ACTE V
Hercule se réveille, et les circonstances de son réveil sont à peu près les mêmes que dans Euripide ^ c'est*à-dire asseï naturelles. H y a aussi des traits qui ne sont pas dans l'original. Alcide s'ap» perçoit «qu'il est désarmé. « Quel est mo» vaiu- » queur? dit-il. C'est, sans doute, un autre Her- * cule. Qu'il paraisse. Quel est donc celui qui n'a pas » tremblé à la vue d'Alcide endormi?» Puis voyant les cadavres de sa femme et de ses fils : « Ah! rc- » prend-il, quel nouveau Lycus a surpris ïhèbes, » et vient de me feire voir tant d'horreurs? » Pour le trouver, il erre ç^ et là , sans que personne se X - 25
386 HERCULE FxmiEtrx,
présente à sa vue. Il rencontre à la fin son père et Thésée , qui se sont voilé le visage et qui pleurent. A cet aspect sa surprise redouble , et leur silence augmente de plus en plus son éumnement. On ne lui parle qu'en termes ambigus et entre-coupés. H reconnaît une de ses flèches dans le sein d'un de ses fils. Il entrevoit son crime : les larmes d'Amphitryon et de Thésée achèvent de l'éclairer « Suis-je le coupable? s'écrie-t-il en revenant vers » eux ; ils se taisent; je le suis. » Son repentir est presque une fureur nouvelle. Il implore la foudre de Jupiter. Il veut prendre la place de Prométhée sur le Caucase. Il souhaite d'être attaché aux rochers Cyanées, afin qu'en s'approchant l'un de l'autre ils puissent l'écraser. Il se détermine à se brûler vif. En un mot , il veut rendre Hercule aux Enfers. J'emprunte ses termes sans pouvoir en rendre l'énergie. Aussi Amphitryon remarque-t-il que la frénésie d'hercule, loin de se dissiper^ n'afaiit que changer d'objet en se tournant sur lui-même. Il a d'autant plus de raison d'en juger ainsi , qu'Aicide continue en effet ses horribles invocations aui Enfers, aux Furies, à l'Érèbe, et à tout ce qu'il peut y avoir de plus affreux que tout cela. Mais il y mêle du ridicule , à son ordinaire. Il veut brûler sa massue, ses Ûèches et les mains mêmes de Junon qui les ont si malheureusement conduites. Thésée se hasarde enfin à lui parler pour lui
faire entendre que cette calamité est Teffet de Terreur^ non du crime* Mais Hercule s'obstine à vouloir mourir. II redemande ses armes. Le parti en est pris. Amphitryon s'efforce de le détourner de ce funeste dessein , et il emploie tout ce qu'il y a pour Hercule de plus cher et de plus sacré. « Non, » non , répond-il , il n'est plus rien qui m'arrête n ici-'bas. Raison, renommée, armes, femme ^ en- » fans, valeur, fureur même, j'ai tout perdu. » Rien ne peut assouvir mon cœur , ni effacer mon » crime que la mort* »
— Mais vous ferez mourir un père, dit Thésée.
HERCULE
C*est pour éviter ce forfait, que je meur^* Quoi ! sous^les yeux d'un père?
HERCULE
Je les ai déjà instruits à voir de pareils auentat^.
AMPHITRYON
Jetw les yeux sur vos exploits^ et pardonnes^ vous un crime involontaire*
HERCULE
Qu'Alcide se pardonne un forfait, lui qui nW a épargné aucun!
n persiste à demander ses flèches pour se tuer^ et Thésée le porte à faire un dernier effort sur ^n
aS.*
58S HBKCtJLB FURIEUX;
cœur^ à se dompter lui-même et à vivre; maiseii vain : « Si je vis, répond Hercule, mon forfait est » volontaire; si je meurs, il ne l'est plus. »
Si Tivo , feci scdera ; si morior , tuli.
Déterminé à se donner la mort, il ranime toute sa rage et menace de renverser les forêts des monts Parnasse et Githéron, pour s^n faire un bûcher, de bouleverser sur lui les temples avec les dieux , en un mot Thèbes entière, et de s'en faire un tombeau ; c[ue , si Thèbes avec ses sept portes , ses remparts et ses tours , est encore un fardeau trop léger pour ses épaules , il est résolu de briser en deux l'axe du monde pour s^éciaser plus sûrement. Voi^ là , comme on voit , une résolution bien sérieuse. Kuasi Amphitryon qui la regarde comme telle , désespérant devaincre une pareille opiniâtreté éprendil le parti d'approcher de son sein une des flèches d'Hercule pour s'en percer. « Voici , dit-il , le D trait que Junorf a lancé par vos mains sur un » de vos fils, il se tournera contre moi-même. » lliésée contrefait l'homme épouvanté , pour augmenter la crainte d'Hercule à cet aspect. Mais Alcide ne se relâche qu'à dire un seul çiot. Quand on lui demande ce qu'il ordonne : « Je ne veux D rien , dit-il : ma fureur est en sûreté. »
Dans cette conjoncture si dâicate. Amphitryon prêt à se frapper, redouble ses prières et ses me-;
TRAGÉDIE DE SlÊNÈQim. SSg
naces pour la dernière fois. Son fils se laisse enfin
dompter 9 et demande grâce à son père pour son
père même* Il veut que Thésée relève ce vieillard.
La main d'Hercule est trop souillée poiir lui don-
m ner ce secours. Il se rend en soupirant , et regarde
91 comme un effort supérieur à tous ses travaux celui
]k de supporter la vie. Le père de son côté baise la
0 main de son fils , comme un appui qu'il recouvre
Il inespérément. Mais Hercule rendu à lui-même et
if à la vie nialgré lui , ne sait où se bannir de la vue
j^. des hommes. Il invoque geographiquement tous
g les fleuves pour laver son crime ^ et toutes lespar-
^ ties du monde les plus reculées pour le cacher.
Il conclut que sa trop grande renommée lui ôte la
consolation m^e d'un exil obscur :
Ubiqae notas perdidi exilio locum.
Thésée interrompt son ami^ en lui offrant un asile àAthènes^ p^ys^ dit-il : «qui sait rendre Fin- » nocence aux dieux mêmes. » Cest que Mars y avait été absous au tribuijial de l'Aréopage ^ suivant la Fable. Le roi d'Athènes emmène Hercule^ et par ce moyen le spectacle finit.
FIN d'hercule furieux, DE SÉNBQUB*
PERSONNAGES
HERCULE
AMPHITRÎON.
MÉGARË, fenune d'Heroule.
LYCUS, tyran de Thèbes.
THÉSÉE
IRIS, déesse.
LYSSA ou LA RAGE, furie.
UN MESSAGER
LE CHCHSUR , composé de vieillards Thëbsuns.
La scène est à Thti>es , à l'entrée do palais dUercvle , 4a> nae place où est on autel consacré k Jupiter.