‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 6 sur 101 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Le reste de la scène est pour le chant du chœur. Les fenunes grecques , touchées des malheurs d'Hélène et de leurs propres calamités, voudraient imiter les plaintes de Philomèle pour peindre la destinée de Troie. Elles en font en effet une peinture animée en remontant jusqu'à Paris , qui Ait la source de tant de maux. £11^ se rappellent encore le dépit de Nauplius , qui , pour venger sur les Grecs la mort de son fils Palamède, aUuma des feux sur des rochers de l'Eubée pour attirer leurs vaisseaux k un naufrage certain. Enfin , elles détestent les guerres, et les héros guerriers qui mettent leur gloire à faire des malheureux , sous prétexte d'apaiser des discordes.

Cet acte n'est qœ l'exécution du dessein de

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33 HÉLÈNE

l'artificieuse Hélène. Mënélas se tient cache derrière le tombeau, et Théoclymène arrive en équipage de châsse, suivi d'officiers et de chiens. Après avoir salué le tombeau de son père, suivant aon usage, il ordonne à ses domestiques de reporter dans le palais les toiles qui lui ont servi pour la chasse, et de remener ses chiens. JPuisil se blâme lui-même, comme par réflexion, d'être si indulgent envers ses officiers; parce qu'il a appris en chemin qu'un Grec était arrivé dans l'île , et qu'il était échappé aux sentinelles. Il conjecture que c'était quelqu'espion ou quelque ravisseur député pour enlever Hélène. Aussi a-t-ildéjà envoyé après lui, pour tâcher de le prendre et de le punir de mort« « Mais quoi ! s'écrie-t-il en entrant dans » l'enceinte du sépulcre , le projet est déjà cxé- » cuté ! Je ne vois plus Hélène dans son asile. )) Sans doute on me l'a ravie. » La passion qu'il a pour elle, et le dessein où il est de hâter «oA hymen , lui inspirent la pensée de courir luimême après le ravisseur. Il appelle ses officiers , etilemande un char. Mais Hélène sort du palais à l'instant.

Théoctymène , cox^tent de voir sa crainte déçue, ne fait paraître sa surprise qu'au sujet de rhad[>il-^ Cément d'Hélène; car au lieu que ses vêteméns étaient blancs, elle revient en longs habits da deuil, la tête rasée et les yeiu haigaéB de laripes.

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Son amant veut savoir la cause de son nouveau chagrin. Serait-ce un songe fatal ou quelque triste nouvelle de Sparte? « Seigneur, répond- » die, car c'est le nom que je consens de vous don- » ner désormais^ je suis accablée de douleur; tout » est perdu pour moi. m

La feinte douleur d'Hélène s'explique par une de ces scènes dont j'ai souvent parlé, et qui se font par des interrogations evdes réponses alternatives vers pour vers. Elle est très-agréable, surtout par les équivoques heureuses que le sujet fournit'de lui-même; car l'artifice de l'épouse de Ménélas consiste à faire entendre au roi , par des pleurs affectés et par des paroles entre-coupées de sanglots, que son époux est mort; et qu'outre Théouoé qui l'assure , un Grec qui a fait naufrage avec lui, vient d'en apporter la nouvelle; cet homme est Ménélas qui se montre au roi.

Ses habits déchirés et le triste état où il est, font assez voir à Théoclymène que c'est un étranger qui a fait naufrage ; sur quoi Hélène contrefaisant les personnes fort affligées, s'écrie : « Ah! n il me semble voir en cet état mon époux! » Théoclymène s'informe curieusement de toutes les circonstances de cette mort, apparemment de peur de surprise. Mais les réponses d'Hélène sont si justes, et le piège est si bien tendu , que le roi ne saurait l'éviter : et de plus , son amour pour ^le X 3

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54 HÉLÈNE

le porte aisément à croire ce qu'il souhaite, la mort de Ménélas ; puisque cet époux était l'unique obstacle qu'Hélène pût apporter à la passion de ce prince amoureux .11 demandeà la princesse si le tombeau de Protée sera encore désormais sa demeure. Mais Hélène , sans éluder beaucoup cette nouvelle attaque de son amant , lui déclare enfin , qu'étant devenue libre , elle consent à l'épouser. « Ou- » blions le passé , reprend-elle , et cessons de nous » haïr, w Puis elle demande à Théoclymène une seu^e grâce : c'est de lui permettre de rendre les derniers devoirs à la mémoire de Ménélas : c'est là le nœud de l'artifice ; car Théoclymène , peu instruit des coutumes grecques , se prête à tout ce que veut Hélène. Or, elle prétend que son mari étant mort sous les eaux^ il faut, suivant l'usage des Grecs , qu'elle monte sur un vaisseau ^ et qu'elle aille sur la mer assez loin du rivage pour y faire les funérailles convenables. Le roi, charmé d'avoir enfin triomphé , à ce qu'il croit , des répugnances d'Hélène , permet tout, n'examine rien ^ et veut de plus fournir tout ce qui est nécessaire à cette pompe funèbre. Pour savoir plus sûrement ce qu'il &ut , il interroge Ménélas. Tout se borne à des animaux pour les sacrifices y à des lits , à des armes et à des fruits.

L'usage de présenter aux morts tout ce qui sert à la vie, favorisait le dessein d'Hélène et de Mé-

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nélas. Une seule chose fait peine au roi. Quelle nécessité que le vaisseau s*écarte si loin d^ bords? Ne saurait-on faire cette cérémonie sans Hélène ? Mais on lui donne des réponses qui dissipent tous ses scrupules. C'est, dit-on y l'épouse elle-même qui doit faire les funérailles de son époux ; et à l'égard du vaisseau , on doit le mettre en pleine mer , afin que les flots ne rejettent pas sur le rivage les restes sacrés du sacrifice. Théoclymcne, trop satisfait de la parole qu'Hélène lui a donnée de l'épouser, s'aveugle sur tout ceci. Il veut tout préparer pour la cérémonie , donner au Grec des vétemens et des vivres en faveur de l'heureuse nouvelle qu'il a apportée, et laisse à Hélène la satisfaction de pleurer pour la dernière fois son ancien mari. « Cependant, ajoute-t-il, consolez- » vous, madame; ne vous livrez point à d'inutiles » regrets : ils ne vous rendront pas votre époux. » C'est ce que dit un de nos poètes :

Pourquoi ces soins superflus ?

Pourquoi ces cris , ces alarmes 7 Ton ëpoux ne t'entend plus.

11 En^ffet, reprend Ménélas , votre devoir, pri»- » cesse, est d'aimer le mari qui vous parle, et » d'oublier le mort. Votre état présent l'exige d,e » vous. Que si je suis assez heureux pour retour- *> ner dans la Grèce , je rétablirai votre gloire in-

» justement flétrie, pourvu que vous soyez telle » que vous dçvez être envers votre époux. » Hélène répond sur le même ton à ces équivoques, tandis que le roi , qui en est la dupe , goûte des complimens et des douceurs qui ne sont pas pour lui. Tous rentrent ensuite dans le palais , excepté le chœur, dont l'intermède paraît étranger au sujet, à la première vue, puisqu'il ne s'agit que du ravissement de Proserpine , et des maux que causa aux hommes le chagrin de Gérés ; mais il y a une finesse assez délicate , en ce que le chœur n'osant relever la fuite d'Hélène, en parle cependant d'une manière couverte et allégorique , en rappelant l'aventure de Proserpine enlevée par Pluton.

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