‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 37 sur 100 · TRAGÉDIE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE DE VOLTAIRE

Je dois rappeler ici que je ne cherche qu'à rassembler c[uel({ues imitations ^ et non à donner l'analyse et le plan de cette tragédie <jui s'ëcarte beaucoup du plan des tragédies greccpes.

Il semble que la tragédie d'Euripide ait fait naître l'idée de choisir un jour de fête pour le temps dé l'action. Mais la fêle qù'Egisthe célèbre chez le poëte grec, est étrangère à son crime et à son supplice; le poëte français au contraire a eu soin de la lier à ces deux événemens : c'est l'anniversaire de la mort d^Âgamemnon : on célèbre cette fête sur le tombeau de ce roi ; un oracle a prédit que ce jour, que ce lieu serait fatal à ses meurtriers.

Voltaire a emprunté de Sophocle le personnage et le caractère d'Iphise > qui est le même que celui de Chrysothémis, avec cette différence, que comme l'Electre Française est plus douce , sa sœur parait moins fiiiblc et moim timide, le contraste est moins prononcé. Dans Sophocle, Electre qui

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n'est pas dbargëe de fers y mais fort maltraitée , dit à sa sœur : « Pour vous^ qui vous vantez de haïr » les parricides, c*est'de parole que vous les » haïssez ; et vous êtes en effet d*intelligence avec » eux. On aurait beau m*offrir ces dons pi*écieux , » je n aurais pas la bassesse de trahir mes senti- » mens. . . . D suffit. Les honneurs dont vous êtes » comblée ne me flattent point. . . Allez , cruelle ; » vous méritez de passer pour une fille dénaturée, » puisque vous trahissez un père qui a dû vous » être si cher. »» Dans Voltaire, elle s'exprime ainsi :

Je TOUS pardonne , héias , cette do«Iear captive , Ces faibles sentimens de votre ame craintiye : Il Yoms ménage au moins. De son indigne loi Le fong appesanti n est tombe que sur moî« Tous n êtes point esciaye et d'opprobres nourrie.

F«iaimèi?te; ministre du ^em|de écarté ou doit se célél>rer la £âte , est demeuré fidèle à Agaoctem^ noa et à ses esdEws; il relève les espérances d'£* lectre en lui rappelant Tor^f^le qui nokenaee se$ ennemis. Electre exprime sa confiance par ces vers C[ui rappellent cgux (^u'Ëuripid^ çaet d^Uis la bouche du même personnage '.

' Ce sont les t«vs 9S3 , 5S4 *, en voici la vct^oa littérale : » Je l'espère ) ou bien, il ne faut plus croire que les dieux existent, » si rinjustice ^içmplie de la |ustiçe j*.

l64 àhECTUt,

Hélas ! Téus me rendez on rajon d'espéraneé.

Qui pourrait d eces dieux encenser les auteb. S'ils voyaient sans pitié les malheurs des morteb j Si le crime insolent y dans son heureuse iyresse , Écrasait à loisir Tinnocente faiblesse ?

Dieux 9 TOUS rendrez Oreste aux larmes de sa sœur^ Votre bras suspendu firaj^pera Toppresseur.

a Le fond du rôle de Clytemnesire , dit l'auteur lui-même S est tiré de Sophocle , quoique tempéré par la Clytemnestre d'Euripide, Ou voit évidejmment , dans les deux poètes grecs , que Clytemnestre est souvent prête à s'attendrir. Elle se justifie devant Electre , elle entend ses reproches ; et il est ceitain que si Electre lui répondait avec plus de circonspection et de douceur, il serait impossible qu'alors Clytemnestre ne fut pas émue et ne sentît pas des remords.; Ainsi ^ puisque l'auteur d^ Oreste^ pour se conformer plus à nos mœurs, €t pour nous toucher davantage^ rend Electre moins féroce avec sa mère , il fallait bien qu'il rendit Clytemnestre moins farou<die avec sa fille : l'un est la suite de l'autre. »

Voioi deux pensées de Clytemnestre que IVuteùr ciie comm# imitées d^Ëuiijlide :

Vous pleurez dans les fers et moi dans la grandeur* Vous frappez une mère ^ et je lai mérité.

^ JDisierration citée paç du Molavd.

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n les rapproche de celles-ci , qui sont plutôt du même ton que du même sens. « Et crois-moi , ma » fille, tout ce qui sW passe jusqu'à ce jour, n*est » pas un sujet de joie pour moi. Hélas, je gémis » du triste état où je te vois.... Malheureuse! à » quel excès ai-je donc porté la rigueur! etc ».

n est deux circonstances de l'action diOreste qui semblent imitées de V Electre de Crébillon; la tempête qui jette Oreste sur le rivage où se trouve le tomb^iu d'Agamemnon , et le fer qu'Oreste pose sur le tombeau. Mais Voltaire a eu soin de faire accompagner Oreste par Pylade, à l'imitalion des anciens : celui-ci n'est pas muet, comme dans les tragiques grecs , et l'auteur obsei-ve quelque part que ce rôle et celui de Pammène ont été faits pour supplœr au chœur de Sophocle.

Pammène accueille les deux étrangers naufragés avec autant d'égards et de cordialité que le cultivateur Mycénien :

Je sers ici les dieux , j'implore leur justice 5

J exerce eu leur présence , en ma simplicité j

Les respectables droits de rhospitalite.

Daignez , sous Thiônble toit qu'habite ma vieillesse , '

Mépriser des grands rois la superbe richesse :

Tenes : les malheureux me sont toujours sacrés.

La scène VII de l'acte H, est imitée de Sophocle. Élecue , après un entietien avec Çlytemncs-

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tre y reste persuadée de la mort d'Oreste. Dans cet instant , sa sœur arrive auprès d'elle :

IPHISE.

Qière Electre y apaisez ces cris de la douleur*

ilECTRS.

Moi!

Partagei ma joie.

ELECTRE

Aa comUe da malhear ^ . Quelle funeste joie à nos cœurs étrangère !

IPHISÉ.

£spërons«

ELECTRE

Non, pleurez) si j'en crois une mère ^ Oreste est mort , Iphise.

IPHISE*

Ah! si j'en crois mes jenx> Oreste vit encore > Oreste est en ces lieul.

. Elle explique qu'elle a vu les deui étrangers; que Tun d'eux l'a frappée par son air de grandeur, qu'elle a trouvé des offrandes sur le tom- ■ beau t

Je lai vtt, ce tombeau, couronné ^e guirlandes, De Teau sainte arrosé , couvert encor d offrandes 5 Des eh^enx , si mes yeux ne se sont pas trompés , Tels tpç ceux du héros dont mes sens sont frappes |

TRAGÉDIE PB VOLTAIRE. xG%

Une épëe , çt c est ïk ma plus ferme espéraUce , C'est le signe éclatant do jour de la vengeance. Et quel autre qu un fîls^ qu un frère y qu'un héros , Suscité par les dieux pour le salut d'Ârgos , Aurait osé braver ce tyran redoutable 7 ' Cest Oreste, sans doute ; il en est^eul capable > Cest lui f le ciel Tenvoie ; il m'en daigne avertir 5 Cest réclair qui parait , la foudre va partir.

ÉLEGTRS.

Je vous crois 5 j attends tout ; mais n est-ce point un piège Que tend de mon tyran la fourbe sacrilège? etc.

Electre ne devait point répondre autrement , parce qu'elle nWait point, ou ne croyait point avoir^ comme dans Sophocle , une nouvelle certaine de la mort de son frère. Ce n'est qu'au commencement de l'acte III, qu'Oreste et Pylade l'annoncent et font porter l'urne dans le palais. Cette urne contient les cendres du fils d'Egisthe tue par Oreste; c'est une circonstance ajoutée à l'invention de Sophocle. Le feint récit de la mort d'Oreste,. qui est fort long dans le poète grec, n'occupe ici que peu de vers. C^este inconnu qui fait ce récit, ne parle point d'un incident arrivé dans les jeux publics; il laisse entwdre que c'est lui-même qui a fait périr Oreste pour satisfaire sa vengeance. Egisthe est trompé par ce récit : lorsqu'il s'éloigne , Oreste lui dit à peu près comme dans Euripide :

^68 ÉLBGTEE^

Va y ta Terras Oeste à tes pompes craeiies; Va, j ensanglanterai la fête où ta m appelles.

Electre qui ne voit dans Oreste cpe l'assassin de son frère, se préparait à le tuer, lors(ju*elle le reconnaît. L'auteur n*a employé aucune de ces ntarques extérieures que les tragiques grecs ont cru nécessaires pour fonder cette reconnaissance. La situation, un mouvement involontaire, quelques mots échappés lui ont paru suffire pour cela ; et ces moyens /lorsqu'ils sont bien ménagés , ont l'avantage de paraître moins romanesques, moins arbitraires, en partie peut-être, parce que les mœurs et les usages modernes se prêtent moins que ceux des Grecs aux suppositions qu'exigent les reconnaissances d'un autre genre.

Cependant Egistbe , instruit de la mort de son Gis , conçoit des soupçons , et ferait mourir Oreste et Pylade, si Cly temnestre , touchée des prières d'Electre , ne le retenait quelque temps , et si luimême enfin n'était prévenu par Oreste , qui profite des mouvemens du peuple en sa faveur pour recouvrer le pouvoir qui lui appartient. Cest ce que Pylade vient raconter à Electre. On trouve dans ce récit quelques traits qui le rapprochent de celui de la mort d'Egisthe , dans Euripide : ^

Orçste se tonrnant vers ses fiers satellites , Immolez, a^t-ii dit, le cleniier de vos rois : L osez-vous? A ces mots, an son de cette io\x, .

A ce front o& brillait la majesté suprême , Nous avons tpus cru voir Agamemnon lui-même^ Qui y perçant du tcnnbeau les goufiret éternek , Revenait en ces lieux commander aux mortels.

Je parle 9 tout s émeut 5 Tamitië persuade ^ On respecte les nœuds d'Oreste et de Pylade.

Des soldats avançaient pour nous envelopper ; lis ont levé le bras et n o^t osé frapper.

Nous sommes entourés d'une foule attendrie :

Le zèle s'enbardit , Tamour devient furie :

Dans les bras de ce peuple Oreste était porté. Égistbe avec les siens y d'un pas précipité y Vole y croit le punir , arrive, et voit son maître.

Oreste entraîne Égisthe sur le tombeau d'Agamei^non, pour l'y frapper du coup mortel : Pamméne vient annoncer qu'il accomplit en cet ins- ' tant même le sacrifice, quand toui-à-coup on entend les cris de Clytemnesire :

IPHISE.

Ah, ma sœur ! ab , Pylade ! entendez-vous ces cris ?

ELECTRE

C'est ma mère î

PAMMÉNE.

Elle même, CLYTBMNESTRE derrière la scène.

Arrête

IPHISE.

Ciel!

XLTTEMNKSTRE derrière la scène.

Mon fils :

tyO ISLBCTRE I

ELECTRE

' Il frappe Égîsthe. Achère et sois inexorable; Veoge-nous , yénge^^ ^ tranche nn noeud si coupable : Immole entre ses bras cet infjAme assassin.

Frappe^ dis- je.

CLYTEMNISTRE.

Mon Sis !.... j'expire de ta main.

PTLADE.

O destinée!

IPHISE.

O crime !

ELECTRE

Ah ! trop malheureux frère ^ Quel forfait a puni les forfaits de ma mère ! Jour à jamais afTrenx !

C*est dans un transport de fureur qu'Oreste a commis ce parricide. Il paraît en s*ëcriant :

O' terre ! entrouyre-toi^ Cljtenmestre ^ Tantale^ Atrée y attendes-moi : Je TOUS suis aux enfers y étemelles yictimes ^ Je dbpute ayec tous de tourmens «t de crimes.

ELECTRE

Qu ayeit^TOUS fait , cruel ?

ORESTE

EUe a voulu sanyer....

Et les frappant tous deux. .. . Je n% puis achever.

ÉLECT^RE.

Quoi ! de la main d'un fils? Quoi ! par ce coup funeste ; Vous....

'PUAGÉmB DE VOLTAIRE. I7I

Non f ce n est pas moi , non ce n est pas Oreste. Un pouYOïr effroyable a seul conduit mes coups. Exécrable instrument d'un éternel courroux , Baniii de mon pays par le meurtre d W père , Banni du monde entier par celui de ma mère • Patrie , états , parens que je remplis d'efroi ^ Innocence^ amitié > tout est perdu pour moi.

Il est livré aux furies ; il entend prononcer le nom de la Tauride; il y court ; Electre veut en vain le retenir, Pylade se prépare h le suivre, et s'écrie :

Que Tamitié triomphe , en ce jour odieux ,

De$ malheurs des mortels et du courroux des diétix.

FIN DE L^EXABCEN b'ÉLECTEÊ DE VOL'fAIRE.

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