TRAGÉDIE DE SÉNÈQUE
ce pour remercier les dieax de cette victoire. Il Ig^ invoque tous , en les nommant ses frères , hormis ceux qui doivent le jour à Junon% D ordoiiile qu'on amène des victimes et qu'on apporte de Fencens. Mais 'afin de le dire en style de Sénèque , pour victimes il demande des troupeaux entiers , et pour encens tout ce qu'en recueillent les Indiens et les Arabes. Thësee saisi du même esprit fait aussi des invocations. Vainement Amphitryon veut-il retarder le sacrifice jusqu'à ce que son fils ait pris un peu de repos et purifié ses mains ensanglantées, ce II n'est point , dit Hercule , de victime plus » agréaibleaux yeux de Jupiter qu^un tyran abattu. » Que ne puis-je encore l'immoler ! »
Il commence donc le sacrifice par une prière qu'il dit être digne de lui. Eïlé l'est en efiet. Il prie les dieux d'écarter tous les maux de l'univers. Mais surpris incontinent d'une horrible vapeui" , il se trouble , et tout se changea ses yeUX : il se croit environné de ténèbres épaitôes. Il s'imagine voir le lion céleste , ce lion qu'il avait dompté dans la forêt de Némée , prêt à passer sur lé corps dès signes de l'automne et de l'hiver pour dévorer lé taureau, signe affecté au printemps. Voîlà;^ certes, une folie Savante. On y peut reconnaître , en payant. Fauteur de VHerùule ÙEtœus , où nous aVons remarqué les mêmes idées dans Hercule qu'on y suppose sensé. Ces confrontations sont plus 3ûrés pour
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faire juger que les deux pièces sont de la même main , que les conjectures de Heinsius pour les donner à différens auteurs.
Vainement Amphitryon effrayé tâche de rappeler son fils à la raison. Son esprit s'égare toujours de plus en plus, et s'évapore en fantaisies tellement bizarres, que je ne pense pas devoir y arrêter le lecteur. C'est une escalade au ciel , et un siège dans les formes. Hercule menace Junon de briser les portes des cienx , si elle s'obstine à les tenir fermées. Il menace Jupiter même de rendre la liberté à Saturne. Il appelle à son secours les Titans, dont il se fait le chef. Enfin, c'est un tintamarre horrible qui se passe dans \dt tête de ce héros, devenu fou. Il fallait, ou lui donner une folie plus vraisemblable, ou du moins ne le pas exposer en cet état à la vue du public , et le cacher, comme a fait sagement Euripide , qui le peint bien moins insensé.
Dans Séuèque, tous ces objets s'évanouîssentponr faire place à d'autres dont la suite est {^us triste. Hercule s'avise malheureusement de prendre ses enfans pour ceux de Lycus, et sa fenune pour 3i> non. Frappé de cette imagination, il les massacre tous impitoyablement. Il est vrai qu'il lefaithorsde la vue du spectateur. Car c'est Amphitryon éploré qui , sans sortir de la scène , raconte ce qu'il voit 3eul. Il voit Mégare et ses enfans se sauver çà et là,
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tandis qu'Hercule fait plusieurs toui9 en parais^ saut et disparaissant poiur les attendre. Cette scène sanglante ne laisse pas de frapper les spectateurs , comme si le sang coulait véritablement sous leurs yeux , et Ton ne peut nier que ce jeu de théâtre n'^it son prix. Enfin y Hercule fatigué tombe dans une espèce de léthargie > comme chezlepoëteGrec; de sorte que l'agitation du théâtre venant à cesser > laisse au chœur le temps de faire ses lamentations^ presque aussi folles que les extravagances du héros.