SCÈNE PREMIÈRE
HÉLi^lffE , seule.
Vjes rives sont celles du Nil , fleuve majestueux, asile des nymphes timides , qui tient lieu à FEgypte de la céleste rosée , et reçoit en son sein les neiges des montagnes , pour les répandre sur les champs qu'il féconde*. Protée jusqu'à sa mort régna sur cette terre; et, maître de FEgypte entière, il choisit l'île de Pharos pour y faire sa résidence. Il épousa Psamathé, après que cette nymphe^ eut renoncé à son premier époux 3. H
' L'accroissevent des eaux du Nil avait beaucoup occupé les aBciens philosophes. La cause naturelle qu'Euripide indique ici , est tirée de la philosophie d'Anaxagore.
' Cette nymphe des eaux.
3 Éaque^ suivant la correction de filnsgraye \Éol^y suivant le texte ordinaire.
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eut deux fruits de cet hymen : un fils qu'il nomma Théoclymène*, à cause de son respect pour les dieux , et une fille d'une rare beauté , qui pendant son enfance fit les délices de sa mère , et qui , dès qu'elle eut atteint l'âge où l'on subit le joug de l'Jiyménée, prit le nom de Théonoé^ . Il lui fut donné à cause de son habileté dans les sciences divines , qui lui f^it connaître également le présent et l'avenir, honneur dont Nérée, son aïeul , a récompensé sa vertu.
Ma patrie est illustre : Spatte m'a vu naître, et je suis fille de Tyndare, La renommée publie que Léda , ma mère , reçut Jupiter dans ses bras , sous la forme d'un cygne, qui cherchait à se dérober à la poursuite d'un aigle cruel. Hélène est mon nom, et voici l'oTigine des maux que j'ai soufferts. Trois déesses , rivales en beauté, Junon , Vénus et la chaste fille de Jupiter , cherchèrent Alexandre ^ dans les grottes de l'Ida , et le nommèrent arbitre de leur querelle. Vénus , pour séduire Alexandre, ofirit mes faibles attraits pour prix de sa victoire. Trop funeste beauté qui causa
' ^(oif dieu; x>û/x(V9$, itlustre. Ce dernier mot signifie propre* ment écouté , entendu. C'est nne^ithète que les Grecs donnaient à Pluton.
* e««, dieu; ys^ç, intelligence.
3 Le même que Paris.
TRAGÉDIE D^EimiPiPE. 4?
tous mes malheurs! Le berger quitte ses troupeaux^ et vole à Sparte pour rechercher mon alliance. Mais Junon irritée renverse tous ses projets, et m#t entre ses mains un £intôme vivant, formé d'un pur éther, tie fils de Priam se flatte de me posséder , et s'enivre d'une vaine jouissance.
Jupiter cependant médite un dessein qui devait mie devenir funeste. Il allume entre les Grecs et les Phrygiens une sanglante guerre, afin de soulager la terre, notre commune mère, du fardeau d'une multitude inutile, et de faire connaître à l'univers le plus vaillant des héros dé la Grèce. Je tombai au pouvoir des Phrygiens. Que dis-je ? mon nom seul fut la cause de tant de ravages, et le prix de tant de combats. Mercure m'enleva dans les airs, et m'enveloppant d'un nuage (car j'étais sous la protection du maître des dieux) , il me transporta dans ce palais, qui était celui de Protée, le plus sage des morteh, afin que j'y vécusse dans la paix et dans l'innocence, et que Ménélas pût retrouver un jour une épouse vertueuse. Je ne suis point sortie de ces lieux , tandis que mon époux infortuné , à la tête d'une puissante armée , est allé me redemander à mton ravisseur. Le Scamandre a été teint du sang des héros qui ont combattu dans ma cause. Et moi, infortunée ! je suis l'objet des malédictions et du mé-
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pris; et Votk m'impute la trahison qui fit répandre tant de sang. Ah! pourquoi suis-'je encore en vie!.... Mercure soutient mon courage. Ce dieu m'a fait espérer que je reverrais encore les murs de ma patrie , que j'y régnerais avec mon époux ^ que je me verrais enfin justifiée , et qu'il reconnaîtrait que je n'ai point abandonné mes lares ^ pour fuir dans Ilion avec un vil séducteur. Tant que Protée a joui de la lumière, je n'ai point eu à redouter de violence ; mais depuis que la terre couvre sa cendre, son fils recherche ma main. Fidèle à mon premier époux , je viens me prosterner sur le tombeau de Protée; je viens le conjurer de protéger ma vertu, afin que si mon nom est flétri parmi les Grecs, ma personne du moin^ ne souffre point d'outrage.