SCÈNE IIL
LE CHOEUR , seul.
La jeunesse est un léger fardeau , mais la vieillesse , plus pesante que les rochers de l'Etna ^ , repose lourdement sur nos têtes, et tend sur nos paupières un voile ténébreux. L'opulence des trônes d'Asie , des palais remplis d'or me touchent peu au prix de la jeunesse , belle dans l'opulence , belle dans la pauvreté. Mais la triste, la cruelle vieillesse est l'objet de ma haipe. Puisse-t-elle être engloutie dans les abymes de l'Océan ! Plâ t au ciel que jamais elle n'eut pénétré dans les maisons et dans
' Quas plerisque senibus sic odiosa est, ut onus se /Etna grayius dicant sustinere. Gio. De Senect-
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les cités des mortels ! Qu'elle ^élèye dans les airs, qu'elle fiiie d'une aile rapide !
Si les dieux usaient de prudence et de sagesse à l'égard des humains y ils accorderaient aux bons une double jeunesse , comme un sceau manisfeste de vertu : on verrait ces mortels recommencer une seconde carrière et jouir de nouveau des rayons de l'astre du jour; les méchans^ au contraire, n'auraient qu'une seule vie. A ce signe, on connaîtrait aisément les gens de bien et les pervers, comme le nautonnier compte les astres au ^rmament. Maintenant, il n'est aucune limite certaine, établie par les dieux entre lés justes et les méchans, une vie entière écoulée au sein des agitations , ne produit d'autre fruit que d'inutiles trésors.
Je ne cesserai point d'unir les grâces aux muses par un doux lien. Que jamais je ne vive éloigné des muses, et que mes jours s'écoulent à l'ombre des couronnes! Poëtechargé d'ans, je célébrerai encore Mnémosyne. Je chanterai l'hymne triomphai d'Hercule, comme je chante Bromius, dispensateur du doux nectar, avec la lyre aux sept cordes, avec la flûte dé Libye. Je ne tairai point les bienfaits des Muses qui m'ont appris à former des chœurs.
Les vierges de Délos chantent l'hymne de Péan autour des portes du temple , et célèbrent par leurs danses le fils glorieux de Latone, qui préside
TRAGÉDIE d'eVRIPIDE. 4^9
aux chœurs sacrés. Et moi^ poëte chargé d'ans ^ la tête blanche, et tel qu'un cygne mourant, je chanterai des hymnes de Péan près de ton palais. Le fils de Jupiter a droit à cet hommage. II a surpassé de loin sa noblesse par sa vertu > ; livré sans cesse à de pénibles travaux, il a procuré aux mortels une vie exemfpte d'orage ^^ en domptant les monstres qui les remplissaient d'effroi ^ •
' Par sa yetta. Ce mot ajoute est une conjecture d^un savant •ritiqiie!
' Littéralement : En muageant les umun de$ bêtes férocet.
FIN DU nEUXIÈME AGTfi^
43o flBaCULfi FUKIEUX, -
ACTEUL