‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 17 sur 100 · LE VIEUX GOUVEKNEX7R D AGAMEMNON , ELECTRE, LE CHOEUR · texte numérisé non relu

LE VIEUX GOUVEKNEX7R D AGAMEMNON , ELECTRE, LE CHOEUR

LE VIEILLARD

Ou est la fille de mon roi? où est cette princesse chérie qui , dès sa plus tendre enfance , fut cx>nfiée à mes soins?... Que ce chemin est escarpé! quel travail pour les pieds tremblans d'un faible vieillard ! Mais un vieillard n 'est pas dispensé de servir ses amis , il doit s'empresser d'accourir lorsqu'ils l'appellent, et traîner vers eux son dos com*bé çt ses genoux chancelans.

ma fille! (car à présent me voilà près de vpus et je puis vous adresser la parole) recevez cet agneau que je vous apporte et que j'ai choisi sur tout mon troupeau ; j'y ai joint des guirlandes de? fleurs, ces fromages que je viens d'ôter de dessus le$ claies, et ce vieux trc^or de Bacchus qui répand le plus doux parfum : il est petit , mais une seule coupe de la liqueur-qu'il renferme , mêlé e à cçUe^i,

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qui est plus faible , suffira pour la rendre agréable, — Que quelqu'un se charge du soin de porter ces présens à vos hôtes. Pour moi , je sens mes yeux mouillés de larmes; je m'arrêterai quelques instans , afin de les essuyer aux lambeaux de mes vétemens.

ELECTRE

vieillard! quel sujet vous fait verser des pleurs? Sont-ce mes infortunes qui se retracent à votre pensée? Déplorez-vous l'exil douloureux auquel Oreste est condamné , ou le triste destin de mon père? Hélas! Vous l'avez tenu dans vos bras^ vous l'avez élevé , et ces pénibles soins sont perdus ^

désormais pour vous et pour ceux qui vous sont '

chers!

LE VIEILLARD

Ils sont perdus!, •• Toutefois ce n'est pas ce souvenir qui m'émeut en cet instant'. En me rendant auprès de vous, j'ai été visiter le tombeau de votre père : il est près du chemin qui conduit à votre demeure; je me suis détourné pour lui rendre un pieux hommage; me voyant seul, je me suis prosterné à terre et j'ai donne un libre cours à ma douleur. Ensuite je me suis approché

' Ce sens est plus doun que celui qu'offre le texte des maniMcrits. Il suppose une correction proposée par Musgraye. Si o» ne l'admet point, il faudra traduire ainsi : « Us sont perdus !.... ^ » Mais voici ce que je n'ai pu soutenir. »

pour faire des libations de ce vin précieux , et pour orner le monument de rameaux de myrte. Quelle a été' ma surprise de trouver sur lé bûcher de l'autel une brebis noire fraîchement immolée, du sang nouvellement versé, et des boucles d'une chevelure blonde, oflFertes aux mânes d'Agamemnon!.. Qui peut avoir porté ces dons sur son tombeau? Ce n*est pas un habitant d'Argos. Serait-ce votre frère? Serait-il venu secrètement pour honorer le tombeau lamentable d'un père? Considérez ces cheveux , approchez-les des vôtres, voyez s'ils sont de la même couleur; car ceux qui sont issus du même sang offrent ordinairement des traits frappans de ressemblance " .

' Ici commence une espèce de parodie de la scène des Choépkores d'Eschyle , où Electre reconnaît son frère à ces mêmes indices, auxquels elle refuse ici d'ajouter foi. Voici les principaux traits de cette scène, auxquels Euripide fait allusion, et que je «rois devoir par cette raison , rapprocher de ses expressions :

^LECTEE.

.... Chères amies , partagez ma surprise.

LE CHCKUR.

Parlez ; mon cœur palpite de crainte.

itECTRE.

J'ai trouvé sur la tombe cette boucle de cheveux. . . .

LE CHŒUR

^ qui sont-ils ? Quel homme ou quelle femme les y a dëposôsv?

lÎLBCTRE.

'i n'est pas difficile de lé conjecturer.

^8 ELECTRE

ELECTRE

O vieillard ! ce discours est peu digne de votre sagesse. Pensez-vous que mon frère ait si peu de

LE CHCœUIl.

Gomment? quoique plus jeune, instruisez-moi.

ÏLEGTRB.

Je suis la seule ici qui pût offrir ce présent à mon père. . .

LE CHOEUR

Tous ceux, qui devaient cette offrande sont ses ennemis.

ELECTRE

Ces cheveux d^ailleurs sont tout à fait semblables. . .

LE CHŒUR

À quels cheveux? je brûle de l'apprendre. . .

ELECTRE

Aux miens -, ib semblent être les mêmes.

LE CHŒUR

Serait-ce un présent fait en secret par O reste?

l^LECTRB.

U est assez vraisemblable ^que ces cheveux sont de lui.

LE CHŒUR

Comment aura-t-il osé venir en ces lieux?

ÏLECTRB.

Il aura envoyé cette offrande à son père.

LE CHŒUR

C'est un nouveau sujet de larmes , si elle annonce qu'il n% reverra plus sa patrie.

iLECTRfe.

Ahî mon cœur est assailli des flots de la tristesse, etc.. A qui ces cheveux pourraient-ils appartenir ? etc... Mai« comment m'as-

TRAGÉDIE DEimiPIDE. y g

courage que la crainte d'Egisihe l'oblige à se cacher? D'ailleurs, pourquoi ces cheveux ressembkraient-ils aux miens? Les uns sont ceux d'un

suret qu'ils sont un don d'Oreste? etc.. Encore un autre indice... (les pas tracëà , égaux, aux miens... Je vois des vestiges différens... Les uns sont d'Oreste , les autres de quelque ami qui l'aura suivi... Le contour des pieds , les talons se rapportent aux mieos... Hélas ! tout accroît mon trouble et ma douleur.

Ici Oreste se montre : « Priez les dieux , s'écrie-t-il , d*accom- »plir aussi bien le reste de vos souhaits. » Et comme Electre ii^site à le reconnaître : « Je suis devant vous , lui dit- il , et vous » me méconnaissez l vous , qui , à Taspect de ces cheveux offerts » â mon père , étiez enivrée d'espérance ; vous , qui , observant » les vestiges de mes pas , croyiez déjà me voir. Prenez cette » boucle de mes cheveux qui sont semblables aux vôtres , recon- » naissez l'endroit d'où elle a été coupée; regardez ce voile , ouïr y rage de vos mains , si vos doigts ont formé ce tissu , ont tracé » ces figures... »

Aces traits, Electre ne conserve plus de doutes : « Cher objet »» des regrets de ta famille, espoir de ma vie ! s'écrie -t-elle , toi »que j'ai pleuré! ah! ton courage te rendra le sceptre de ton » père ! Doux objet qui rassemble toutes les affections de mon » âme ! car je ne puis plus m'en défendre , etc. »

Il est vrai que le fondement de cette reconnaissance est frivole; mais si la critique d'Euripide est juste, elle n'en est pas moins déplacée. Stanley , d'après le scholiaste d'Eschyle, explique le mot grec par lequel ce poëte désigne F ouvrage tissu par Electre , de manière à sauver le ridicule qu'y jette Euripide : c'était , suivant ce comnâentateur , une pièce détachée, qu' Oreste portait séparée de ses vêtemens. Mais il parait difficile , suivant la remarque de M. Paw, d'admettre cet adoucissement ; et ce qu'on peut dire de plus favorable au poëte , c'est que la robe dont il parle, quoique faite dans l'enfance d' Oreste, pouvait faire partie de son habillement dans l'âge d'homme. Voy. t. II , pa^. i4o.

80 ELECTRE

homme livré , comme tous ceux de son rang , aux exercices et aux travaux de l'arène; les autres doivent être changés par les soins qu'on en a pris dès mon enfance. Et lors même qu'ils ne différeraient point , il serait impossible de fonder là-dessus aucune espérance. Ignorez- vous donc , ô vieillard! qu'on voit souvent des hommes offrir ce trait de ressemblance sans être nés du même saixg?

LE VIEILLARD

Venez du moins, ma fille, venez essayer de poser vos pieds sui* l'empreinte des siens, afin de voir s'ils sont de mesure pareille.

ELECTRE

Eh ! comment ses pas auraient-ils laissé quelques vestiges sur ces rochers? Mais quand cela pourrait être, comment imaginer que les pieds d'un frère et d'une sœur puissent être semblables^?

LE VIEILLARD

Mais si Oreste était en ces lieux, ne pourriezvous pas reconnaître la robe tissue de vos mains dont il était orné, lorsque je le dérobai à la mort?

ELECTRE

Ignorez-vous donc, ô viei]lai*d! que j'étais en-

■ Le grec ajoute : Celui du/hère Remporte,

TRAGÉDIE d'eURIPIDE. 8i

core enfant lorsqu'Oresie fut enlevé? Mais quand il serait possible que je lui eusse tissu une robe dans cet âge tendre , pourrait-il la porter encore aujourd'hui? Il faudrait que ses vêtemens eussent suivi laccroissement de son corps. Non , c'est quelque étranger, touché du sort de mon père , qui lui a porté ces offrandes; ou bien quelque ancien servileui' a su se dérober à la vigilance des meurtriers de son roi.

LE VIEILLÂ.RD.

Où sont vos nouveaux hôies? Il me tarde de les interroger sur. le sort de votre frère.

, ELECTRE

Les voilà qui sortent de la maison^ et s'avancent vers nous avec empressement.

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