‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 65 sur 101 · D'ION · texte numérisé non relu

D'ION

Il règne dans tonte cette tragédie un ion religieux , plein de gravité et de douceur. Le Heu delà scène, le temps de Taclion, sont choisis à dessein , pour donner au spectacle un air de pompe et de solennité.

Le temple de Delpl^s fat le plus riche de la Grèce. L'origine de ce ten^ple se perd dans les temps fabuleux. Il fut pillé souvent et se releva toujours avec un nouvel éclat. Euripide le représente tel qu'il était de son temps ; c'était alors le cinquième temple, c'est-à-dire qu'il avait été bâti à neuf ou rétabli pour la cinquième fois par les Amphictyons , cinq cent quarante-huit ans avant l'ère chrétienne. Dans la vérité historique, Ion était antérieur à sa fondation.

Le$ richesses immenses accumulées dans ce temple, le concours prodigieux d'étrangers qui accouraient de toutes parts pour consulter le dieu , donnaient une grande importance à ses ministres.

tKAGÉDlE D'ëIJKIPIDE. Sig

On y comptait piusieura cQllége» de devins , cinq sacriticateurs perpétuels , quarante sacrificate^rs suhalteri^s^ de grands et de petits prêtres, char-' gfcs le* uns du dehors, les autres de l'intérieur du temple.

A l'entrée du sancjtuaire, habitait le gardien de rord'Apollon; Mercure, dans le^E^roio^ue, attiibue à Ion cet emploi de confiaiK^. Cependant il exerçait encore celui de néocore ou sacristain, charge inférieure, mais très-hoj;iprable à Delphes.

Les prophètes recevaient les paroles de la Pythie y ils avaient sous eux le collège des poètes qui mettaient en vers les oracles.. La Pythie était secondée dans son office par des femmes également consacrées au service du dieu. D'autres prêtresses entretenaient le feu sacré. Les bains, les fêtes, la musique , les danses sacrées , étaient conl)és à des hommes et à des femmes subordonnés aux prêtres; et tel était le nombre des personnes occupées au service du temple, qu'il est probable que la plus grande partie des habitaiis de Delphes y était dévouée.

Cette ville en effet n'avait pas plus de deux mille pas géométriques de tour. Un des sommets du Parnasse ^ dont la pointe suspendue avait la forme d'un dais , la couvrait du côté du nord ; deux vastes rochear^ l'embrassaient par les côtés et la rendaient inaccessible. On n'y arrivait' que par d'étroits sen-

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tiers. Il n-est pas impossible que cette situation singulière ait augmente le respect pour ce lieu sacce, et Fait fait envisager comme le milieu de la terre ; il est du moins bien vraisemblable qu'elle détermina à y déposer les trésors de la Grèce.

Il y avait des jours marqués où la Pythie rendait ses orades. Dans les plus anciens temps ^ c'était seulement une fois Tan^ ensuite une fois chaque mois et avec des cérémonies dont il esf question dans cette pièce. Il y avait un jour ^ fixé par le sort^ qui était consacré à. répondre aux demandes de ceux que leur pauvreté empêchait d'entrerdans ce temple. C'est précisément ce jourlà que le poëte a choisi pour l'action de la pièce: » Voici, ditXuthus, voici le jour solennd, déter- » miné par le sort, auquel l'oracle se feiit entendre » à tous, » Ce jour-là on était dispensé d'offrir des victimes , et par conséquent on ne courait pas le risque d'être renvoyé, comme on l'était en d'autres occasions , si la victime ne tremblait point de tout son corps lorsqu'on arrosait sa tâte de vin. Ainsi en même temps que la solennité du jour donne à la tragédie un nouveau caractère de grandeur, elle favorise l'unité de temps, en prévenant les délais qu'eût exigés la vraisemblance , si l'oracle eût été consulté à toute autre époque.

L'action est implexe. Creuse cherche son fils et le retrouve inopinément, ce qui produit une re-

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eoimaissance et une péripétie tout à la fois pareilles à celles qu'Aristote met au rang des plus belles et des plus touchantes, et cçla suffit bien pour justifier le sentiment du P. Porée. Les défauts que le P. Brtimoy reproche à la pièce n'en sont pas moins réels; mais il restera toujours à son auteur la gloire d'avoir fourni quelques traits au chef-d'œuvre du premier des tragiques modernes.

Un coup-d'œil jeté sur le plan des deux poèmes, y fait saisir des rapports frappans. Dans les deux tragédies, c'est le jour d'une fête solennelle; l'action se passe dans un temple; tout y annonce le respect envers la divinité qui l'habite. Dans l'une etl'aAtre, il est question d'un jeune enfant, sauvé par la prêtresse du dieu et qui n'a d'autre emploi qi;ie de le servir; cet. enfant intéresse par son ingénuité et par ses sentimens nobles et vertueux; il est destiné à porter le sceptre. L'un a été exposé ; l'autre se croit

Un malheureux enfant aux our$ abandonné.

Enfin Joas est le vrai titre de la tragédie française, dont le sujet est Joas reconniret mis sur le trône. Ion reconnu et mis sur le trôi^est le sujet de la tragédie grecqiie qui porte le titre d'/on.

« Etant sanS'père et sans mère , dit Ion , je dois M chérir ce temple qui m'a servi de berceau. »

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