‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 22 sur 100 · LES MÊMES , UN MESSAGER · texte numérisé non relu

LES MÊMES , UN MESSAGER

LE MESSAGER

Triomphez, vierges de Mycènes! Oretl^ esl victorieux , je l'annonce à tous ses amis. Le meurtre d'Agamemnon est vengé : Égisthe n'est plus. Rendez grâces aux dieux.

" ELECTRE

Qui es-tu? Comment m'assurer que ton récit est fidèle?

LE MESSAGER

Quoi ! VOUS ne reconnaissez pas le serviteur de votre frère ?

TRAGÉDIE D^EUïllPIDE. lOl

ELECTRE

Oui , je te reconnais. La crainte avait irOublé mes sens. Est-il bien vrai que le meurtrier de mon père ait enfin expié son crime ?

LE MESSAGER

Il est mon ; je vous le répète , et rien n'est plus

assuré.

LE CHOEUR

dieux! et vous, Jupiter, aux yeux de qui tout est à découvert! enfin vous descendez des cieux.

ELECTRE

Raconte-moi comment le fils de Thyeste a ter • miné sa ci'iminelle vie?

LE MESSAGER

Au soi*ir*de ces lieux ^ nous avons suivi le chemin des chars sous la conduite de notre guide. Bientôt le roi de My cènes s'est offert à nos regards. Il se promenait dans ses jardins arrosés d'eaux jaillissantes , et s'occupait à cueillir de tendres rameaux de myrte pour s'en faire une couronne. Dès qu'il nous aperçoit, il s'écrie : «0 étrangers! » je vous salue. D'où venez-vous? quelle est votre » patrie?» Oreste lui répond: «Nou^dïnmesThes- » saliens , et nous allons sur les bords de l'Alphée «sacrifier à Jupiter Olympien. — Hé bien! re-

102 ELECTRE

» prend Ëgisthe , prenez pari à notre festin , je fais » un sacritice aux nymphes ; après avoir célébré » leur fête, demain vous partirez avec l'aurore et M vous remplirez également l'objel de votre voyage. » Entrez dans ce palais ' . « ' — En disant ces mots, il nous présente la main d'une manière qui ne nous permettait pas de nous refuser à ses oflfres. Et dès que nous sommes entrés , il s'écrie : « Qu'on » apporte des bains pôuf ces étrangers , afin qu'ils » soient en état d'approcher de l'autel ^. » — «' Nous » sommes prêts , répond Oreste ; l'onde pure du » fleuve nous a servi de bain , et s'il est permis à » des étrangers de prendre part aux sacrifices des » citoyens, rien ne nous empêche de nous acquit- » ter de ce devoir. » Dès lors on ne s'occupe plus de ce soin. Les esclaves qui gardaient leur roi , posent leurs lances , et se livrent à divers travaux. Les uns amènent les victimes , les autres portent des cor-, beilles , d'autres allument le feu sacré et placent les bassins autour du bûcher; un bruit confus remplit le palais. L'époux de Clytemnestre jette l'orge sacrée sur l'autel , en disant ces paroles :« Onym- » phés des rochers ! que je puisse souvent renouve- » 1er ces sacrifices ! Continuez de bénir le destin de

' Ce mot défigfte tout le fonds de campagne «l*Égistlie et bob la maison seule. *

* J'ai emprunté cette pirate du P. Brumoy. Le grec dit : Jfin quHls restent vers V autel, près de Veau lustrale.

Digiti

M Clytemnestre et le mien. Lancez enfin vos malé- » dictions sur nos ennemis. » C'est Oresie et vous qu'il désignait ainsi dans $es vœux. Qreste à son tour invoque les déesses sans élever la voix. Égisthe prend dans la corbeiUe le couteail du isacrifice.S toud quelques poils de la victime ^ et les tenant dans sa main droite , il les expo$e à la flamme sacrée. Ensuite il immole le jeune taureau , en enfonçant le fer au défaut de l'épaule, tandis que les sei-viteurs le soulevaient entre leurs bras. Alors il se tourne vers votre frère, et lui dit : «On » assure que les Thessaliens mettent au rang des » plus nobles exercices l'adresse à dompter les che- » vaux et l'art de séparer avec adresse les membres » des victimes ; prenez ce fer, 6 étranger! et faites » voir que la renommée des Thessaliens n'est point >i trompeuse. » Qreste prend dans ses mains le couteau dorien dont la lame a long-temps gémi sous l'enclume , et rejetant sur ses épaules son manteau noué avec grâce , il écarte les serviteurs d'Egisihe, et ne retient auprès de lui que le seul Pylade pour l'ai^erdans son ministère. Il saisit alors le taureau par le pied, et portant la main en avant, il découvre les chairs luisantes et enlève la peau tout entière, en moins de temps qu'il nen faudrait à

' Grec : Le couteau droit , c'est-à-dire , dont la lame n'ëtait pas recourbée.

104 ÉLECTBE,

ua agile coureur* pour parcourir le double stade* Ensuite il ouvre les entrailles. Egisthe prenant dans ses mains les parties sacrées , lesobsei-ve avec soin. Il trouve le foie sans téie et la bile répandue. Frappé d'un tel spectacle qui présage des malheurs à celui qui prend les auspices, il tombe dans une sombre rêverie; mon maître l'interroge. «D'où naît Teffroi qui se peint sur votre visage?» — « Etranger, je crains que hors de ces murs on M ne me tende de secrètes embûches. Le fils » d'Agamemnon nourrit contre moi une impla- » cable haine, et j'en redoute les efiets. » — «0 M roi ! répond Oi^ste, placé sur le trône, pouvez- M vous craindre un fugitif? Cherchons de meilleurs M auspices, afin de célébrer le festin sans trouble. » Qu'on m'apporte le couteau recourbé dont les » Phthiotes font usage au lieu de celui qu'émît ploient les Dorions. Je vais ouvrir la poitrine de » la victime. » On le lui donne aussitôt , et il exécute son dessein. Egisthe cependant prend les par-, ties que le fer découvre à sa vue, et les observe avec soin. Comme il baissait la tête pour les considérer, votre frère s'élève au-dessus de lui ^,. et, profitant de sa position , il plonge le fer dans ses reins et lui

' Grec : Un coureur èquestt^ , ou qui parcourt deux stades.

' Grec : Sur Vextrémitc des ongles , c'est-à-dire sut la pointtr des pieds. •

THA.GÉDIE d'bUUIPJDE. I05

brise les vertèbres du dos, en le frappant du coup mortel. Le corps du roi chancelle quelques instans, on le voyait livré aux angoisses d^une douloureuse

agonie A ce spectacle, ses serviteurs se jetent

sur leurs armes , afin d'accabler sous leur nombre deux étrangers sans défense. Ore^te et Pylade les repoussent avec les armes qu'ils ont en main , et résistent au premier choc par leur courage. Votre frère s'écrie : « Je ne suis point votre enne- *» mi , je ne fais point la guerre à mes sujets. Je suis » Oreste , et je viens venger la mort de mon père. » Vous qui lui fôtes toujours fidèles, respectez les » jours de son filis. » A peine les serviteurs ont-ils oui ce discoui^s, que leurs lances demeurent immobiles. Ch'este est reconnu par un vieillard attaché dès long- temps au service de votre maison. 'Tous aussitôt s'empressent de" couronner votre frère avec des transports de joie et des cris d'allégresse. Il vient lui-même vous offrir la tête , non de Méduse, mais d'un ennemi plus odieux pour vous. Ainsi le sang du meurtrier paie avec usure le saag versé par ses mains.

lOG ELECTRE,

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