‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 56 sur 101 · I.E CHQBUR · texte numérisé non relu

I.E CHQBUR

Malheureuse !

CREUSE

Quelle infortune m'annonce cet oracle?

LE GHOBUR.

Hélas! que lui dirai-je? m'exposerai-je à h mort?

CRÉUSB.

Quel est donc ce langage? d'où peuvent naître ces craintes?

LE GHOBUR.

Dois-je parler ou me taire? Dieux! que fenu-/e?

CRÉUSS.

Parlez. ••• apprenez-moi les maux qui me sont x&erves.

LE CHOEUR

Oui, je vais vous les dcclaï*er, dussé-je expier

' Grec : f'idélês au service de mu toiie ettSs ma fWPeUe.

TRAGÉDIE D^CURIPID£. nSg

mon zèle par une double n»oit«..* Reine, n'espé^rez plus de porter le doux nom de n^ère : jamais des enfans chéris ne souriront entre vos bras, ne presseront votre sein maternel*

LE y»ILLAKIl.

Hëlasl ma fille, je n^inyoque plus que la mort.

CREUSE

Malheureuse !.. Chères amies , vous m'avez arradbié la vie ; elle n'est plus qu'un fardeau pour moi : je succombe à mon désespoir.

LE yiEILLÀRD.

0 Creuse ! nous sommes perdus.

CREUSE. à

Ah! la douleur pénètre jusque dans mes entrailles , jusqu'au fond de mon cœur.

LE VIEILLARD

Mais suspendez vos larmes. ...

CREUSE

Et quel plus juste deuil?

LE VIEILLJLRD.

Jusqu'à ce que nous sachions* ...

CREUSE

Que puis-je désirer d'apprendre ?

a6o lôw,

LE VlÈtLiJLAD*

Si votre ëpoux partage votre infortune, ou si irons êtes seule à plaindre.

LE CHOBUR.

O vieillard! Apollon a doîinë un fils à Xuthus* Jl est heureux > et Ci'^use est infortunée.

CRÉUSS.

Ail ! ces mots mettent le comble à ma douleur, et me préparent d'ëternels gémissemens.

L£ VIEILLARD

L'orade a-t-il expliqué de quelle femme ce fils devait naître, bu s'il avait déjà reçu la naissance?

LE CHOEUR

Apollon adonné au roi un fils déjà parvenu 'à î^ge d^hbmme. Mes yeux Font vu .

GRÉU».

Que dites-vous? Quels discours étranges, inconcevables !

LE VIEILLARD

J'en suis fi:appé comme elle. , .

GRl^USE.

Achevez de m'expliquer cet oracle funeste ; £ûtes*moi connaître ce fils....

LE CHOfeUR.

Le dieu a dadarë à TOtre époux quil lui donnait

TRAGÉDR h'eURIPIDE. Î6 t

pour fils la première personne quHl rencontrerait au sortir du temple*

' Ciel !... Et moi je serai prirée à jamais dîi nom d« mère 9 ma vie sera en proie à la malédiction ! Je yivrai solitaire au sein d'une maison qui sera pour moi telle qu'un aflFrèûx désert!. .Mais 9 quel est d(mc celui que l'orade a désigné? Infi3rtnnée! quel mortel mon époux a-t-il renccmtré? Conunent et en quel lieu s'est-il offisrt à sa vue?

UC CHOEUR* ii

^ Princesse, ma souveraine , vous connaissez ce jeune homme qui s'occupait à purifier le temple; cet enfant; c'est lui-même.

CREUSE

Oh ! puissé-je être transportée loin de la Grèce et jusqu'aux astres du couchant, pour y cacher ma honte et ma douleur!

LE TUSIJUJUU)^

Quel nom a-t-'il reçu de son père? En étes*vous instruite, ou a-tril gardé le silence?

XE CHOEUR. '

Ion, c'est ainsi qu'il a été nommé, parce qu'il s'est offert le premier aux regards d'un père.

LB VIEIIXARP.

Quelle est sa mère? -

36} lOir,

LE CBOBUR.

Je l'ignore. Et pour que vous sachiez tout ce que je puis vous appr^idre, ils sont sortis ensemble pour célébrer sa naissance à l'insu de la reine , sous prétexte de donner une fête d'hospitalité.

LE VIElLIiAIlD.

On nous trahit, dièré princesse : hélas! vosmmi ne sont-ils pas les miens? on neros trahit, on noos outrage , on nous bannit du palais d'Ërechdiée. Ce n'est point la haine qui m'anime : il doit être permis à un ancien serviteur de préférer vos jdus chers intérêts à ceux d'un étrainger, qui n'a dé droit dans Athènes que ceux qu'il tient de vous; et qui , après être devenu maître de votre fortune, trahit la foi qu'il vous a jurée. Reconnaissez enfin l'artifice dont vous êtes la victime. Lorsque Xuthus vit que les dieu! Vbtis réfusaient des héritiers, il ne put se résoudre à partager votre infortune; il se livra en secret à dé nouvelles amours, et quelque esdave sans doute fut l'objet qu'il osa vous préférer. Un fils naquit de ce commerce im* pur, et pour mieux, cadber sa naissance, il chargea quelque ami fidèle de le transporter à Deljdies «t de le faire élever dans ce temple '. Ensuite sachant que son fils a atteint l'âge de l'adolescence,

' Bans 1m saints tabernacles.

il VOUS engage à venir consulter Toracle. Le dieu a déclaré la vérité, mais votre époux vous a trompée; voilà, n'en doutez point, le piège qu il a su vous, tendre. Maintenant il feint de méconnaître celui dont il se sait le père, et rend Apollon coupable de la faute qu'il a lui-même commise; il espère que le temps la couvrira de son voile , et lui fournira le moyen de placer quelque jour son fils sur le trône d'Athènes : et, comme s'il n'avait pu prévoir 'un événement qu'il a dirigé, il nomme Ion celui qu'il veut nous faire croire que le hasard lui présente. 0 dieux ! que je hais l'imposteur qui cache un cœur perfide sous le masque de la vertulOh! qu*unami plein de droiture vaut mieux, avec moins de lumières, que l'esprit le plus .fin uni à un méchant caractère! Ce n'était pas assez, qu'étant privée du nom de mère, vous vissiez un étranger introduit dans votre maison; il fallait qu'une esclave fiit l'instrument d'un tel outrage. Si Xuthus se fût choisi un fils d'une naissance égale à la vôtre; s'il vous eût fait consentir à le recevoir dans votre famille , vous seriez malheureuse sans doute, mais enfin vos maux seraient supportables; et si vous n'aviez pu pousser jusqu'à ce point la déférence pour un époux, le devoir l'obligeait, s'il voulait rompre votre hymen , à choisir du moins dans la maison paternelle ' l'objet de ces nouveaux

I Dans la maison d^Éolus* R^R*

i6i ION,

amours. Après de telles injures , il est temps à votre taur de votis montrer enfin digne de votre sele; armez vôtre main d'un poignard^ ou (jue la ruse et lé poison vous vengent d'un époux infidèle ; que la mort du fils et du père prévienne celle qu*ils vous devinent : en vâtin vous flatteriez-vous de Tévîter par toute autre voie : deux ennemis réunis dans le même foyer; doivent périr l'un ou l'autre. Je rii'ofFre à Servir votre colère; je pénétrerai dans le lieu où ce jeune homme fait les préparatifs de la fête qu'il doit célébrer,' et jel'immo*lerai avec son père' :'je verserai mon sang sans regret au service de mes mai tires ^ ou si j'échappe à leur ennemi , je triompherai de leur victoire. Le nom d'esclave est U seule tache qui flétrisse un bon serviteur : lorsque son cœur est généreux , il est au rang des hommes libres,

xeçhotor/

Reine, je servirai votte vengeance; je veux mourir pour vous, ou vivre avec honneur.

' Je dois remarquer qu'en greo le vieillard ne désigne pas !3[uthus d'une manière aussi expresse. Il dit : Timmolercd le jeune homme auec , sans rien ajouter à ces mots , selon le génie de la langue. La nôtre ne souffrant pas de telles suspensions, j'at f oppléé ridée qui m'a paru la f4us naturelle. , I^a préposition aweo ne se rapporte en aucunç façon a Xutbus, ainsi que l'a entendu lé traducteur. Il faut traduire : « Je yous » aiderai à immoler ce jeune bomrne. » &.^»

CKÈVSB»

' Infortunée* , dois-je me taire? révélerai-je un amour funeste? la pudeur me le permet-elle ? Eh ! pourquoi me contraindre encore ? qui peut m'imposer ce devoir? est-ce Tépoux qui m'a trahie? Mes droits sont usurpés^ mes espérances évanouies; il faut renoncer au bonheur que j'attendais avec confiance; en vain j'ai gardé le silence, en vain j'ai pardonné le plus sanglant outrage. ... Non; j'en jure par le trône étoile de Jupiter , par la déesse^ puissante qui veille sur ma p'atrie, par le rivage sacré du marais de Triton 3, je ne cacherai plus mon malheur, je soulagerai mon cœur d'un poids qui l'oppresse. Mes yeux fondent en larmes, mon âme succombe à la douleur ; les dieux et les

' Elle s'adresse & son propre cœur : « O mon âme ! comment »me tairai- je?» — Tout ce discours de Creuse, où elle exprime l'agitation de son âme , est écrit en vers anapestes.

^ Minerye.

^ Hanc et Pallas amat» patrio quod vertice nala Terramm primam Libyen.... tetigit, stagniqoe quietâ Yultus vidit aquâ , posuitque in marçine plantas > Et se dilecta Tritonidft dizit ab undâ.

« Pallas aime ce lieu , parce qu'à l'instant où elle sortit du cer- » veau de Jupiter , elle s'arrêta dans la Libye , la terre la plus roi- » sine du ciel, et se mira dans le crystal d-une onde pure: elle »fit germer des plantes sur ses bords, et voulut être tLppMi » Tritonidey du nom de ce lac qu't Ue chérit. » Luoûn* Phm^ /jr,35o.

266 lOK,

hommes se réunissent pour me perdre. Hélas ! qui l'eût peqsé j qu'un dieu, pût être ingrat et perfide envers l'objet de son amour?

Fils de Latone, qui sur ta lyre harmonieuse chantes des hymnes ravîssans ' , c'est à toi que s'adressent mes douloureux reproches. Tu vins auprès de moi , brillant de l'éclat de ta dbevelure dorée , tandis que j'étais occupée à cueillir de tendres fleurs et à les poser sur mon sein y comme une parure rivale de l'or de mes vêtemens : tu me saisis dans tes bras ^ tu t'empares de mes mains tremblantes^ tu m'entraînes malgré mes cris jusqu'à l'antre fatal qui fut témoin de ton crime. Infortunée! je deviens mère; la frayeur d'être découverte m'engage à déposer dans le lieu qui nous servit de couche nuptiale , le tendre fruit de ton amour. Hélas ! mon fils est devenu la pâture des betes sauvages. Et toi qui fus son père, tu te livres au plaisir des fêtes, et tu fais résonner ta lyre. Fils de Latone , dieu du trépied , qui du milieu de la terre fais entendre aux mortels ta voix prophétique, oui , Je viens t'accuser dans ton temple ; mes cris /perceront jusque à tes oreilles. Amant perfide ! tu donnes un fils à mon époux qui n*a pas

' Littëralanent : k O toi qui chantés sur ta lyre à sept cordes, 3» une Yoiz qui sonne ^ à travers les cornes champêtres inanimées, «hymnes harmonieux des muses. » -^ Cicéroa compare les narines aux cornes de la lyre. NaV Deor»

TRAGÉDIB B^EtTRIPIDS. 267

mérite de toi cette faveur^ e^ celui dont tu m'as rendue mère est la proie des vautours : le§ tapis dont je l'enveloppai ont été rougis de son sang. Délos te déteste; le laurier^ dont les rameaux se mêlèrent à la palme glorieuse pour couronner le fruit des amours de Latone^ s'indigne et se flétrit de douleur. '

LE GHOBUR*

0 dieux! quel abyme de maux vient de s'ouvrir à nos yeux! à ces plaintes touchantes , qui pourrait retenir ses larmes ?

LE VIEILLARD

Ma fille ! je ne puis me lasser de vous voir et de vous entendre; mille sentiment confus m'agitent et me transportent hors de moi. À peine me soulevais-je contre l'effort dé la tempête; votre foneste récit , semblable à la vague irritée , vient me replonger dans l'abyme. Quels sont donc ces anciens malheurs plus cruels que ceux qui tous accablent? de quel crime osez-vous accuser une divinité ? quel est cet enÊmt dont vous fiites mère ? en quels lieux fut-il exposé ? Reprenez, je vous en conjure, ces étranges détails.

0 vieillard! le respect que vous m'imprimes m'arrête; je veux cependant vous obéir.

i68 ' low, :

' LE VIEILLARD

Croyez que je sais compatir aux maux de ceux qui me sont chers,

CREUSE

Eh î bien, apprenez ce fatal secret. Vous connaissez cet antre creusé dans le rocher antique de Cécrops, cet antre battu du souffle de Borée et qui porte le nom de Macra ?

LE yiEILLÀRD.

Je connais cette grotte où est le sanctuaire de Pan^ près d^ laquelle est un autel.

CRÉUSB.

Cest eh ces lieux, infortunée !...

, , LE VIEILLARD

. Qu'entends-je? hélas ! les pleurs coulent de mes yeux. ^

GRÉirSE.

Qu'Apollon me força de céder à sa passion.

^ LE VIEILLARD

Ma fille y n'est-ce pas là ce dont j'avais eu quel*» que soupçon ?....

' CREUSE

0 Vieillard ! j'ignore ce que vous avez pti penser. Mais si vous ayez lu dans mon cœur, je ne feindrai point avec vous.

TRAGÉBIfi. b^BURIPIDE. 369

LB vitriLLi'àD.

Lorsque vous gëmisi^iéz et que vous ëtiez la proie d'un mal cruel qui vous dévorait en secret...

" (CRiÊUSE.'

Ce mal funeste âait celui dont je viens de vous dévoiler le mystère.

LE VIBILLA3ID.

Gomment Tamour dû dieu put-il demeurer secret?

CRÉUSB*

Je devins mère; hélas ! faut-il avouer toute ma

honte?

LE vmz.LiRD.

Ne reçûtes-vous aucun éecôurs^ et fûtes-vous seule témoin de vos douleurs?

^ - GRÉUSB. '

Je me rendis seule dans la grotte fatale^ et je la fis dépositaire du fruit de ce malheureux amour.

LE VIEILLARD

Ou est-il, cet enfant, qui doit vous rendre le titre de mère?

GRÉfTSB»

O vieillard ! il n'est plus : les bétes sauvage^ l'ont dévoré.

LE VIEILLARD

li li'est plus! dieu ingrat! tu Tas abandonné? ^

Diqitized by

220 Jpir,

Il Ta livré à la inort; le palais 4<& Pluion est sa maison paternoUe.

Eh! qui donc «Kposa cette innocenta créature ?• • Ce n'est pas vous^ ma fille?

cat«SB.

Hëlas! c'est moi : la nuit me prêta ses ombres.

LE TIBILLÀRD.

Dans cet instant eûtes- vous quelcpie témoin ?

CKÉÎJ8K*

Ma douleur et le mjnstère*

U VIBILLABD.

Et comment pûtes-vous soutenir la peosée dV bandonner dans un anU*e sauvage ce fils qui était sorti de votre sein?

GRÉtTS7-

Ah! comment? hélas! •••en exhalant ma profonde douleur par des plaintes dignes de pitié.

IX VIEILLARD

Âh ! mère coupable ! ô dieu plus criminel encore !

CREUSE

Si vous l'aviez vu, ce jeune et cher enfant, comme il tendait vers moi ses braâ innopens !

TRAGÉDIE b'éURIPIDE. ' 2^1

Hâas ! il cherchait votfe sein; ses &ibles mains appelaient les carresses d'une tendre mère.

CREUSE

Il demandait le néant; sescris me reprochaient de Yen avoir fait sortir.

LE VIEILLARD

Mais quel espoir enfin vous engagea à exposer ainsi votre fils à la mort?

CREUSE

Je me flattais que le dieu n'abandonnerait pat son propre fils.

tn VIEILI.ARD*

0 dieux! qu'est devenue la splendeur de la maison d'ÉrechUiée?

CREUSE

0 vieillard! pourquoi voilez -vous votre tête en Versant des torrens de larmes ?

LE VIEILLARD

Laissez-moi pleurer vos malheurs et ceux, de votre illustre père.

CRéuSB.

Hëlas î c*est le sort des mortels d'être les jouets de la fortune.

27^ ïto,

UYlSOXiAD»

Oui ; ma fille y il âiut suspeladre ces vain gémissemens.

Eh ! que faut-il que je fa«e ? Les malheureux ne sçavent que gémir.

LE yieillard*

Avant tout il faut vous venger du dieu qui vous a &it outrage.

GRÉITSB*

Mortelle ^ comment triompherais-je de sa puissance?

LE VIEILtARD.

Embrasez ce sanctuaire révéré de Lo:Mas.

GRÉI7SE.

Une crainte religieuse m'arrête ^ et je n'ai d^i que trop de malheur.

XE VIEILLARD

Osez du moins ce qui est en votre pouvoir ; £utes périr votre époux.

CREUSE

Je Faimais innocent , je le respecte coupable»

LE VIEILLARD

Tournez donc votre colère stur le fils qu'il vpns opposé pour vous perdre.

TRAGÉDIE p'eURIPIDE, 273

CRÉITSE, s

Oui , c'est sur lui que doit s'exercer ma vengeance. Mais comment puis-je la satisfaire?

LE yiEILLÀRD.

Armez les gens de votre suite.

CREUSE

Quel lieu choisir pour l'immoler?»

LE VIEILLARD

La tente même où l'on va célébrer la fête.

CREUSE

Pour me venger avec éclat , puis- je compter sur des esclaves?

LE VIEILLARD

Votre courage s'amollit. Ah ! trouvez plutôt quelque ressource en vous-même.

CREUSE

Oui , j'iniagine un moyen plus sur et plus secret pour assouvir ma haine.

LE VIEILLARD

Je suis prêt à la servir.

CRtUSE.

G vieillard! vous avez entendu raconter le combat des géans.

LE VIEILLARD

Je sais que les champs de Phlègra furent témoins de leur criminelle audace.

2/4 lOJS ,

CREUSE

C'est alors <jue la Terre enfenta la redoutable Goi^one.

LE VIEILLARD

Pour soutenir contre les Dieux ses fils superbes.

CREUSE

Pallas terrassa le monstre.

LE VIEILLARD

Quelle était l'arme par laquelle ce monstre sauvage imprimait l'effroi?

CREUSE

Il avait pour cuirasse des vipères dressées sur son sein.

LE VIEILLARD

C'est ainsi que , suivant un antique récit. •••

La déesse couvrit sa poitrine de cette dépouille effroyable.

LE VIEILLARD

Pallas fut revêtue de la formidable égide»

CREUSE

Ce nom lui fut donné dans le combat des Dieux.

LE VIEILLARD

Eh! bien, ma fille, espérez-vous d*elle quelque

.secours?

TRAGÉDIE D*BURIPIDE. 2j5

0 vieillard! pourriez vous ignorer quel fut Erichthonius?

LE TIBILLARD.

Erichthonius, le premier de vos ancêtres, sorti du sein de la Terre ?

CREUSE

A peine eut-il vu le jour, qu'il reçut de Pallas. .

LE VIEILLARD

Quel don lui fit la déesse? Achevez, et satisfaites ma juste impatience.

Deux gouttes de sang de la Gorgone.

LE VIEILLARD

Quelle est la vertu de ce breuvage ?

^ CREUSE

L'une est un poison mortel, et l'autre un sûr antidote.

LE VIEILLARD

Comment le jeune Erichthonius put-il les conserver ?

CREUSE

La déesse les attacha à son corps avec des chaînes d'or, et mon aïeul les a transmises à mon père.

LE VIEILLARD

C'est de lui que vous les avez reçues?

iS..

276 lOSf

CREUSE

Oui, cette main les possède.

LE VIEILLARD

Expliquez-moi plus en détail la nature de ce présent céleste.

CREUSE

Le sang qui a coulé du cœur^ de la Gorgone...

LE VIEILLARD

.Quelle influence a-t-il sur la vie?

CREUSE

Il la conserve et donne la santé.

LE VIEILLARD

L'autre goutte au contraire. ...

CREUSE

C'est le venin des dragons dont le monstre était hérissé : elle donne la mort^.

LE VIEILLARD

Chère princesse! vous êtes au terme de vos désirs.

X ' De la veine cave^

' J'ai omis à dessein les deux vers que voici :

^ LE VIEILLARD

Les portez-Yous mêlées ou séparées ?

CREUSE

Séparées. Le bon ne se mêle pas ayec le mauyai».

CREUSE

Voilà le poison : c'est à vous de le verser.

LE VIEILLARD

Comment? parlez, j'obéis.

CREUSE

Dès que mon ennemi sera entre dans Athènes...

LE VIEILLARD

Consultez mieux la prudence.

CREUSE

A quel égard?... Je préviens votre pensée.

LE VIEII^LARD.

Quoique votre main s'abstienne du crime , chacun vous l'imputera.

CREUSE

Il est vrai -x on soupçonne aisément la haine dans le cœur d'une marâtre.

LE VIEILLARD

C'est ici qu'il faut le faire périr, si vous youtez paraître innocente.

dRÉUSE.

Ah! je goûte d'avance le plaisir d'être vengée.

LE VIEILLARD

Oui , votre époux sera Ja victime de sa perfidie.

278 lOF,

CRÉUSIS.

0 vieillard ! prenez cet antique anneau , ouvrage de Minerve; allez dans le lieu où cet époux fait ses offrandes secrètes; et, lorsque les libation^ succéderont au festin , versçz le poison dans la coupe du jeune homme que l'on veut me donner pour maître ; qu'aucun autre que lui ne goûte de cette liqueur : s'il y mouille ses lèvres , Je ne crains pas qu'Athènes le reçoive en son sein.

LE VIEILLAUD.

Rendez-vous auprès de ceux à qui l'hospitalité vous lie^ Je vais exécuter ce que vous venez de me prescrire. Et vous , membres débiles, reprenez votre ancienne vigueur. Marchons sans balancer contre l'ennemi de nos maîtres; qu'une prompte mort punisse son audace , et venge leur maison violée. Il est beau, dans les succès, d'écouter la voix d'une vertu religieuse ; mais, lorsqu'on peut frapper un ennemi perfide, aucune loi ne doit arrêter notre bras.

' (Tétait à Delphes un office pablic que celui de Thospitalité. On appelait Promènes ceux qui en étaient reyétus ; ils étaient cliargés du soin d'accueillir les étrangers qui Tenaient consulter Totacle.

TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 2/9

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