ACTE V
Hélène vient rendre compte aux femmes grecques du succès de son entrepris.e , et les prie de garder le secret jusqu'à la fin , afin qu'en se sauvant, ^le puisse contribuer un jour à leur déli- ^vrance. Incontinent, Théoclymène sort avec Ménélas-et des officiers chargés de toutes les choses qu'Hélène avait demandées , et il leur ordonne de suivre Ménélas. Mais comme il ne saurait perdre
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Hélène de vue , il tâche de la dissuader du voyage <pi'il a permis. Il craint que sa douleur ne la porte à se précipiter dans la mer pour suivre l'ombre de son époux 9 et il est jaloux des larmes qu'elle verse pour un mort qu'il regarde encore comme un rival.
Hélène allègue la religion et les droits sacrés d'un pretnier hymen, qui ne permettent pas à une femme vertueuse de se dispenser des derniers devoirs envers un mari aimé. Du reste, pour rassurer Théoclymène^ elle lui promet de ne pas se livrer à son désespoir , et le presse cependant de donner ses ordr^ pour avoir un vaisseau prêt. Le roi y consent enfin, et commande qu'on lui donne une galère phénicienne à cinquante rames , avec ordre aux rameurs et à l'équipage d'obéir à l'étranger. Il lui prend même envie d'accompagner Hélène, et d'être de la cérémonie; mais elle vient à boiit de l'en détourner. Tous ces petits obstacles qu'il Êiut lever l'un après l'autre, et qui semblent devoir tout renverser , font l'intérêt de cette intrigue. Enfin Théoclymène, après avoir ordonné de Êdreles préparatiÊ de son prochain mariage, prie le Grec de lui ramener au plus tôt Hélène ^ le» congédie l'un et l'autre, et se retire. Ménélas réitère ses vœux au ciel, et part avec sa suite, tandis que le chœur occupe la scène par des chants qui n'expriment que des souhaits vife et él^ans pour l'heureux retour d'Hélène dans sa patrie.
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Quoique Cet intervalle soit a&sez court par rapport à la vraisemblance y un homme vient d'un air eSrayé apprendre au roi la fuite d'Hélène , et lui déclarer que c'est Ménélas lui-même qui Ta emmenée sur la galère que Théoclymène leur a prêtée. Le roi ne peut croire d'abord une chose si dépourvue d'apparence ; et le moyen qu'un homme seul ait pu venir à bout de tant d'Egyptiens dont il était accompagné? Mais l'esclave lui fait un récit détaillé en ces termes :
« Dès qu'Hélène est sortie du palais poUr aller » sur le rivage de la mer, elle s'est mise à verser » d'artificieuses larmes sur la prétendue mort de » Ménélas, qui la conduisait. Arrivés au port, » nous en détachons une galère à cinquante » rames; nous faisons les préparatifs : Tun s'oc- » cupe à élever les mâts, l'autre à placer les ra- » mes , d'autres à disposer les voiles et à attacher » le gouvernail. Incontinent nous voyons s'appro- » cher curieusement du rivage des hommes de » bonne mine, mais en mauvais équipage. C'é- » taient les compagnons du fils d'Atrée. Dès qu'il » les aperçoit, il s'écrie avec unç douleur feinte : » Malheureux Grecs, comment et sur quel vaisu seau avez-vous fait naufrage? Du moins venez » seconder Hélène , et rendre avec nous l«s der- » niers honneurs à son époux submergé. Ceux-ci » versant des larmes simulées, entrent dans le
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» vaisseau, et portent des offrandes pour ce sacri- » fice de mer. Tout cela nous paraissait suspect, » et nous nous entretenions tout bas sur ce grand M nombre de Grecs ; mais pour obéir à vos ordres , » nous n'osions trop éclaircir ce mystère ; car M enfin , l'ordre d'obéir à l'étranger est la cause » unique de notre infortun^j Déjà tout était trans- » porté dans le vaisseau rie taureau seul refusait » de passer , il poussait des mugissemens , et nous )) écartait tous en menaçant des yeux et des cor^s » quiconque osait en approcher. Compagnons, » dit alors Ménélas, vous qui avez renversé Troie, » suivez nos coutumes grecques ; traînez cette » victime jusque dans la galère , et cette épée ï> l'immolera. Ils prennent aussitôt la victime , » et l'entraînent sur une planche ; de sorte que » Ménélas, en partie par caresse, et en partie » par force , achève de la faire entrer dans le na- » vire*. Comme il ne manquait pliis rien, Hé- )> lènc s'assied au milieu de la pouppe; Ménélas » ressuscité, prend sa place auprès d'elle ^ et les » autres se rangent de suite à droite et à gauche.
' Il est sans doute peu important de faire observer une légère différence dans le détail de cette action , telle qu'elle est représentée dans la traduction du P. Brumoy et dans la mienne ; cependant, pour éviter au lecteur cette petite recherche, je dois dire que Texpression grecque , employée ici pour désigner le cheval est singulière , et qu'elle a trompé quelques commentateurs. Voyez la traduction.
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» Tous avaient des poignards caches sous leurs » robes. Ils poussent à l'instant de grands cris, 3) sans doute pour s'exhorter à leur voyage , autant » que nous' avons pu l'entendre. Comme nous » ëtiôns à quelque distance des côtes de Pharos, )) le pilote demande s'il est nécessaire de voguer » plus loin. C'est assey pour mon dessein , répond » Ménélas, Incontinent u court vers la proue l'é* » pée à la main ; et en égorgeant le taureau, sans »^aire mention d'aucun mort, il fait seulement » cette prière : Dieu des mers, et vous, chastes » filles de Nérée, conduisez-moi avec mon épouse » aux rivages de la Grèce. Cependant le sang de » la victime ruisselait dans les eaux , présage heu- » reux pour l'étranger. Alors l'un de nous dit à » son voisin : Ce voyage est fi*attduleux ; retourj> nous en arrière ; prenez le commandement , » et tournez le gouvernail. Mais le fils d'Atrée , » tout fumant du sang de la victime, appelle ses » compagnons : Amis , élite de la Grèce , que » tardez-v#us? Massacres ces barbares , et préci- » pitez-les dans les flots. Notre chef de son côté » nous crie : Saisissez promptement cette plan- » che; brisez ces bancs; tirez ces rames^ et met- « tez en pièces ces perfides étrangers. Tous se » lèvent, tous s'animent : les uns armés de poi- » gnards , les autres de tout ce que le hasard leur » fournit. Il se fait un horrible combat, et la
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» galère est rougie de sang. Hélène , du haut de » la pouppe , crie aux siens : Souvenez-vous des » exploits de Troie, et renouvelez-les sur ces bar- » bares. Dans cette ardeur mutuelle , vous eussiez » vu se confondre les vaincus et les vainqueurs , » et plusieurs tomber morts. Ménélas , en général » d'armée , examinait où il fallait porter du se- » cours, et il y volait à Finstant. 11 frappe, il » renverse tout ce qui lui résiste , et culbute » enfin tous nos nautonniers. dans la mer; puis » s'emparant du gouvernail : C'est en Grèce , » dit-il, que je prétends aller. On tourne la voile; » un vent favorable vient l'enfler, et le vaisseau » disparaît à mes yeux. Pour moi, plutôt que de )) m'exposer à une mort certaine, je m'étais jeté » ^lans les flots , d'où l'on m'a tiré pour venir vous » annoncer ce malheur ' , et pour vous dire que » rien n'est plus salutaire qu'une sage méfiance. »
Théoclymène, doublement dupé, et cojnme amant et comme roi, conçoit une fumur qui le porte à venger au moins sur sa sœur les intérêts de son amour et de son sceptre. Elle est coupable à ses yeux pour ne lui avoir pas révélé l'arrivée de Ménélas à Pharos. Le chœur, suivant son office , tâche d'apaiser Théoclymène. « Où courez-
' £t pour vous dire ; cette liaison ne paratt pas heureuse. Elle est du traducteur.
» VOUS, seigneur? dans quel sang allez-vous txem- » per vos mains ? ^ Cela produit une contestation courte et intéressante entre le roi et le chœur; mais comme des femmes captives ne peuvent faire entrer la raison dans l'esprit d'un ennemi courroucé, Euripide a recours à la machine pour le dénouement ; et il introduit à-propos les deux gémeaux Castor et Pollux, dont l'un prend la parole pour calmer Théoclymène. Il le fait en lui alléguant l'innocence de Théenoé, et la volonté des dieux sur Hélène. Il adresse ensuite le discours à Hélène iliéme, quoiqu'absente , pour lui annoncer un retour heureux dans sa patrie , et les honneurs divins qui lui sont réservés après sa mort. Elle doit donner son nom à une île S ^t Ménélas doit habiter pour toujours dans les îles fortunées. Cette fable athénienne est le but de toute la pièce ; ce qui confirme ce que nous avons dit plus d'un^ fois, à savoir que les poètes grecs travaillaient presque toujours sur des sujets capables de flatter leur patrie, et que leurs tragédies étaient presque toujours allégoriques.
Si l'on veut se rappeler l'idée de Vlphigénie en Tauride, on trouvera que cette tragédie lui est en plusieurs points coiiforme. C'est de part et d'autre
' L'Ile d'Hélène : c'est une des Sporades du promontoire
Sunîum.
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une princesse transportée hors de sa patrie dans une terre étrangère , Iphigénie en Scythie , et Hélène en Egypte. Ici c'est un époux , là c'est un frère; tous les deux inconnus et près d'être immolés , qui reconnaissent , l'un une sœur, l'autre une épouse. Des deux côtés ce sont les femmes , qui par leur génie, plus industrieux que celui des hommes, trouvent le secret de s'évader, et d'enlever ce qu'elles ont de plus cher à la fureur de deux tyrans. Enfin des dieux en machine font les deux.dénouemens, et remettent le calme sur le théâtre.
PERSONNAGES
HÉLÈNE