‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 10Chapitre 93 sur 101 · Ï.B CHOEUR · texte numérisé non relu

Ï.B CHOEUR

O meurtre abominable ! mains paternelles et ennemies tout à la fois !

Goolle

444 HERCULE FURIÎEUX,-.

LE MESSAGER

Pourrait-il s'offrir à dç fidèles amis ?

LE CHOEVRé

Comment le malheur du père a-t^il entraîné celui des enfans ? Apprends-nous sous quelle forme le céleste fléau est venu fondre sur ce palais ^ et par quelle fin ces innocentes victimes ont terminé leurs jours.

LE MESSAGER

Après avoir immolé le roi et fait porter son corps hors du palais , Hercule offrait à l'autel de Jupiter un sacrifice expiatoire ; le chœur superbe de ses fils l'entourait , son père et son épouse étaient à ses côtés. On portait déjà la corheille autour de l'autel , nous gardions un religieux silence. Le fils d'Alcmène tenait dans sa main droite le tison sacré et se préparait à le plonger dans l'eau lustrale. Tout à coup il s'arrête sans proférer une parole , seà éiifans étonnés portent Sur lui dés regards inquiels ; mais à l'instant ses traits s'altèrent , ses yeux roulent dans sa tête et laissent voir au dehors le fond de leurs orbites sanglantes ; l'écume coule de ses lèvres et souille son visage couvert d'une noble chevelure. Il s'écrie avec un rire plein de fureur : « 0 Jupiter ! mon père ! pourquoi expier ^> le sang avant d'avoir répandu celui d'Euryslhée ? » pourquoi m'imposer la loi de faire un-double sa-

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TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 445

» crifice? J'apporterai dans ce palais la tête de mon M ennemi , et je purifierai mes mains de deux » meurtres à la fois. Répandez cette eau , jetez a loin de vous ces corbeilles ; c*est mon arc que » je demande : Où sont mes armes ? Je pars pour » Mycènes. Des lévriers ,..•. des hoyaux ,,.. tom- » bez , superbes édifices ; le fer ne respecte pas » l'art industrieux des Cyclopes ' » • En prononçant ces mots , il croit monter sur un char rapide et presser les coursiers qui volent vers Mycènés. Ses serviteurs troublés se regardaient l'un l'antre et se disaient avec un souris mêlé de crainte. « Est- » ce un jeu que cette fureur? à quels écarts se livre » notre généreux maître ? » Cependant après avoir erré dans^ le palais , il s'arrête dans le lieu réserve pour les hommes ^ , il s'écrie qu'il arrive dans la ville de Nisus 3, il croit entrer dans le palais , il se repose un instant comme s'il prenait un léger repas , puis se lève et croit traverser les bois épais de l'isthme de Corinthe. Là , se dépouillant de son manteau , il livre contre les airs un combat furieux ; sans nommer l'ennemi qu'il terrasse , il célèbre bientôt sa propre victoire. Enfin il est à Mycènes

' Grec : Il faut prendre des leviers et des hoyaux., afin qu'avec le fer tordu , je renverse lès édifices arrangés par les Cyclopes au moyen de la règl^ rouge et du ciseau.

' Cet appartement se nomme en grec, d'un seul mo/, arutrén»

^ Mégares.

446 HBRGULB FURIBUX |

et frémissant de rage il menace Eurjsdiëe. : Am* phitryon s'empare du bras redoutable d'Hercule : ce Mon fils f s*écrie-t-<il , quel égarement ! quelle » fureur ! Les mânes de l'ennemi que tu yieus de » frapper te poursuivent-ils , ont-ils troublé ta rai- » son? » Hercule croit voir la pèred'Eurystbée, qui lui tend une main suppliante. \\ \e repousse. 1\ arme son arc d'une flèche homicide et dirige ses coups contre ses propres fils , qu'il croit être ceux d'Eurysthëe. Saisis d'eifroi , ils fuient au hasard , l'un cherche un asile dans les voiles de sa mère , l'autre à l'ombre d'une colonne , le troisième fuit à l'autel et s'y tapit tremblant , tel qu'un oiseau palpitant de frayeur. Mégare crie à son époux.... « Malheureux père ! que fais-tu ? arrête , ce sont a tes fils ». Le vieillard , les serviteurs poussent les mêmes cris. Hercule, sans les entendre , poursuit son fils /autour de la colonne , et s'arrêtant tout à coup par un mouvement contraire, il lui perce le sein d'un formidable trait ; l'infortimé tombe en rendant le dernier soupir et teint le marbre deson sang. Hercule triomphe et s'écrie, a Voiw là donc enfin l'un des fils d'Eurysthée atteint du )) coup mortel j l'injuste haine de son père désor- » mais n'est plus impunie. » En même temps, il bande son arc contre celui qui se cachait sous l'autel ; l'enfant effrayé s'élance aux pieds de so;i père, et lève ses mains suppliantes vers son sein. « Mon

TAAGÉDIB d'eURIPIDE. 44?

M père , s'écrie-t-il , épargnez ma vie , )e suis à M vbus, je suis votre fils; ce n*est pas le fils d^Eurys- » thée , c'est le vôtre que vous menacez » . Alcide roulant dans sa tête les yeux farouches de la Gorgone , et voyant son fils moins éloigné que la portée du trait , porte le bras au-dessus de sa tête dans l'attitude d'un forgeron qui soulève un pesant marteau , il lance lajflèche homicide sur la tête blonde du jeune enfant et lui brise les os du crâne. Il veut ensuite immoler une troisième victime ; l'infortunée Mégare pour la dérober à sa rage, l'entraîne, fuit et s'enferme dans le fond du palais avec ce dernier objet de ses craintes et de son amour. Son époux furieux se croit aux portes des Cyclopes » , il fond sur celles qui servent d'asile à Mégare , les ébranle , les brise , renverse tout ce qui s'oppose à son passage et perce du même trait et le fils et ]a mère. Puis s'élançant comme un coursier , il menaçait déjà l'infortuné vieillard, quand tout à coujp paraît une image augu&te , la guerrière PaUa» brandissant sa lance élevée jusqu'à l'aigrette de son casque; elle lance un rocher contre le sein d'Hercule ; le choc arrête le héros brûlant de la soif du carnage et le jette dans un sommeil profond . Il tombe aivôc fracas , et va heurter dans sa chute une colonne qu'a brisée en s'écroulant la voûte du

■ De Mycénes , fondée par les Cyclopes.

448 HERCULE PURIEirx,

palais , mais qui restçiit debout sur sa base. Aussitôt revenus de notre frayeur , n'étant plus forcés de fuir , nous aidons au vieillard à charger de liens les bras du héros , et nous l'attachons à la colonne afin qu'en sortant du sommeil , il ne puisse point

causer de nouveaux malheurs. L'infortuné!

il dort, hélas 9 d'un funeste sommeil,

couvert du sang de ses enfans et de son épouse. Elstil quelque mortel dont le sort soit plus digne de pitié !

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