‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 64 sur 101 · LES MÊMES, MINERVE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MINERVE

MINERVE

Arrêtez : je ne suis point une divinité ennemie, mais celle qui protège Athènes, et qui veille sur vous dans ces lieux. C'est Apollon qui m'envoie

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auprès de vous, et qui paraîtrait lui-même à. vos yeux , s'il ne craignait de s'exposer à vos reproches. Il veut que ma bouche vous déclare la vérité qui vous intéresse. Jeune homme, tu es son fils, et Creuse est ta mère ; il t'a donné au roi d'Athènes pour que tu obtinsses un rang, illustre parmi les mortels : son dessein était de ne Vous faire connaître l'un à l'autre que lorsque vous seriez arrivés dans x^thènes; mais la nécessité de prévenir un parricide l'a forcé de vous dévoiler plus tôt ce niystère. J'achève de vous déclarer sa volonté et de vous expliquer ses oracles que vous êtes venus chercher dans son temple. Creuse , pars avec ton fils, et place4e sur le trône d'Erechthée. Il est né de son sang, il est juste qu'il règne sur la terre que je chéris. Il sera fameux à jamais. Quatrefil^ issus de lui donneront leurs noms aux tribus qui vivent sur mes rochers. Téléon sera le premier, les trois autres fonderont les tribus des Hoplètes , des Argades et des Egicores, dont le nom rappelle celui de mon égide ' . Au temps marqué par la

' Ces noms sont significatifs , et peuvent avoir du rapport avec les diverses occupations de ces premières tribus de TÂttique ; car Strabon etPlutarque rapportent que dans rorigine,les Athéniens furent divisés suivant leurs genres de vie ou leurs professions diverses. Les Hoplètes ou hommes armés étai^it les guerriers , les JrQQiies ou Ergades , les ouvriers,; les TèléoniUs étaient , dit -on, agriculteurs , quoique ce mot semble désigner les chefs ovt magistrats , mais ailleurs il est écrit différemment ; enfin les Égicores^

TRAGÉDIE D*EURIPID^. 3l5

desliflée, leur^ enfans peupleront les Cyclades et les terres voisines, de villes riches et florissantes, qui feront la gloire et la puissance de mon peuple. Ils s'étendront au loin sur les deux continens opposes de l'Europe et de l'Asie , et ce dernier prendra le nom d'Ionie, en méindire du fils d'Apollon, Fauteur de leurs glorieux ancêtres. Cependant Xuthus te rendra mère d'une postérité nouvelle; Dorus , né de cette union , transmettra à, la Doride et son nbm et sa gloire : dans la terre de Pélops, Achéus, qui vous devra aussi la naissance, régnera sur les rivages voisins de Rhios^ et son peuple s'enorgueillira de porter le même nom que lui.

Admirez la sagesse avec laquelle Apollon dirige les événemens ! Il voulut qu'en naissant, ton fils te coûtât peu de douleurs, afin que le secr^et fut ignoré de ta mère ; et lorsque tu l'eus enveloppé dans ce berceau , il envoya Mercure pour le pren-

étaient be/gers /ou plutôt sacrificateurs. Cependant ces rapports de noms ne doivent pas cpntredire la tradition historique qu'Euripide suit ici , et qu'Hérodote a conservée. « Clisthénes, dit cet » historien , partagea les quatre tribus en dix, changea les noms » qn'eUes tenaient des fils d'Iôn , Géléon, Égicores, Àrgades et » Hoples , et en imagina d'autres , qu'il prit parmi des héros du » pays, etc. » Hérodot. t. IV, v. ^, p. 4^ , de la traduction de M. Larcher.

' Rhios est un promontoire de l'Âchaîe , situé à l'entrée d^ l'isthme. Le rivage voisin et opposé s'appelait Antir^hios.

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dre dans ses bras et le porter dans son temple. Là, il a pourvu à ses besoins et soutenu son existence. Mais il n'est pas temps de faire ccjater votre reconnaissance : il faut laisser à Xuthus des jouis* sances pures y et ne point l'arracher à de douces illusions. Et toi, princesse, sois heureuse avec le fils qui est rendu à tes désirs. Adieu, vos maux sont finis , je vous annonce des jours calmes et sereins.

ION

Fille de Jupiter! ô divine Pallas! mon cœur ne

résiste point à ta yoix persuasive* Oui , je suis fils

d'Apollon, et je retrouve une tendre mière. Ah!

, même avant de t'avoîr entendue , à j^eine osais-je

en doutera

G9LÉUSE.

Déesse, daigne m'écouter : j'ai fait éclater mes plaintes dans ce temple : je les rétracte, et je loue Apollon qui prit soin de mon fils, et qui le rend à ma tendresse.... 0 portes, ô sanctuaire, qui m'étiez odieux! je m'app'roche de vous avec respect, et je vous embrasse avec zèle.

MINERVE

J 'approuve ces sentimens et le changement de

* Musgraye propose ici une légère corirection y qui doniie au texte un sens précisément contraire : « Comment n'en aurais -je pas douté ? »

TRAGÉDIE d'eURIPIDE. ÙIJ

ton cœur. Les dieux agissent avec lenteur; mais ils savent 9 lorsqu'il en est temps, déployer leur toute-puissance.

CREUSE

Partons, mon fils, retournons dans notre patrie.

MINERVE

Partez , et je vous suis.

CREUSE

Sois notre guide propice , comme tu es la protectrice d' Athènes.

MIIÏERVE.

Va t'asseoir sur le trône de tes pères.

CREUSE

C'est un héritage digne de mes vœux.

LE CHCHSUR.

Apollon 9 fils de Jupiter et de Latone, reçois mes hommages respectueux. Que ceux dont la maison est en proie aux calamités, se tournent vers les dieux et se confient en leur bonté : car les bons trouvent enfin le prix de leur vertu, et les méchans la juste peine de leurs crimes.

FIN DIQW.

EXAMEN

DE LA TRAGÉDIE

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