‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 31 sur 100 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ORESTE, ELECTRE, LE CHOEUR

OAESTE.

Terre! ô Jupiter! a qui rien de ce que font les mortels ne demeure caché, voyez ce sanglant et abominable sacrifice, ces deux corps couchés sur la terre , que mon bras vient de renverser • • . • Ils m'offrent enfin le juste prix des maux que j'ai soufferts.

ELECTRE

Prix funeste et digne de larmes! ô mon frère!... C'est moi qui ai tout fait... Malheureuse, je me suis armée de dureté ^ contre une mère , contre celle qui m'a portée dans ses flancs. ••• O mère infortunée!.... ô funeste destin!... quels monstres astu mis au jour? quel coup impie tes enfans viennent-ils de frapper?... Toutefois c'est avec justice

que tu expies pai* ta mort le sang de leui* père.

OAESTE.

OPhébus! tu as chanté l'hymnede la vengeance. Tu m'as livré à des douleurs trop cruelles, et que

' Grec : « Je suis venue "à travers le fiu, » Je crois que c'est une métaphore tirée de la trempe du fer.

l5o ELECTRE,

je veux en vain cacher au fond de mon cœur. Tu écartes de la Grèce un sanglant hyménée.... mais moi, quelle ville irai-je habiter?.... quel hôte, quel ami de la piété voudra lever les yeux sur cette tête chargée d'un pairicide , souillée du sang d'une mère?

ELECTRE

Hélas! hélas!. . . Et moi , où fuirai-je? En quels lieux porterai -je mes pas? Où formerai -je les nœuds d'un saint hyménéé? Quel époux me recevra dans sa maison et s'empressera de m'offrir l'asile de la couche nuptiale?

ORESTE

Ton cœur change tout à coup comme le souffle des vents légers. Tu n'as en cet instant que de pieux sentimens ; avant que le coup fût porté, tu

te livrais à d'autres pensée^ Chère sœur! tu

as forcé ton frère à une action funeste , et qu'il a commise malgré lui. . . Tu as vu cette infortunée déchirer ses vêtemens et découvrir son sein à nos yeux à l'instant où nous allions la frapper. .....

Hélas ! hélas! . . . tu l'as vue se prosterner , mettre ^ nos pieds ce sein maternel , tandis que moi , la main dans ses cheveux. . . .

ELECTRE

Je le sais, je l'ai vue.... Tu t'es laissé attendrir à l'ouïe des cris douloureux d'une mère Tu

TAAGÉDIS D*EUHIPIDE. i3l

n'as pu voir souffrir celle qui ta porté dans se& flancs.

OBESTE.

Elle s'écriait en tendant vers mon visage une main suppliante : « Mon fils, mon fils,.... je te » conjure. . . » Elle s'attachait à mon cou S. ... je sentais le fer s'échapper de mes mains.

LE CHOEUR

Malheureuse î . . . comment avez- vous pu soutenir la vue d'une mère expirante à vos pieds?

OR ESTE

Hélas! j'ai couvert mes yeux de ce voile pour accomplir le funeste sacrifice et plonger dan^ son sein le fer meurtrier.

ELECTRE

Et moi, j'ai animé ton courage, ma main a> dirigé le coup mortel.

LE CHŒUR

Electre, vous avez commis une action dont rien n'^ale l'atrocité. . . emportez et voilez avec soin le corps de votre mère, fermez ces plaies sanglantes et envdoppez-les de ses vêtemens. (^Se tournant vers le corps de Clytemnestre.) Ainsi en devenant mère , tu a& enfanté tes propres meurtriers !

' Grec : Elle pendaU de mes joues.

l32 ELECTRE,

ÉLECTRS.

Citoyennes , que je ne dois plus peut-être appeler du nom d'amies, vous me vqyez empressée à remplir ce triste devoir; ces voiles cacheront à tous les yeux un spectacle funeste , dernier terme des malheurs auxquels notre maison est en proie.

ORESTE

Quel objet frappe nos regards ! Au sommet

de votre maison je vois paraître tout à coup des génies ou des dieux célestes; car les hommes ne se fraient pas un chemin dans les airs Quelle raison les engage à se manifester aux yeux des mor * tels?

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