‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 71 sur 101 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Les vieillards tëmoins d'un si aflfreux projet se replongent dans la tristesse. Ils croient déjà voir im ' massacre horrible^ et entendre un grand bruit dans le palais. Cela est dit pour marquer que l'ordre de Junon est exécute.

En eflfet , un officier vient dire à ces vieillards qu'Hercule saisi d'une fureur divine , a tué ses propres enfans. Sa narration est une peinture aussi vive que toutes celles qu'on a vue» d'Euripide. Mais il y a des choses qui sans doute blesseiaient la délicatesse de nos mœurs. En voici une partie : on en jugera, a On faisait un sacrifice à l'autel de » Jupiter pour expier le palais souillé par le sang » de Lycus. Hercule était environné de sa famille. » On portait déjà la corbeille autour de l'autel , et » nous gardions un silence religieux; lorsque ce >^ héros sur le point d'éteindre le tison sacré dans w l'eau lustrale, afînde puri fier les assistans, s'arrête » tout à coup. Ses enfans surpris tournent aussitôt » la vue sur lui. Ses yeux: roulent d'une manière » affreuse, etseremplissentdesang. L'écume coule » sur sa barbe; il s'écrie avec un sourire convulsif M et forcé :0 Jupiter, mon père, pourquoi m'arrêter

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» à des sacrifices d'expiation avant que d'avoir im» » mole Eurysthëe? Sacrifions cette autre victime, » comme j'ai fait la première ; et quand je vous » aurai apporté la tête de cet ennemi , il sera » temps de purifier mes mains. Laissez ces vases , » répandez cette eau : c'est mon arc que je den mande. Où sont mes armes? Je pars pour My- » cènes. Portons * ce qu'il faut pour renverser la » ville de fond en comble. »

L'officier ajoute qu'Hercule se retire de l'autel ; qu'il s'imagine monter sur un char et animer ses coursiers; que les esclaves sourient, et se disent les uns aux autres : « Notre maître est-il en hu- » meur de se réjouir, ou dans une fureur véri- » table? » Voilà de ces naïvetés qui nous paraissent à juste titre peu dignes de la majesté du cothurne , quoiqu'il y en ait beaucoup de cette sorte dans les anciens. D'un autre côté, c'est sur ce pied là qu'on les juge à la rigueur : mais injustement. Ce qui est comique aujourd'hui , ne l'a pas toujours été. Les modes qui nous paraissent ridicules, étaient sérieusement respectées il y a cinquante ans : comparaison simple et juste à laquelle il est difficile de iie pas se rendre.

Le reste de la narration est un détail des folies d'Hercule. J 'appelle ainsi ses fureurs , parce qu*el-

■ DaiM le grec il y a /w'xXffy« , MXXotç vécus ^ Hgones.

les n'ont pa$ toute la noblesse, qu'on trouve, par exemple, dans celles d'Oreste chez Racine. Aussi le poëtegrec ne les expose-t-il pas sur la scène. Hercule passe dans un appartement. Il croit être chez les Mégariens , un moment après à Corinthe , puis à Mycènes. 11 se dépouille, il se bat en l'air, il se persuade avoir remporté de grandes victoires. Son père se présente à lui, et tâche de le rappeler au bon sens. Mais Hercule le prend pour * Eurysthée, et ses propres enfans pour ceux de son ennemi. Armé de son arc , il les poursuit. L'un se cache sous les habits de sa mère; l'autre, derrière une colonne; le troisième, sous l'autel.

La mère a beau crier : a Que faites-vous? Eh! » ce sont vos enfans que vous tuez! » Il court après l'un d'eux , et le renverse mort derrière la Colonne. l\ en immole un autre sous l'autel. Il volait vers le troisième. Mais Mégare se sauve avec lui. Elle sort de l'appartement, et enferme heureusement son époux furieux ^. H se croit aux portes de Mycènes. H brise tout , se fait un passage , et du même coup, il tue la mère et le fils. H préparait le même

' Pour le père d'Eurysthëe. C'est, à ce qu'il me parait, le sens du grec. Les traducteurs s'y sont mépris'.

' Cette action n'est pas représentée ici avec exactitude. C'est Mégare qui s'enferme ayec son fils dans un appartement yoisin. Voyez la traduction.

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sort à son père. Mais Pallas l'arrête et le renverse. « Enfin , dit l'officier , il ^st plongé dans un pro- » fond sommeil; et, revenus de notre frayeur, » nous l'avons lié à un débris de colonne. » Hercule, en bon français, était fou à lier, pire que le Roland d'Ariosle. N'imitons pas ces traits d'Euripide pour notre siècle ; mais aussi ne les cpndamnons pas légèrement dans le sien. ,

Le chœur > plus frappé de ce malheur que de celui des Danaïdes et de Procné, dont les premières ' égorgèrent leurs maris, et l'autre ^na, son fils, ne peut revenir de sa surprise. On ouvre incontinent le palais pour augmenter l'impression par lé spectacle *des tristes effets de ia fureur d'Alcide. Des portes brisées, des cadavres étendus, des piliers renversés. Hercule lié, Amphitryon au désespoir, tout l'appartement ruisselant de sang; voilà l'ouverture de la scène suivante.

Le malheureux père, que son agitation empêche encore de sentir tous ses maux , tremble qu'on ne réveille Hercule. Il craint cju'à son réveil il ne mette tout à feu et à sang. Cette scène est précisément du même goût que celle de Tecmesse dans YAjcf^x de Sophocle, et celle de Phèdre, dans celte tragédie d'Euripide. En un mot, c'est un jeu de théâtre ancien, où le chœur et Amphitryon font paraître également la crainte et la douleur, comme si c'était la chose même, et non une représenta-

tion feinte. Cependant Hercule se réveille et revient à lui.

Etonné y comme on peut penser y de se retrouver dans Fétat où il se voit, couché par terre et attaché à une colonne brisée , son arc loin de lui et ses flèches éparses çà et là , il se croit presque redescendu aux enfers. « Où suis-je? s*écrie-t-il. » Amphitryon et les vieillards s'avancent vers lui timidement. « Pourquoi pleurez-vous , mon père? » dit Hercule. Pourquoi vous éloignez-vous de » moi? « Le père jette un cri de douleur, et profère des mots interrompus qui font assez connaître à son fils qu'il s'est passé quelque chose de bien funeste. Redevenu tranquille , on le délie. On lui dit que toute la colère de Junon est tombée sur ' lui. « Tournez vos regards, ajoute Amphitryon; » voyez ces cadavres. » Hercule est foudroyé par cette vue, et plus encore en apprenant qu'il est l'unique auteur de tout ce carnage. H ne peut se rappeler aucune trace de ce qu'il a fait. Le tout se développe par des interrogations et des réponses vives^, qui sont d'un naturel infini , et qui percent Hercule comme autant de traits. Trop instruit de son malheur, il veut se donner la mort, il se livre à un repentir affreux, il ne pense qu'aux moyens de se délivrer de la vie, et ne dit rien que de funeste. Sur le point d'exécuter son dessein, il voit tout à coup paraître Thésée. La honte et la con-

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fusion succèdent à la fureur. Il s'enveloppe la tête de sesvétemens, et craint, dit-il, de souiller un ami si cher par son seul aspect*

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