ACTE III
Lycus paraît, et gardant toujours son caractère de tyran, il somme Amphytrion qti'il voit sortir,
* Le P. Brumoy ne paraît pas avoir remarque la liaison trèsrëeUe ^'il y a entre le sujet de cette pde et la situation de cent qui la chantent. Ce sont des vieillards qui gémissent de- n'avoir pu secourir leurs amis et de les a.voir vus sur le point de périr , sans oser prendre leur défense. Ils maudissent la vieillesse qui les a forcés de commettre une lâcheté.
de lui livrer Mégare et ses eufans , suivant sa promesse , afin de les immoler. Le temps que les victimes mettent à s'orner semble long h son impatiente barbarie. Amphitryon dissimule , afin d'attirer Lycus dans Iç piège qu'on lui prépare. C'est comme TElectre de Sophocle. Elle en use ainsi à l'égard d'Egisthe.
L'impatience de Lycus le fait rentrer dans le palais pour en tirer ses victimes , sans soupçonner le sort qui l'attend lui-même. A l'égard d'Amphitryon , il reste un moment avec le chœur sur le théâtre. Vœux communs sur ^événement , conjouissance de la part des vieillards , espérance et crainte, tout prépare à la révolution. Mais à peine Amphitryon est-il rentré qu'on entend les cris de Lycus. Le chœur éclate en chants d'allégresse, et regarde Thcbes comme un royaume délivré d'un cruel usurpateur .C'est une espèce de divertissement comme dans un opéra. Il y en a plusieurs de ce genre dans notre poëte, pour remplir les vidçs que laissent les principaux acteurs , quand ils agissent derrière le théâtre : ce sont de courts intermèdes , tout difrérens*de ceux qu'on voit entre les actes , ménagés seulement pour instruire le spectateur des faits qu'on ne peut produire sur la scène , tel qu'est, par exemple, ici , le meurtre de Lycus.
Sur ces entrefaites , Iris messagère de Junon , et une Furie , se montrent en l'air. Euripide entre
ici dans le merveilleux dç la fable , et change , à proprement parler , de sujet et d'action. Car Lycus mort et U famille d'Hercule délivrée , tout semble fini. Cependant la pièce n'est qu'au troisième acte. Véritablement ce qu'on va voir est lié avec ce qui a précédé. Mais ce n'est plus le même objet. En effet Junon, toujours ennemie déclarée d'Hercule, n'ayant pu venir à bout de le perdre, ni par le voyage aux enfers, ni par le moyen de Lycus, veut l'exposer à un revers qui lui fera payer bien chèrement le plaisir d'avoir arraché sa famille au trépas. Elle prétend qu'Hercule immole de ses mains ces mêmes enfans qu'il vient de sauver avec tant de bonheur et de gloire. Iris le dit nettement , et donne ordre à la Furie de troubler les sens de ce héros jusqu'à la fureur. Qui le croirait? La Furie, touchée de compassion, ne saurait consentir à exercer cette barbarie sur un homme si utile aux mortels, et même aux dieux. C'est que les enfers l'avaient respecté comme Orphée. Cependant Iris presse. « Il n'est pas question » de délibérer, dit-elle, Jundn Fordonne; il faut » obéir. Ces ordres, tout étranges qu'ils paraissent, » produiront un bien véritable. » L'Euménide atteste le soleil qu'elle obéit malgré elle. Toutefois elle le fait, et s'empare invisiblement d'Hercule, tandis qu'Iris remonte aux cieux.
35o HERCULE FUaiSUXy