‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 58 sur 101 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

UN ESGLÀTE de la suite de Gré^se.

LE CHOEUR

l'esclave..

Athéniennes , où est la fiJle d'Erechthée ? je la cherche en vain dans Delphes : quel lieu la dérobe à ma vue?

LE CHŒUR

Fidèle serviteur de la maîtresse que je sers, fais -moi part des nouvelles que tu vas lui annoncer, et dis -moi d'où vient cet empressement

et ce trouble ?

x'escla.ve.

On nous poursuit, on nous presse. Les chefi de cette cité cherchent notre reine pour la livrer au supplices

* Grec : Pour qu'elle meure lapidée , ou peuU être précipitée , car on verra que tel est l'arrêt de ses juges ; à moins qu'on ne dise que le peuple en fureur voulait Taccabler de pierred , sans se mettre pn peine de la sentence.

5i82 ION,

LE CHQBIJR.

Dieux! nous sommes trahies.

i/esclâ.T£.

Tremblez, tout est découvert.

LE CHOEUR

Et comment ce fatal secret a-t-il été révélé ?

l'esclave*

Les dieux n'ont pas souffert que Finj ustice triomphât de l'innocence.

LE CBOeCR.

Explique-toi, je t'en conjure; fais-nous connaître la causé de cette révolution funeste : après t'avoir entendu , si l'on veut notre mort , elle nous semblera moins cruelle , et si l'on nous laisse la vie, elle en aura plus de douceur,

L*ESCLÀV£.

L'époux de Creuse sortait de ce temple , accompagné du fils qu'il vient de recevoir du dieu, dans le dessein de célébrer sa naissance par un festin et par âes Sacrifices. Xuthus va sur le Parnasse dans le lieu où le feu brille en l'honneur de Bacchus, et^se charge du soin d'arroser le double rocher du sang des victimes : « Toi, mon fils, dit-il en le » quittant, reste en ces lieux pour construire des » tentes etdiriger le travail des ouvriers ; si je tarde, » préviens mon retour ; et, après avoir invoqué les

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n dieux qui président à la naissance^ donne à tes ' » amis uae fête digne d'un si beau jour. » Il part , et emmène les victimes; et le jeune homme fait élever une tente, soutenue par de simples colonies , gai*antie à la fois des ardeurs du midi , et des derniers rayons du soleil. Il lui donne une forme carrée et la longueur d'un plètfare * en tous sens : en sorte que , suivant le calcul des sages , elle enfermait dix mille pieds dans son eaceinte, ^pace qui aurait pu suffire pour contenir le peuple entier de Delj^es. Ensuite il prend dans les trésors sacrés des tapis superbes, et dont on ne peut se lasser d'admirer le riche travail. Il attache d'abord au toit la dépouille des Amazones, offrande du vaillant Hercule 2. On voyait peint sur te tissu précieux , le ciel rassemblant dans les airs les étoiles dispersées ; là, le soleil, animant ses chevaux SUT la fin de tetir course , et lançant les

' Le plèûire linéaire était de cent pieds. Le temple de Minerve dans la citadelle d' Athènes , avait précisément les mi-mes dimensions qa'Ian donne à la tente : il était carré , et le côté était de cent pieds. Ce temple s'appelait Parthénon , ou le temple de la Tierge. Il paraît donc que c'est pour faire allusion a ce monument,

cber aux Athéniens , que le poëte entre dans des détails d'ailleurs

peu intéresaans.

^ Sniyant la chronologie la plus généralement reçue , Hercule est moins ancien qu'Ion. Il y a donc ici un anachronisme j et ce n'est pas la seule raison qui puisse faire soupçonner que le poëte déerit ici des tableaux connus de son temps , et sans doute exposés dans quelque lieu public.

derniers rayons de sa flamme expirante , traînait après lui Hésperus, brillant d'une clarté vnre et pure ; ici , la nuit couverte d'un voile sombre conduisait son char léger dans la plaine éthérée < ; les astres suivaient la dœsse. Les Pléiades occupaient le milieu de la région céleste, avec Orion, ceint de son épée lumineuse. L'Ourse plus élevée tournait autour du pôle, auquel sa queue semblait attachée. Le disque entier de la lune^ dominait sur tout l'horizon. Enfin paraissaient les Hyades, signe redouté desnautonniers, et l'aurore, dont la lumière fait disparaître les étoiles. Les murs offraient d'autres peintures ; là, des flottes barbares^ combattant les vaisseaux des Grecs; ici, des monstres et des centaures; ailleurs , des coursiers agiles poursuivant les cerfs timides , ou des lions sauvages atteints par un chasseur intrépide. A l'entrée, était peint Cécrops avec une queue de serpent aux replis tortueux , ayant ses filles à ses côtés , tableau dont un citoyen d'Athènes avait enrichi le temple. Le fils de Xuthus , après avoir achevé cet ou-

' Littéralement : Pressait son équipage , qui n'est assujetti à aucun joug.

* Grec : Qui partage U mois en deux.

^ Il Y a apparence que le poëte , par une anticipation qui devait plaire aux Athéniens , leur rappelle ici leurs triomphes y et qu'il a dans l'esprit la bataille de Sa/amine.

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Vfage^ place des coupes d'or sur la table du festin ; un héraut se lève aussitôt", invite à haute voix les citoyens à prendre part à la féte. Les convives accourent en foule; ils se couronnent de fleurs et se livrent au plaisir et à la joie. Déjà leur faim était apaisée , et Von enlevait les mets dont les tables étaient couvertes^, lorsque le vieux gouverneur entre et se fait voir au milieu de cette assemblée où règne la gaieté. Elle s'amuse de son zèle. On le voyait verser à chacun des convives de l'eau pour se laver, puis revenir sur ses pas brûler la myrrhe odoriférante, ensuite^ s'emparer des vases d'or pour verser à boire, et s'acquitter de soins peu faits pour son âge, comme d'une tâche qu'il s'était imposée 3. Quand la musique s'est fait entendre, le

* Grec : Sur la pointe des pieds,

' Les mets du premier service , suivant la conjecture très-probable de Musgrave. Le vieiUard en versant à boire, entre les deux services , usurpait l'emploi des jeunes gens : c'était cet empres^ sèment qui faisait rire l'assemblée.

3 Dès que le premier service ,^(<irvdv , était fini, avant de passer au dessert, rpœyiifiecTx , tes convives se lavaient les mains -, on étalait un luxe plus recberché ; les couronnes , les parfums , les essences , étaient prodigués. A la fin du repas , on faisait entrer des musiciens et des cbanteuses ; on substituait aux petits verres de grandes coupes , coutume que le Scythe Anacbarsis trouvait fort extraordinaire ^ parce que l'usage contraire semble plus conforme à la nature. Il était aussi reçu de boire à la ronde dans uno

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' vieillard a vouju présider encore auservice. « Qu'(ai » apporte les larges coupes, et qu'on enlève le;» » petites; hâtons-nous, a-t-il dit, de faire régner » la joie. M Aussitôt , les urnes d'or et d'argent brillent au milieu du festin. Il choisit la plu3 belle, et la remplissant jusqu'au bprd, après y avoir subtilement mélç le poison, il l'offre à son nouveau maître , comme s'il n'eût cherché qu'à gagner sa bienveillance. On dit que notre reinç lui avait confié ce poison subtil pour faire périr le fik de son époux : on l'ignorait alors. Mais à l'instant où celui-ci allait, avant déboire, faire avec tous les convives la libation accoutumée , un domestique prononce une parole de mauvais augure. Le jeune homme élevé dans le temple et instruit des choses sacrées, redoute un tel présage, et demande une coupe nouvelle. Il fait cependant une libation de celle qu'il tient en ses mains , en invitant les convives à l'imiter. Le silence succède au bruit du festin, nous remplissons de nouveau les coupes sacrées d'une rosée pure, mêlée au nectar de Byblos'. Tandis que nous nous acquittons de

grande coupe appelée (lâ'sç ou la chansonnière , parce qu'il fallait chanter en la recevant à son lour. Le repas était terminé par des libations.

* Le vin de Byblos était un viti de Thrace , ainsi appelé du faom de la vigne qui le produisait. — Byblos ëtait aussi une yille d'Egypte , et la Phénicie en avait une du même nom.

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cet emploi; uue troupe de colombes se précipite dans la tente ; car ces timides oiseaux kabjltent en sûreté le temple de Loxias. Les colombes goûtent le vin qu on vient de répandre ; leurs becs dorés sy plongent à plusieurs reprises , £l leur gorge , en se relevant pour recevoir la liqueur mousseuse ^ se colore des feux de Tiris. Aucune n*en éprouve un effet funeste; mais celle qni &'était arrêtée près du fils de Xuthus, à peine a trempé son bec dans la liqueur empoisonnée> qu'elle agite ses ailes trem- Uantes , sqn corps palpite ^ elle frissonne , ses cris plaintifs et douloureux expriment ses vives souffrances; enfin sea membres se roidissent, ses pieds de pourpre s'alongent, elle meurt en se débattant aux yeux des spectateurs , saisis d'étonnement et d'une secrète terreur.

Le serviteur d'Apollon déchire ses vétemens , se lève ' , et s'écrie : « Quel mortel attente à mes » jours? réponds*, vieillard : c'est toi qui es son M complice; j'ai reçu la coupe de ta main. « En même temps il saisit sa «nain tremblante, et profite de cet instant de surprise pour lui faire avouer son crime. Le vieillard résiste long-temps , mais en vain, et le forfait de Creuse paraît enfin à découvert. Aussitôtle jeune prophète sort et enîraîac

' n înonte sur la table. Celait afin d*âtre vu et entendu.

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avec lui le reste .des convives; il court se présenter aux juges Pytbiens, et leur fait celte courte harangue : c< Augustes défenseurs des lois, une étran- » gère, issue du sangd'Erechthée, a fait verser du » poison dans ma coupe. » Les chefs de la justice, frappés des preuves de son crime , la condamnent d'une voix unanime, à être précipitée du haut d'un rocher , pour expier un attentat commis dans un lieu saint et contre une personne sacrée. Les citoyens indignés cherchent notre infortunée souveraine pour la livrer au supplice : funeste voyage , dont elle se promit tant de douceurs , et dont elle ne doit retirer d'autre fruit que la mort!

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