SCÈNE II
ION , CREUSE, LE CHOEUR
ION
0 Céphise î fleuve majestueux ^ ! quelle vipère est sortie de ton sein! as-tu donné le jour à ce dragon sanglant dont les yeux lancent une flamme
' Grec : Figure de taureau du Céphise, Les peintres étaient dans l'usage de représenter les fleuves sous la forme d*un taureau , ou du moins ayec des cornes , sans doute pour désigner leur forée et leur impétuosité. Élien , qui a fait un chapitre là-dessus, remarque entre autres choses que le Céphise était peint par les Atgiens souf la forme d'un taureau, mais que les Athéniens, pour honorer ce fleure , lui donnaient une figure humaine avec des cornes naissantes) Var. Hist, II, 33. Le fldpve Céphise était aïeul de Praxithéa , femme d'Érechthée , et par conséquent bisaïeul de Creuse.
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Diqitized by
2g2 ION ,
homicide ? monsti'e capable des plus noirs attentats , plus dangereux que le sang de la Gorgone prép;aré pour ma mort..*.. Saisissez-la ; que ses boucles flottantes demeurent attachées aux rochers du Parnasse, et que son corps précipité les teigne de sang. Je rends grâces à la fortune qui m'a dérobé à ses fureurs , avant que je sois arrivé à Athènes et que j'aie été soumis au joug d'une marâtre. Si lu as osé m'attaquer en ces lieux, au sein des amis qui m'entourent, qu'aurais-tu fait dans ton palais, et comment aurais-je échappé à ta rage? Ne te flatte pas que cet autel et que le temple d'Apollon mettent tes jours en sûreté. Ce n'est pas à toi que sont dus des sentimens de compassion, mais à celui que tu voulais perdre, à la mère qui m'a donné le jour, à cette jnère dont j'invoque le nom quoique je sois privé de sa présence. Admirez le crime et l'audace ; voyez par quel tissu de fi:aude et de mensonge elle a fait succéder la ruse à l'artifice : sans respect pour le dieu dont elle ose embrasser l'autel, elle espère encore éviter la peine que méritent de tels forfaits.
/ CREUSE
Je te défends d'attenter à mes jours, au nom du respect qui m'est dû, au nom du dieu dont j'embrasse l'autel.
. . lOW.
Qu'y a-t-il de commun entre Apollon et toi?
TRAGÉDIE d'eVRIPXDE. 293
CREUSE
Je livre mon corps et ma vie à ce dieu , comme une offrande sacrée et inviolable.
ION
Tu as versé le poison à celui qui appartenait à ce dieu.
CREUSE
Non, lu n'appartiens pas à Loxias, tu n'appartiens (£u'à ton père.
ION
Je dus à Tun la vie , à l'autre le moyeu d'en jouira
CREUSE
Tu as renoncé à sa protection ; c'est à moi qu'elle est maintenant accordée.
ION
J'étais juste et religieux; tu es barbare et sacrilège.
CREUSE
J'ai dû punir l'ennemi de ma maison.
ION
Avais-je donc pris les armes pour l'attaquer?
' Ce vers est altërë dans Toriginal. Je Tai traduit d'après le flens présumé , et en supposant un léger changement , afin de le rendre intelligible.
Diqitized by
Oui , tes mains ont porté la flamme dans le palais d'Erechthce.
ION
Où est cette flamme? où sont ces torches incendiaires?
CIUÉUSE.
Tu voulais habiter le palais de mes pères et t*en emparer malgré moi.
ION
Un père voulait me donner un bien qui lui appartient.
CREUSE
A quel titre le fils d'Eole peut-il donner le . trône de Pallas?
ION
Son droit, c'est sa valeur, et non des titres vains.
CREUSE
• Pour avoir secouru l'Etat, peut-il en disposer en maître?
ION
Ainsi donc une vaine crainte de l'avenir te portait k me donner la mort?
CREUSE
J'ai craint de devenir ta victime , si ta mort ne prévenait la mienne.
TRAGÉDIE D*EURIPIDE. 2qS
ION
Dis plutôt que ta jalouse rage poursuit le fils de ton époux ^ et voudrait lui faire expier ton chagrin de n'être pas mêfe.
CRÉ.USE
Si je manque d'héritiers, est-ce un titre pour m'enlever la couronne?
ION
Pour n'étt^e pas ton fils, dois-je être privé de l'héritage de mon père?
CREUSE
Il est à toi ; prends mk épée et son bouclier : voilà tes biens et ton héritage ^
ION
Va, quitte cet autel, et cesse de profaner la majesté du dieu.
CREUSE
Va porter de pareils ordres à ta mère.
Crois-tu qu'un meurtre reste impuni?
CREUSE
Frappe-moi donc sur cet autel.
' G'eitla traduction du P. Brumoy que j'emprunte ici.
296 lOW,
lOW.
Quel funeste pl^sir trouves-tu 2i teindre de tom sang les couronnes du dieu ' ?
GRÉUSX.
Ce sang rejaillira sur l'impie qui ne frémira point de le répandre.
ION
Pourquoi les dieux ont-ils élMk des lois qui favorisent Tinjustice? pourquoi prot^nt-iU le crime qu'ils devraient punir ?^ Est-ce aux mëchans qu'appartient le droit d'embrasser les sacrés autels ? c'est le refuge d^la vertu outragée ; ceux qu'on adore à leurs pieds peuvent-ils recevoir avec indifférence l'homme innocent et le coupable ?