‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 83 sur 101 · LES MÊMES, HERCULE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, HERCULE

MÉGÀRE.

Dieux! . . . ô vieillard ! l'objet le plus cher frappet-il mes regards? Dois-je en croire mes sens?

/ Instruisez-Tous par nos malheurSé J'ai ajouté ces mots comme unetransitiomiécessaire. C'est une espèce de reproche fait aux dieux qui ne récompensent pas la yertu. Amphitryon espère que Jupiter sentira le danger d'un tel exemple, il y eut que ce dieu cra%ne de voir les mortels préférer les plaisirs à la gloire.

4l8 H£RCUL£ FURIEUX^

AMPHITRYON

Ma fille , je l'ignore. Je suis saisi comme vous d'une immobile stupeur.

MÉGARE

(Test lui..., c'est ce héros qu'on disait enseteli sous la terre, ou un songe s'offre à moi à la clarté du jour.... Que dis-je? quels rêves me présente mon esprit ti^oublé?.,. Non, vieillard, c^ mortel n'est point un autre que votre fils.... Accoure», mes enfans, attachez-vous aux vêtemens deyotre père, allez, volez dans ses bras, ne lé quitte» point. Ce défenseur n'est pas moins sûr pour vous que Jupiter libérateur'.

HERCULE , éloigne de l'autel.

Je vous salue , ô palais ! ô portes de ipes fojers! que je vous retrouve avec joie en revenant à la lumière!.. Mais que vois-je?^ines enfans à Tentrée de ce palais, la tête couronnée d'omemens fciieraires, mon épouse entourée d'une troupe d'iommes^ , et mon père baigné de larmes Avançons , je veux appreûdre d'eux-mêmes le malbcM qu'ils déplorent. ( S' approchant de Cauiel ) M^are ! quel événement plonge ma m»mfi dans lé deuil?

' * Dent ilf embraésaîent Tautel.

' Les vieillards du choeur.

Googl^

TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 4i9

0 le plus chéri des mo^^td^ ! a$tre saureur de ton père ! échappé aux dangers, Cu vien^ y dérober tes amis qui n'ont que toi pour défenseur!

HiEKCUl.E.

Que dites -vous? 0 mon pèrç! quel tronWe règne en ces lieux?

MÉGARE

Nous sommes la proie de la mort..,, 0 vieillard! pardonnez si je n'attends pas votre réponse. Je le devrais sans doute , mais une femme a moins d'empire sur sa douleur. Hélas, je vois>mes enfans périr avec leur infortunée mère.

HERCULE

0 Apollon ! que vos premières paroles sont d'un funeste augure !

Mes frères ne sont plus ; la mort m'a ravi un père chargé d'ans.

BERCtILE.

Que dites-vous? Quel coup Ta feit périr ? Quelle lance ennemie a percé son sein ?

MÉGlRE. ^

Le barbare» Lycus, qui règne maintenant en ces lieux, est l'auteur de sa mort.

' Le Grec dit ironiquemeot ? V illustra tjTVUi. ^

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Googk

4^0 HERCULE pimiEin!::,

HBBCUI.E.

A-t-il marché contre lui les armes à la main ^ ou a-t-il trouvé l'Etat en proie au feu des séditions?

XÉGARB.

Cest à la faveur des troubles qu'il s'est emparé de l'empire de Cadmus.

HERCVL£*

Et quel est en ce jour le sujet de votre frayeur et de celle de ce vieillard?

MÉGARB*

Lycus a résolu de faire mourir votre père ,• vos ënfans et votre épouse.

Et qu'avait -il à redouter de ces infortunés orphelins?

XÉGlEE.

Il craint qu'ils ne vengent un jour' le meurtre de Créon, '

HBfICULE.

Pourquoi cet appareil de voiles mortuaires?

Nous sommes déjà couverts de la parure du tombeau.

HERCQLE.

Ainsi l'injuste violence allait vous donner la mort ! Qimalheureux Hercule !

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TRAGÉDIB d'eURIPIDE. ^21

MÉGAllE.

Nous n'avons plus d'amis. On disait que vous n'étiez plus.

HERCULE

Qui a pu vous faire ainsi désespérer de mon retour?

HÉGÀRE.

Les hérauts d'Eury^ée nous annonçaient ce malheur.

HERCULE

Mais pourquoi avez -vous abandonné mon palais et mes foyers ?

MÉOARE.

La violence a chassé votre père du lit où il reposait.

HERCULE

A-t-on pu sans pudeur déshonorer ainsi sa vieillesse?

MÉGARE

Lapudeur habite loin de cette outrageuse déesse' •

HERCULE

Ai-je perdu tous mes amis par mon absence ?

MÉGÀRE.

Est-il donc des amis pour l'homme maJheureux? • G'e8t-4-dire , loin de la Violence. ■

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4a2 ttBRCXJLE PtJRIEtJX,

Ds foulant aux pieds mes triomphes et le combat des Minyens?

MéaAmE. '

Les malheureux, je le répète, ne doivent pas compter sur les secours de Tamitié.

Jetez , jetez loin de vous ces voiles mortuaires dont vos fronts sont couverts , levez les yeux à la clarté du jour y goûtez la douceur d'une nouvelle vie et jouissez sans tnmble du plaisir d'édbappcr aux ombres de la mort. C'est à mon bras qu'est confié le soin de votre délivrance. Je vais avant toutes choses, renverser le palais du nouveau tyran , abattre sa tête impie et livrer aux chiens affamés cette proie qui leur est due. Ceux des Thébains que je trouverai perfides envers leur bienfaiteur ^ tomberont sous les coups de cette arme victorieuse , mes traits ailés dissiperont ceux qui pourraient s'y dérober , rismène regorgera de morts et de carnage , l'eau transparente de Dircé sera changée en flots de sang. Et qui donc dois-je défendre si ce n'est môtx épouse , mes en£aiis , mon père ? Périssent à jamais mes travaux ! En vain j'ai terminé tant de glorieuses entreprises 9 si je n'achève celle-ci. Oui, c'est k moi d'affronter la mort pour ceux qu'on y dévoue à cause de moi. Eh quoi ! support^rais-je

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TRAGÉDIE d'bURIPIDE. 4^5

qu'on pût dire que , docile aux ordres d'Eurysthée , j ai livré le combat à THydre , au lion de Némée , et que je n'ai point su repousser la mort du sein de mes enfans? Il faut donc renoncer au nom d'Hercule victorieux.

Saint devoir » pour un père , de protéger à la fois ses jeunes enfans ^ un père chargé d'ans et la compagne de sa vie !

AMPHITRYON

Mon fils y il est digne de toi de te montrer à la fois ami fidèle et implacable ennemi. Mais ne précipite point tes vengeances.

Çu'jT a-t-il , mon père , dans ce que je fais qui soit plus prompt que le devoir ne l'exige ?

AMPHITRYON

Le roi a pour appui une troupe d'hommes ^ pauvres en effet , et riches en apparence , ce sont ceux qui ont excité lé feu des séditions et renversé l'Etat pour autoriser leurs rapines ; ils veulent recouvrer ainsi le bien de leurs pères qu'ils ont dissipé par de folles dépenses ou consumé par l'oisiveté. On t'a vu t'avancer vers ces murs : on a les yéUx sur toi , prends garde de donner lieu à tes ennemis de

' n est probable que ces mots sont dits par le chœur et non par Hercule. Mais f ai respecté Fautoritë des manuscrits.

4^24 MBRCUI.E FUKIBUX,

se rassembler, crains qu'un revers inatt^du ne fasse succomber ta valeur.

HERCULE

Il m'importait; peu que la ville entière m'aperçût. Mais un augure sinistre qui avait frappé mes regards , m'annonçait que quelque affreuse calamité venait de fondre sur ma maison. Eclairé par cet avis, je suis entré secrètement dans la terre de Cadmus.

AMPHlTRYOIf.

Puisqu'un heureux retour te ramène en ces lieux , va saluer tes dieux pénates , que la maison paternelle jouisse enfin de ta vue. Le roi ne tardera pas à venir lui-même pour traîner au supplice ta femme et tes enfans , et pour m'immoler avec eux. Si tu attends son arrivée, tout réussira au gré de nos vœux , tu n'exposeras pomt des jours si précieux pour nous*; et tu ne jeteras point le trouble dans ta patrie , avant d'avoir assuré le succès de ton entreprise.

HERCULE

Je me rends à vos sages avis. Je vais entrer dans ce palais. Revenu enfin des lieux où règne l'épouse de Pluton , de ces retraites souterraines où le soleil n'a point d'accès , je m'honore d'offrir mon premier hommage aux dieux de mes foyers.

TRAGÉDIE d'kURIPIDE. ^25

AMPHITRYON

£st-il vrai , mon fils , que tu as pénétré dans le sombre palais de Pluton ?

HERCULE

Il est vrai , et j'en ai fait sortir avec moi le monstre à trois têtes pour l'exposer à la clarté du jour.

AMPHITRYON

L'as-tu saisi par la force ou par la faveur de la déesse?

Par la force :. heureux d'avoir vu les mystères des prêtres*.

AMPHITRYON

Le monstre est-il dans le palais d'Eurysthée ?

HERCULE

Lé bois de la déesse souterraine^, la cité d'Hermione le possède.

AMPHITRYON

Eurysthée ignore-t-il que tu es revenu ^ur la terre ?

' Grec : Les orgies des mystes. Hercule , ayant sa descente aux enfers , ayait été initié aux mystères d'Eleusis ; mais il s'agit ici / des mystères que les initiés célébraient , disait - on , aux enfers mêmes.

' Gérés, qui avait un temple à Hermione, dans le Péloponnèse, près de la bouche des enfers , par laquelle Hercule était descendu»

426 HERCJJIiE FURIEUX,

Il Figiîore. J'ai voulu ayant tout savoir ce qui se passait en ces lieux.

AMPHITRYON

Mais comment -es-tu reste si long-temps dans les royaumes sombres ?

J'ai été contraint, ô mon père ! d'y faire un long séjour , afin d'en ramener Thésée avec moi*'

ÀMPHtTRYOIf.

Où donc est ce héros ? A-t-il été revoir sa terre natale ?

BEROUIOS^

Oui , il est retourné à Athènes, plein de joie de sortir des noires demeures de l'enfer. ••• Mais , chers enfans, suivez, il est temps, suivez votre père dans ce palais. Vous y rentrerez plus honorablement qu'on ile^vous en a fait sortir. Allons , prenez courage, essuyez ces larmes de vos yeux.... Et toi, chère épouse , rassemble tes esprits, calme ce tremblement qui s'empare de toi ^ ... . cessez de vous attacher à mes vétemens. Je ne veux pas , ainsi, qu'un oiseau fugitif, me dér(d)ei' aux vœux de tout ce qui m'est cher.... Hélas ! ils ne me. quittent point , ils s'attachent à mes vétemens avec plus de tendresse encore^.... vous étiez , il est vrai , sur

TRAGÉDIE d'èÙKIPIDE. 42*7

le penchant du précipice j..... eh bien ! ma main va vous servir d'appui. Suivez cette main paternelle. , comme des |;haloupes légères qu'entraîne un rapide vaisseau. Je ne refuse point à mes enfans les tendres soins qu'ils altendent de moi. Les sentimens de la nature sont les mêmes chez tous les hommes. Les mortels illustres par leurs vertus , et ceux qui vivent sans honneur chérissent également les enfans qui leur doivent le jour. Inégalement favorisés de la fortune ^ les uns possèdent de grands l^ieas , les autres vivent dans l'indigence , mais tous connaissent les transports à,e l'amour paternel.

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