‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 38 sur 101 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Creuse, suivie d'un vieillard qui avait été gouverneur d'Erechthée , et qu'elle regarde comme

' Parce que cet en£int s'est oflfert le premier à la vue de Xuthus sortant du temple : i^têvrt fAct»

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un père, le prie de se joindre à elle pour oll>t;eair d'Apollon un oracle qui soit favorable à ses désirs. Tandis que le vieillard se met en devoir de lui obéir et d'entrer dans le temple, elle s'avise de demander à ses femmes quelle réponse Xuthus a reçue du dieu. Le chœur, par un air triste et par des mots entre-coupés, ne lui fait rien attendre que de fâcheux , et excite de plus en plus sa curiosité , en lui apprenant les ordres de Xuthus et le supplice dont il a menacé celles qui violeraient son secret. Enfin , ces femmes s'expliquent peu à peu , et révèlent tout. La reine en est frappée <3omme d'un coup de foudre ; et la douleur ne lui permet pas de parler. Mais le vieillard dévoué aux kneréis desErechthides, et outré d'une action qui lui paraît si indigne d'un roi, s'écrie: « Madame, on M vous trahit , et votre époux vous détrône. C'est » moins par haine pour lui , que par âdélité pow )) vous , que j'ose vous parler ainsi d'un ëtrsmger » qui , après vous avoir épousée , n'a pas rougi de )) violer la foi qu'il vous avait jurée , et de se pro- )} curer des héritiers qui ne sont pas de vous. Je » vais donc vous développer ce mystère. » Il le fait d'une manière bien capable de consterner Creuse , tnais aussi très-vraisemblable, eu égard aux circonstances qu'il rassemble. La stérilité de la reine, le voyage à Delphes , la rencontre et la reconnaissance précipitée d'un fils , tout a l'air d'un artifice

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concer^ pour placer le fils de quelque esclave aimée sur le troue desErechthides. Il peiut cet artifice des plus affreuses couleurs , pour animer la vengeance de Creuse; et il lui dit nettement qu'il n'y a plus de ressource pour elle, que dans le fer ou le poison, si elle veut prévenir sa mort par celle de ses deux ennemis. Il s'offre lui-même à devenir le ipinistre de sa veijgeance ; et le chœur épouse les mêmes sentimens de fureur.

Creuse , entièrement convaincue de la perfidie de Xuthus , lève le masque , et fait une action bien hardie pour une femme : « Dois-je parler ou D me taire encore? dit- elle, Trop scrupuleuse » pudeur, cesse de me contraindre ; car qui m*ar- » rête désormais? Chassée de mon trôiie et privée » de l'espoir d'avoir des successeurs de mon sang , » est-il encore quelque devoir qui mè lie à mon » ingrat époux ? » Ce début est suivi de sermens affreux qu'elle fait de révéler sa honte et celle de Xuthus. Cependant les laormes qui couleaott de ses yeux , la rougeur qui lui couvre le frooit ,m<»itreiM; combien lui coûte l'aveu qu'elle va faire. Aussi ne le fait - elle que pour reprocher aux hommes et aux dieux leur ii^gratiiude «eut leur ^trahison. (Test surtout à Phébus qu'elle adresse les plus vifs reproches, en publiant que ce dieu a triomphé de sa pude.ur, et qu'il a ^CKiiept cpiie son Ms soit

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devenu la proie des oiseaux, tandis qu'il rend au traître Xuthus un fils qui n'est pas à elle.

Le vieillard et le chœur également surpris de cet autre malheur de la reine, dont ils n'avaient eu aucune connaissance, comprennent à peine tout le sens de ses paroles. C'est pourquoi le vieux gouverneur se fait répéter toute cette aventura , pour tâcher de découvrir si l'on ne pourrait pas retrouver quelque trace de cet enfant exposé, qui serait du moins l'héritier légitime du trône, et le vengeur de sa mère. Mais Creuse avoue qu'elle l'a caché dans une grotte , et que depuis elle ne l'a plus revu. « 0 cruelle mère! s'écrie le vieillard , M ô dieu encore plus barbare ! » Le récit de Creuse lui arrache cette expression : car elle lui peint vivement cet enfant malheureux , qui lui tendait en vain les bras, et la fatale nécessité où elle était de sacrifier l'amour maternel au soin d'un honneur sévère qu'il fallait mettre à couvert.

« Vengez- vous, dit le gouverneur , et punissez d'abord l'amant qui vous a perdu.

CREUSE

Comment étant mortelle, puis-jepunir Undieu?

LE GOUVERNEUR

Mettez en feu le temple de Delphes.

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CREUSE

Une crainte religieuse m'arrête; et je n'ai déjà que trop de malheurs,

LE GOUVERNEUR

Eh! bien, perdez votre époux,

CREUSE

Un reste de respect pour un hymen qui me fut cher, en niurmure^

LE GOUVERNEUR

Du moins étouffez ce monstre naissant , cet Ion , qui s'élève contre vous. »

EUe écoute plus volontiers cette proposition. Il n'est plus question que des moyens de réussir. Le vieillard, du même ton qu'on vient d'entendre, propose les plus violens, comme d'aller égorger Ion dans la tente sacrée où il mange avec ses amis. Mais la princesse n'approuvant rien de tout cela : » C'est donc à vous , reprend-il , à chercher une » ressource. » Creuse en trouve une digne d'une femme en fureur; c'est le poison. Elle en avait un très-présent et tres-eflicace qui lui venait de ' Minerve, à savoir : deux gouttes du sang de Méduse que la déesse avait données à Erichthonius^ avec cette propriété que l'une des gouttes procurerait la guérison et l'autre une prompte mort. Creuse

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charge le gouverneur d'empoisonner Ion avec la liqueur mortelle ; mais elle voudrait attendre que sa victime fût à Â.thènes. « Non , répond le gou- » vemeur, c'est ici qu'il faut s'en défaire, pour » mieux cacher la ipain qui le perd. »

Creuse y consent , et lui donne un vase d'or où est renfermé le poison , avec ordre de le répandre dans la coupe d'Ion. Tandis qu'elle va dans son appartement en attendre l'effet , le vieillard s'encourage à ce crime par cette horrible sentence *: « Soyons vertueux , quand tout nous rit ; mais M s'agit-il de nous venger d'un ennemi , n'écou- » tons plus une importune vertu. »

Ces sentences et toute la conduite de Tattenttt paraissent ne convenir guère à des personnages pour qui le spectateur s'est intéresse. Le chœur n'est pas moins coupable que les principaux personnages, et sa fidélité pour la race d'Érechthée ne saurait, ce me semble , justifier son emportement, quoique le poëte tâche de l'ériger en vertu dans l'intermède de cet acte. H faut pourtant convenir que la situation est admirable, qu'elle est tirée des vrais sentimens du cœur humain , et que y par conséquent , elle est dans le vrai goût du théâtre.

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