‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 73 sur 101 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Junon fait seule le premier acte^ façon assez ordinaire de ce poète. Elle déclame longuement, et c'est tout; non pas que sa déclamation n'ait des morceaux très-vifs et dignes de Sénèque : mais enfin , c'est peu de réalité sous beaucoup de vers brillans et magnifiques. Junon jalouse de la gloire d'Hercule veut le rendre furieux et l'obliger à tuer sa femme et ses enfans, après qu'il les aura sauvés des mains de l'usurpateur Lycus. Voilà

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tout ce qu'il faut savoir pour être au fait. Mais Sénèque met cent vingt-quatre morielji^ïdmbes à le dire. «^

«Sœur de Jupiter^ dit la déesse en prenant d'a- » bord le haut ton, il ne me reste plus que ce M titre. J'ai quitté la demeure éthérée et mon per- » fide époux. La terre est mon partage depuis » que ses maîtresses occupent les cieux. » Ici elle fait l'énumération des figures du globe céleste, et manie fort savamment la fable antique. En effet , « tout le ciel est mairquépar les galanteries de Ju- » piter, et ce diçu a divinisé toutes ses amours. » Mais ce qui pique le plus la jalouse déesse, c'est de voir Alcide , ce fils de sa rivale Alcmène, prendre par de nouveaux exploits le chemin des cieux, et mériter la place que les destins lui ont promise, «t Vainement, dit-çlle, je me lasse de l'accabler » de travaux : il jouit de mon courroux*, et tourne » ma haine à sa gloire. » Tous ces hauts faits, que Junon rappelle à son souvenir, sont pour elle autant d'aiguillons qui la pressent d'en arrêter le cours. « Il a dompte l'enfer; il ne lui reste plus » qu'à attenter sur le ciel même, et qu'à ravir le » sceptre de son père. Il a porté la voûte azurée, » et moi-même qui la foulais. Sans doute, il se M fraie un chemin vers les dieux. >i Junon s'anime donc à la vengeance. Elle songe à délivrer les Titans ppur les lui opposer. « Vaine ressource! Il

» les a subjugu&. On ne peut lui opposer que lui- » même. Qu'il devienne son propre ennemi. »

Ce parti pris , Junon évoque les Ëuniënides et tout l'enfer, avec un grand fracas de paroles. Il n'en fallait pas tant pour renverser la maison d'un mortel. Elle fait plus encore : elle veut conduire la main d'Hercule et devenir l'auteur d'un crime qui puisse le noircir et le rendre indigne du ciel. Quel nom mérite une si abominable divinité? Les tragiques grecs donnent aux dieux des passions et des faiblesses ; mais ils savent au moins les déguiser ou les pallier bien ou mal. Il y a une noirceur trop marquée dans le procédé de Junon. A peine la passerait-on au désespoir d'une fenmie en fureur.

Le chœur qui suit est tout-à-fait stérile, et ne parle que pour parler. Ce sont jdes Thébains qui, charmés de voir le jour reparaître , font d'abord une belle description du lever du soleil et de tous les objets qu'il ranime. Puis ils retombent sur les soucis et les agitations des grands , qu'ils comparent avec la tranquilité des états inférieurs. Us n'épargnent pas même Alcide, qu'ils blâment de son voyage aux enfers, comme s'il avait précipité son trépas, qui vient, disent-ils, toujours assez tôt. Ce chœur, en un mot, est un tissu de sentences communes bien exprimées.

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