‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 78 sur 101 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ABiPHITRTON, MÉGARE, ENFANS D'HERCULE.

ÀMPHITaTOlTi

Est-Hi quelque mortel qui n*ait point ouï parler du sort glorieux d'Amphitryon, dont Jupiter honora la couche nuptiale ? Argos est ma patrie , ÂJcëus, fils de Persée, m^a donné la naissance, et je suis père d'Hercule. Ce héros vécut long-temps à Thèbes avec moi , et avait des droits sur cette terre qui jadis fit sortir de son sein une moisson d'hommes armés pour s'entre-détruire. Mars ne sauva qu'un petit nombre de ces guerriers " ; ils peuplèrent la ville et la transmirent à leur posté-

' Cinq seulement h^ê autres s'eiitre*iuéie&t»

3q2 hercule fpribtjx,

rite. Cest de ce sang que sortait Gréon ^ fils de Mé* nécee, et roi de cet Etat. Grëoa ^nna naissance à cette princesse qui se nonune Megare, il Funit à Hercule par les nœuds de l'hymen. Le peuple de Cadmus célébra avec (kdat une si belle alliance , et lorsque Hercule emmena son épouse dans mon palais^ Thèbes retentit des chants d'hyménée et des sons harmonieux de la flûte de Lotos.

Mon fils s'est éloigné de Thèbes , où j'avais fixé ma demeure avec lui. Il a quitté Mégare et les parens de cette épouse chérie , possédé du désir d'habiter Ai;gos , de vivre au sein de ces murs fondés pak les Gyclopes , dont je suis exilé à cause du meurtre d'Electryon ' . Voulant adoucir mes infortunes et rentrer avec moi dans notre commune patrie^ il offrit à Eurysthée un prix immense pour ce bienfait : il promit d'assurer la tranquillité de Funivers^ et se soumit ainsi lui-même à d'étemels travaux , soit que Junon Teût frappé de l'aiguillon de ses fureurs ou qu'il fiit entraîné par sa fatale destinée. Il a jusqu'à ce jour accompli tous lestcv vaux qui lui ont été imposés. Enfin pour terminer le dernier de tous^ il est allé par la bouche du Ténare jusc[u'au palais de Pluton, afin d'en tirer le chien à txiple corps et l'exposer à la lumière du jour. U n'en est point revenu.

' CiuAi un meurtre înyotoniaire. Électrjon ëlak frère d'Alto > et par conséquent oncle paternel cTAmplutryon.

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TRAGÉDIE D'cimiPIDB. SqS

Cependant dès long-temps on pnblie à Thèbes qu'autrefois Lycus fut Tëpoux de Dirce ; qu'en cette qualité il fiit souverain de cet Etat ^ avant le r^ne de Zëthus et d'Amphion, ces deux fils de Jupiter^ portés en triomphe pa? de blancs coursiers. Le fils > de ce Lycus, à qui son père a transmis son nom y mais qui n'est point du sang de Gadmus y est venu de TËubée en ces lieux, a fait mourir Crëon et s'est empare du trône de Thèbes, en fondant sur cette ville dans im moment où elle était en proie au feu des séditions.

^ Unis à Créon par les nœuds d'une si étroite alliance, nous éprouvons les traitemens rigoureux que nous avions lieu de redouter. Ce Lycus, indigne du nom de roi^, veut immoler les fils d'Hercule, et faire périr & la fois, pour effacer le meurtre par le meurtre , l'épouse et le père dece héros, si du moins je dois encore me compter parmi les vivans , inutile vieillard, à qui la mort n'a plus rien à ravir; le tyran craint que ces enfans^ devenus hommes, ne vengent le ss^ig de Créon leur . aïeul.

Et moi, quHercule , prêt à descendre dans le sombre empire de la nuit , a laissé dans ce palais

' Ce mot parait mis ici pour celtii de descendant. '

' * Le gveo dit ùoniquemem 4 Ce hjeoi, Pilliistre roi de ceitt ttrrt.

394 HER€ULE FURISUX;

comme le pére et le gardien de ses enfans y je viens avec leur mère ^ afin de les dérober au trépas , embrasser l'autel de Jupiter libérateur ; cet autel dressé par mon fils Minyas^ à la suite d'une glorieuse victoire , comme un monument de sa valeur. Réfugiés à l'ombre de cet asile, nous y restons privés des choses les plus nécessaires , d'alimens , d'eau , de vétemens, couchés sur la terre nue. Bannis de notre propre maison, nous entourons cet autel dans l'abandon du désespoir. Des anciens amis que nous avions, je vois les uns nous abandonner, et les autres, fidèlesenoore, mais dans l'impuissance de nous servir. Tel est le sort des malheureux. Puissent tous ceux qui ont pour nous un reste de bienveillance, n'être jamais exposés à de tels revers. Tépreuve la moins trompeuse de la véritable amitié I

MÉGÀRS.

O vieillard , qui jadis renversâtes l'empire des Taphiens et commandâtes avec tant de gloire les armées du peuple de Gadmùs , que les biens dont les dieux disposent sont incertains et mal assurés ! Je suis née d'un père dont l'opulence et la fierté me promettaient un heureux sort; il était niaitre d'un trône, trésor envié des mortels , dont l'amour fait brandir les lances furieuses contre le sein de ses fortunés possesseurs. Au tKmheur de régner se joignit celui d'être père. Enfin il m'unit au sort

TRAGEDIE p'BtmiPIDE. SqS

d*Hercule , il me donna à votre fils^ comme une épouse digne de sa gloire. Mon père est mort et toute cette félicité a disparu avec lui» Je me vois condamnée à périr avec vous^ illustre vieillard^ et avec les en£stns d'Hercule^ que je couvre en vain de mon âil€) maternelle > comme un oiseau timide rasêeaxhle sa tendre couvée. Ils se jettent tour à tour dans mes bras et m'adressent des plaintes touchan<tes. « 0 ma mère ;S*écrient-ils 9 daignez nous répon- <c dre : En quel lieu de Ftmivers est allé notre père? « Que fait^l? Quand sera-t-il de retour?» Cest ^insi que, trompés par Tinnocence de leur âge, ib cherchent et me demandent un père. Et moi , je les distrais par de douces caresses , je leur fais des récits consolans. Mais dès que la porte résonne, je demeure saisie ;.•.. tous, à Finstant, précipitent leurs pas; ils volent et croient déjà embrasser les genoux de leur p^. Maintenant , ô vieillard , dites-moi quelle espérance peut luire à nos yeux : car les miens demeurent fixés sur vous.... Nous ne pouvons nous flatter de frandhir, sans être aperçus , les limites de cet Etat; des gardes contre qui nous sommes sans force, ferment tous les passages. Kous n'avons plus aucun secours à attendre de nos anciens amis. Confiez-moi donc vos desseins, et dites-moi comment nons pouvons, faibles comme noi:is sommes, prévenir la mort qui nous menace^ et prolonger nos tristes jours.

3g6 HERCULE FURIEUX^

AMPHITRTON*^

Ma (îlle 9 il n'est pais aise, dans de tels malheurs y de donner d'utiles conseils.

mégare.

Qu'attendons-nous pour npus délivrer de la vie? est-il quelque douleur cpie nous n'ayons point éprouvée^? ou bien cherissez-vous si fort la lumière du jour ?

àmphitrtoii.|

Elle m'est encore chère > et j'honore les déesses de l'espérance.

MÉGÀRB. •

Je les honore ainsi que vous. Mais^ ô vieillard, il ne faut point attendre d'elles l'impossible. .

Amphitryon.

Les remèdes aux maux sont cUms les longs délais.

MÉaÀRE.

Le temps passé dans une telle attente livre mon cœur à de trop cruelles soufirances.

AMPHITRYON

Peut-être, ô ma chère fille, s'offrira-t-il pour nous quelque moyen imprévu de fuir les maux dontnous sommes menacés|,peut-être verrons-nous revenir en ces lieux mon fils , votre époux. Calmez

l'excès de votre douleur ^ sëchez les larmes de vos ènfans^ adoucissez leur chagrin^ en les trompant par d'innoc^is discours^ quoique cet artifice puisse coûter à votre cœur. Les calamités des mortels ont un terme , et le souffle des vents orageux n'a point toujours la même violence : les mortels fortunés ne sont pas fortunés à jamais: tout change , tout se déplace dans Funivers. L'homme brave est celui qui n'abandonne point l'espérance : le désespoir est le partage du lâche.

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