Castalie , et après vous jo être lavés dans ses eaux pures , rentrez dans le » temple : purifiez sur tout vos lèvres pour ipter- » prêter heureusement les mystères d'Apollon. j> Pour moi, satisfait de l'humble emploi que » j'exerce depuis mon enfance, je vais orner ce " vestibule de couronnes de laurier, en nettoyer

» rentrée, et écarter à coups de flèches les oiseaux » qui pourraient sotUller les oÉfrandes : car étant » sans mère et sans père, je regarde ce temple qui » m'a servi de berceau , comme un lieu sacré qui » exige tous mes soins. »

Tai^dis qu'il s'occupe à ce pieux exercice , il entretient son esprit d'idées conformes à son emploi. Les lauriers, les myrtes, l'eau de Castalie, tout lui rappelle le souvenir du dieu qu'il sert , et la pureté qu'un ministre doit avoir dans son service. €c Heureux travail ! s'éci:ie-t-il • 0 Phébus, c'est toi » que je sers , et dans le lieu qui t'est le jdus agréa- » ble! Que cet emploi m'est doux; qu'il m'est glo- » rieux! Je ne suis point esclave d'un vil mortel; » je suis le ministre d'un dieu. Oui , ce dieu est ,n mon véritable père, puisque c'est pour lui et » de ses bienfaits que j'existe. » Tout ceci est une espèce d'hymne, avec un refrain à la louange d'Apollon. Elle est suivie de quelques traits un peu trop naïfs pour notre théâtre : car Ion voyant une foule d'oiseaux qui sortent dii Parnasse et qui voltigent autour du temple , les écarte à grands cris , et les menace dç les frapper de ses traits, en les appelant chacun par leur nom.

Des filles athéniennes qui arrivent, font une autre scène naïve ; elles examinent curieusement le vestibule du temple. « Ce n'est pas seulement » dans notre Athènes^ si chère aux dieux, disent-

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» elles, qu'on voit des temples magnifiques, puis- M que Delphes en possède un si beau . >» Sur quoi Ion leur fait considérer divers tableaux ou bas-reliefs, qui représentent quelques histoires des dieux.

<( De grâce , leur dit-il, voyez lé fils de Jupiter ' , qui de sa faulx dorée abat l'hydre de Lerne*

LE CHŒUR

Je le vois.

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Et cet autre auprès de lui , qui tient un flambeau ardent^.

LE CHOEUR

Quel est-il? Nous le représentons souvent, ce me semble, dans nos ouvrages de tapisserie.

lOU.

C'e^t lolas, écuyer d'Hercule. Regardez encore celui-ci^ sur un cheval ailé, tout prêt à tuer le monstre à trois corps. »

Cela suffit pour connaître le goût de cette scène : à chaque demande Ion répond : « Là ? ce » sont les géans; ici? c'est Bacchus avec ses thyr- » ses; de ce côté?" c'est Pallas avec son égide; »

' Hercule.

^ Je lis ainsi , après Barnès , parce qu'en effet lolas brûlait les tétet de l'hydre, à mesure qu'Hercule les coupail :Ia leçon ordinaire ne s'entend pas bien.

3 Bellérophon , arme contre la Chimère.

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et choses semblables ^ qui kon% de vraies beautés^ mais peut-être trop simples pour Iç goût présent. Virgile ' n'a pas naanqué de copier eu partie cette situatipn , lorsiju'il nous peint Enée dans Un temple d,e Carthage» dont il parcourt les peintures, a Dans ce boîs4à même , dit-il , Didon « faisait ériger un temple en l'honneur de Junon. » Elle y avait fait dresser la statue de la déesse, » et elle avait enrichi le temple de ses présens. » Le seuil posé sur les degrés par où l'on mon- » tait était d'airain , et les colonnes qui portaient » l'architrave étaient debironze, aussi bien que » les gonds qui soutenaient les portes. Le premier » spectacle qui se présenta aux yeux d'Enée, ser- » vit beaucoup à calmer ses inquiétudes , à le ras- M surer sur les périls dont sa vie était menacée , » et à remettre la confiance dans son cœur. En » effet, tandis qu'il parcourais des yeux les divers » ornemens du temple, en attendant que la reine » y vînt ; taudis qu'il réfléchissait sur le bonheur » des ijouveaux citoyens, et qu'il était charmé » de l'habileté des ouvriers et de ja beauté des )) ouvrages, il fut suirpris de voir toute la suite » de la guerre de Troie, tracée par ordre en » d'excellens tableaiix. Il conclut que la renom- » mée ayait répandu par toute la terre les tra-

' £neid. 1. I, V. 445.

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» vaux d*un si long siège. Enée reconnut Aga- » memnon et Ménëlas en peinture. Il discerna » Priam, et Achille, dont la colère fut si funeste » aux deux partis. A cette vue , il ^arrêta ) et les » yeux baignés ^ de larmcis : en quelle région, n dit-il à Achate, nos aventures n'ont^elles pas » pénétré? On a joint ici le portrait' de Priam » à ceux de$ généraux grecs. Vous voyez qu'on » sait y rend»e justice àù mérite; qu'on y a le cœur « di^[>osé à la compassion , et qu'on y est touch é ji de l'infortune des malheureux. Ne craignez » plus : nous saurons tirer avantagé de la Connais-: » sance qu'on a de nos malheurs dans ces lieux. » Il paria de la sorte, et continua de parcourir » des yeux c^ muettes peintures. Chaque tableau » lui fit verser des larmes. Il voyait, d'une part, » les Grecs assaillans fuir devant une troupe de » jeunes Troyens qui les poursuivaient : d'une » autre part> il voyait les Phrygien» nài$ en fuite » par Aehille. Il considérait dans un tableau les )y lentes de l'infortuné Rhésus , qui , venu pour » secourir Troie, fut attaqué de nuit par Dio- » mède. On pillait son camp, lorsque le chef était >» encore dans son premier sommeil , et on le remn ptissait de carnage. Diomède conduisait sous les » pavillons les chevaux qu'il avait enlevés à Rhé- » sus, avant qu^ils eussent pu paître dans les prés » de la Troade, et s'abreuver aux eaux du Xanthcr

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l68 lÔBT, ,

» Ce spectacle fit veiner des larmes à Enée. Da^is » un autre tableau paraissait le jeune Troïlus, qui » fut assez audacieux pour défier Âchille« Il es- » saya en '^iu. ses armes contre lui. Troïlus lui » était tr<^ inégal en forces : aussi le voyait-on, » le corps presque entier hors de son char, tombé » à la renverse, €t entraîné vers la ville par ses » chevaux, dont il tenait encore les rênes* Sa tête » et sa chevelure traînaient à terre , Jtandis que sa » lance, qui lui restait à la main, traçait un sil^ » loQ ;sur le sable. Dans un troisième tableau » étaient représentées les femmes Troyéiines, les » cheveux en désordre, dans le temple de Pallas. )) Elles paraissaient offrir leurs vœux à la déesse » peu favorable. D'un air triste et suppliant elles 5j lui présentaient une robe pour couvrir sa sta- » tue , et elles se frappaient le sein. Pallas irritée » semblait tenir les yeux baissés en terre. Une » autre peinture représentait le corps d'Hector, » qu'Achille , après l'avoir traîné autour des fossés M de Troie , vendait à Priam , qui était venu le ra- » cheter. Enée ne put s'empêcher de pousser un » profond soupir, lorsqu'il vit les dépouilles, le » char et le icorps de son ami; et lorsqu'il aperçut )) Priam désarmé, tendant des mains suppliantes » au meurtrier de son fils. Dans un autre ta- » bleau , il se vit lui-inéme environné dans une » mêlée par les principaux chefs du camp en-

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M nemt. ïl y vit les Ethiopiens, et il y reconnut » Memnon à la noirceur de son visage et à Té- » clat de ses armes. La généreuse Pentésilëc s*y M Êdsait remarquer ; elle conduisait un nombreux » escadron d'amazones, dont les boucliers étaient » échancrés en demi-cercle. Leur reine, soute- » nant d'une écharpe la seule mamelle qui lui » restait , paraissait plus fière que mille autres de » ses compagnes : et vierge qu'elle était, elle osait » se mesurer avec les plus braves guerriers. »

Ce morceau de V Enéide est si beau , que j'ai cru devoir n'en rien omettre malgré son étendue, pour faire voir avec quelle délicatesse Virgile a " su imiter les anciens, et enchérir sur les beautés naturelles qu'il a trouvées dans leurs écrits. En voici encore lin dans le même genre, que le lecteur me saura gré de lui rappeler. Il est du sixième livre de F Enéide , où le poëte décrit l'arrivée d'Enée à Cumes, et ce prince occupé à considérer le temple de Diane.

« Déjà le héros et sa suite étaient entrés dans » le bois conféré à Diane , et bientôt ils furent » rendus à son temple , tout éclatant de dorures. » On dit que Dédale , fuyant la persécution de i> Minos, osa se hasarder à fendre les airs avec » des ailes qu'il s'ajusta, et que par un chemin nou-

lyQ ION,

» veau volant vers le Seplentrion , il vint de Crète M à l'endroit l^plus élevé de Cernes. Dès qu'il y M fut arrivé, il commença par consacrer à Phébus » ses ailes; puis il érigea un temple magnifique. M Sur les |)ortes du tqjnple il sculpta en bas- » relief la mort d'Androgée. Il y représenta les » Athéniens que Minos obligeait tous les ans d'en- » voyer en Crète quatorze de leurs en&ns. On y » voyait l'urne dont on se servait pour les tirer » au sort; dans un autre bas-relief était figurée » l'île de Crète vis-à-vis d'Athènes. On y avait re- » présenté Pasiphaé , et l'objet de son brutal

-«>. amour. Le Mino^ure qui en fut le fruit mons- » ti'ueux , y avait sa place. On apercevait d'un au- » tre côté le fameux labyrinthe dont on ne pou- » vait retrouver l'issue, lorsqu'on y était entré. « Dédale s'y était représenté lui-même. Trop fa- » vorable à la passion qu'Ariadjote avait conçue

. » pour Thésée, il donnait à celui-ci uja fil pour » lui faire retrouver sa route dans les obscurs dé- » tours du labyrinthe . Infortuné Icare^ sans doute » vous auriea eu part à ce bel ouvra^ de Dédale! » Deux fois le père s'efforça d'emplqyer Tor pour » exprimer la chute de son fils-; deux fois ses. madns » se refusèrent à son travail. Les Troyens auraient » continué à parcourir des yeux le reste de ces ta- » bleaux, siAchate, qu'on avait envoyé chercher » la Sibylle, ne l'eût amenée.»

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La difiFiérence qu-oa peut bien sentir^ entre ces peintures de Virgile et celle d'Euripide , c'est que les premières sont remplies de sentiment , et parlà plus intéressantes que la seconde , qui ne contient que des sujets généraux : mais Euripide n'en a pas été moins sensé dans le choix de ses sujets y puisqu'il ne s'agissait que d'un intérêt de simple curiosité dans des filles qui, arrivant au temple de Delphes avant leur maîtresse , jettent çà et \^ un coup d'œil en passant, Lien plutôt pour faire connaître au spectateur quel est le but de leur voyage, que pour l'amuser par des descriptions hors de saison : aussi la scène est-elle courte sur cet article.

La curiosité porte encore ces filles à vouloir entrer jusque dans le sanctuaire , pour achever de tout voir ; mais Ion leur fait entendre que l'entrée n'en est perpiise qu'à ceux qui viennent consulter l'oracle après les sacrifices requis.

Ces Athéniennes c(ui forment le chœur , font connaître qu'elles sont les femmes d'une dame athénienne, nommée Créiise. Il n'est pas trop aisé de distinguer nettement si elle est entrée d'abord avec ses femmes, ou si elle vient ensuite sur le théâtre , car jusqu'à présent Ion n'a entret^au que sa suite. Elle prend tout à coup la parole , et semble répondre à une demande qu'on ne lui fait pas. Peut-être voulait-elle ne se point découvrir, comme la suite donne lieu de le penser.

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Le reste de la scène , ou si l'on veut cette nouvelle scène, est un long entretien de Creuse avec Ion. Il est frappé de son grand air et surpris de ses larmes. Dabord, elle paraît vouloir éluder les interrogations curieuses du ministre d'Apollon ; puis elle répond en mots mystérieux : « Mes pleurs )) doivent vous étonner, sans doute, mais l'aspect » de ce temple m'a rappelé un triste souvenir. J'ou- )) bliais que j'étais en ces lieux, et mon esprit était » à Athènes. Que les femmes sont malheureuses , » et que les dieux sont inj^ustes ! A qui avoir re- » cours, si c'est l'iniquité de nos souverains maîtres » qui nous perd ?» Ce soupir énigmatique pour Ion , lui donne l'envie de découvrir le secret de cette princesse affligée. Mais elle referme aussitôt son cœur pour ne pas le laisser pénétrer par un étranger. Comme il la complimente sur sa naissance, afin de changer de discours : « Hélas! dit- » elle ,' c'est à <iet unique avantage que s'est borné » mon bonheur ! » Elle raconte à ce sujet la fable de son aïeul Erichthonius ( grand titre de noblesse ) , le sacrifice que fit Erechthée , son père , de ses propres filles , pour le salut dé la patrie ( autre titre d'il- * lustràtion ) , et la destinée de ce roi , que Neptune précipita tout vivant dans le sein de la terre , qu'il entr'ouvrit d'un coup de son trident. Comme le lieu où il fut englouti , est le même où Ap<dlon avait séduit Çréùse , le nom de ce lieu la fait ren-

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trer tout à coup dans sa rêverie et danssoB chagrin. « Lieu fatal; dit-elle, puissé-je ne t'avoir jamais » vu ! » Ion pique d^une nouvelle curiosité , fait un nouveau pas pour entrer dans la confidence de la princesse ; mais elle détourne la conversation sur son époux Xutlius. Il doit dans quelques momens venir consulter l'oracle d'Apollon. Mais il est allé d'abord à l'antre de Trophonius. C'est le chagrin de se voir sans postérité qui l'amène à Delphes. « Quoi ! dit Ion , vous n'avez jamais eu d'enfant!» L'interrogation est embarrassante par sa naïveté. Mais Creuse s'en tire adroitement, etse contente de répondre. « Hélas ! Apollon le sait : »

Elle interroge à son tour Ion, qui lui avoue qu'il n'a pu connaître jusqu'à présent ni père, ni mère , et qu'il a toujours vécu des autels qui lui ont servi d'asile. « Je sais, dit Creuse, une mère » aussi infortunée que la vôtre. Quelle est-^elle, » répond Ion ? Daignez me la nommer. » Creuse en femme habile profite de cette ouverture pour proposer son aflfaire sous le nom d'une autre. <( C'est elle, dit cette princesse , pour qui je suis » venue consulter Apollon, en attendant l'arrivée » de mon époux. » Elle fait donc entendre que c'est pour une amie qu'elle vient interroger le dieu; et comme le ministre lui offre ses services pour cda, après quelques façons, elle lui dit tout de suite , que cette amie a eu malgré elle un

secret commerce avec Apollon ; qu'elle en a eu un

fils, qu'elle l'a expose; qu'on ignore ce que l'enfant est devenu, et qu^elle le croit mort; que du reste, à en juger par la date de cette aventure , l'enfant devrait être à peu près du même âge qu'Ion.

Celui-ci , surpris de la conformité qu'il trouve entre son destin et le sort de cet enfant, ne peut toutefois s'imaginer qu'un dieu ait eu une liaison semblable avec une mortelle. Ainsi il conclut qu'il est inutile et même dangereux de consulter Phébus sur un crime qu'il n'avouerait pas. Creuse en soupirant , se plaint de l'ingratitude de ce dieu , et voyant de loin venir son mari, elle recommande à Ion un grand secret sur l'aventure qu'elle vient de lui raconter au sujet d'une amie , dans la crainte que cet entretien rapporté peu fidèlement ne causât quelque trouble et quelque malentendu, dont la honte retomberait sur elle.

Xuthus, à la manière grecque, salue d'abord le dieu du Parnasse, puis Creuse, à qui il apprend que l'oracle de l'antre n'a pas voulu prévenir celui de Delphes ; mais qu'il assure par avance que Xuthus ne s'en retournera point sans enfans^ ni Creuse sans réponse.

L'un et l'autre, après quelques prières, entrent dans le temple, tandis qu'Ion va chercher l'eau pour faire les aspersions. Avant que d'y aller, il

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réfléchit un moment sur le discours de Creuse , et blâme assez vivement le procédé d'Apollon , dont il se montre fort scandalisé. « A quel dessein , » dit-il , séduire des beautés mortelles , et aban- » donner leurs enfans au trépas? Songez qu'étant » dieu , vous devez des exemples de vertu. S'il est » des méchans parmi nous^ vous les punissez. » Sied-il donc «lux législateurs de violer les lois ? » Si cela était, ce que je n'ose croire, les mortels » vous puniraient à leur tour , et vos temples sei> raient bientôt déserts. Car enfin, si vous suc- » combez à d'indignes passions, il ne faut plus » accuser les hommes , c'est à vous qu'il faut s'en )) prendre. Il ne sont plus que les imitateurs de » vos vices : vous êtes leurs maîtres. » Voilà ce que les sages païens pensaient de leurs divinités , ou plutôt des fables que la poésie leur imputait.

Le chœur resté seul dans lé vestibule du temple, adresse des vœux à Lucine , à Minerve et à Diane pour obtenir à ses maîtres une postérité digne de la race d'Erechthée. Il y a un morceau élégant sur l'avantage d'une postérité nombreuse. Il revient à ce que dit Cicéron , dans l'oraison pour Cluentius, ou il appelle un fils : « l'espérance du » père, la gloire du nom qu'il doit perpétuer, » l'appui de la maison, l'héritier de la famille, et » un citoyen destiné à servir l'Etat : Spem parenn tis ^ memoriam nominis y sub$idium generis^

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» hœredem famiUœy désignatum reipuhUeœ ci- » i^em. » Le grec d'Euripide et le latin deCicéron ne sont guère susceptibles d'une traduction heureuse en notre laAgue.

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