SCENE m
THÉSÉE , AMPHITRYON , HERCULE voilé , immobile
et muet, LE CHCHEUR^
THÉSÉE
Je viens , ô vieillard ! porter à ton fils le secours de ma lance, suivi d'une troupe de guerriers Athé-
' Ce voile est , comme le grec l'exprime , le manteau nommé pèplos , le même dont Agamemnon s'enveloppe au sacrifice d*Ipbigënie; c'était un usage constant dans Fexcès de la douleur.
^ Les anciens croyaient que l'aspect d'un homme criminel avait une funeste influence.
3 Le chœur ne se mêle point à l'entretien des autres acteurs dans ces deux dernières scènes ; mais il est présent , et placé sans doute à Forchestre ; car rien n'indique qu'il se retire, et il dit un mot à la fin de la pièce.
46o llERCULE FURIEUX,
niens , qui m'attendent armés sur les rives de rAso* pus. Un bruit s'^t répandu dans la terre d'Erechthée; on dit que Lycus s'est emparé du trône de Thèbes et vous fait une injuste guerre. Voulant payer de retour les bienfaits d'Hercule qui m'a fait sortir du séjour de la moit , Je suis parti dans le dessein de vous offrir mon bras et mes amis, pour vous dérober au danger... Mais que vois-je? serais-je arrivé trop tard pour prévenir les maux que j'ai craints?... Qui a fait périr ces enfans? Quel est celui à qui cette femme était unie? Ces jeunes infortunés ne sont pas morts dans le combat... Hélas , je découvre ici les traces de quelque malheur imprévu.
AMPHITRYON
0 toi qui tiens sous tes lois le coteau coiïronné d'oliviers!... #
THÉSÉE
Pourquoi les premiers accens de ta voix sont-ils si lugubres et si douloureux*?
AMPHITRYON
Les dieux nous font éprouver leurs plus cruelles rigueurs.
' Depuis le premier mot que vient de dire Amphitryon , jusqu'au moment où Thésée s'adresse à Hercule , le poêle emploie le mètre lyrique; il est donc probable qu'Amphitryon, en s'adressant à Thésée , chante avec un accent très-douloureux. C'est là sans doute ce qui motive la question de Thésée.
TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 46i
THÉSÉE
Qui sont ces enfans sur qui tu répands des
larmes?
Amphitryon.
C'est mon fils, c'est mon infortuné fils qui les a fait naître; c'est lui-même, hélas, qui les a fait mourir; c'est lui qui s'est souillé de leur sang.
THÉSÉE
Ne prononce pas de tels blasphèmes.
AMPHITBYOlf.
Plut au ciel que je pusse m'en abstenir!
THÉSÉE
Quel effrayant discours !
AMPHITRYON
Nous sommes la proie de la mort, nous quittons pour jamais le séjour des vivans.
THÉSÉE
Hélas! qu'ai -je entendu? Gomment a-t-il pu commettre un tel attentat?
AMPHITRYON
Dans l'orage de la fureur. L'hydre aux cent têtes avait versé sur lui ses funestes poisons.
THÉSÉE
C'est Junon qui a frappé ce cou p cruel !
Mais^ ô vieillard, quel est cet homme que la mort a épargné ' ?
AMPHITRYON
C'est mon fils, ce fils si fameux par tant de travaux, qui suivit les dieux aux champs de Phlégra, et s'illustra dans ce coml^at où succombèrent les géans.
THÉSÉE
Hélas! fut-il jamais un sort plus déplorable?
AMPHITRYON
Non, jamais on ne vit un mortel plus chargé de douleurs, plus persécuté par le destin.
Pourquoi couvre-t-il de ses voiles sa tête infortunée?
AMPHITRYON
Il redoute ta vue , ton amitié fraternelle , le sang versé par sa main parricide.
* Le texte est altère. J'ai suivi la conjecture de M. Tyrwlûtt. Thésée en entrant, frappé cki spectacle de plusieurs corps étendus sans vie , ne fait point attention à Hercule qui demeure immobile et enveloppé dans son voile ; ensuite il l'aperçoit , et reconnaît qu'il est vivant à son attitude, ou à quelque mouvement.
TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 4^3