DE LA MÊME TRAGÉDIE
Je n'hcsite point à dire que rien n'est pins semblable aux destinées des mortels
Que ce qu'on nomme éther ; en eflFet, voici ce qui est propre à celui-ci :
C'est lui qui fait luire la clailé brillante de Tête,
Et qui nourrit l'hiver y en assemblant d'épaisses nuées,
Qui fait fleurir et flétrir, vivre et mourir.
Il en est de même de la race des mortels. Les uns prospèrent
Dans un calme serein. Les autres sont couverts de sombres nuages.
Et vivent au sein des maux. Ceux-là, après avoir joui de l'opulence.
Périssent par des causes toutes semblables aux vicissitudes des saisons.
Ab! comme toujours, chez les hommes bien n^.
Le caractère est excellent et se tourne vers la vaillance !
FKAGMENS. l83
Il n'est aucun homme que les richesses ne puissent vaincre 5
Ou s'il en est un ; je ne le connais pas.
Celui qui jouit d'une maison hien pourvue de tout,
Et toutefois, trompant son ventre,. se rend malheureux et soufirant ,
Pourrait aussi , je pense , dépouiller les statues des dieux ,
Et devenir l'ennemi de ceux qu'il doit chérir le plus.
L'amour est oisif, et né pour d'oisifs amusemens.
Il aime les miroirs , l'art de colorer les cheveux ;
Il fuit les travaux. En voici une preuve certaine :
Aucun miH'tel , réduit à mendier son pain , n'a été enflammé d'amour;
C'est au milieu des riches que ce jeune dieu se plaît.
Maintenant j'exhorte tous les hommes plus jeunes que moi ^
A ne point se marier près de la vieillesse.
1&4 TKAGUEVS*.
A ne point devenir père trop tard. Le plaisir ne suit pas de tels nœuds ;
Et un vieillard est pour sa femme un objet d aversion.
Il vaut mieux se marier de bonne heure ; car alors on peut donner à ses enfans une belle éducation ;^
Et il est agréable de voir un jeune fils croître auprès d*un jeune père.
Une femme qui sort de la maison patemellç^
N'appartient plus à ses.parens y maisà souépoux.
Mais un enfant mâle reste toujoiurs dans là maU
son.
Pour défendre les dieux et le$ tombeaux de $e$
pères.
vm.
H est un proverbe qui dît que Fart est te partage Des femmes , et que les hommes savent mieux frapper de la lance.
Si c'était à la ruse que la victoire îùt décernée > Nous aurions l'empire sur les hommes.,
Je suis de ton avis. Nous sommes toujours et à tous égards inférieures
Aux hommes , toutes tant que nous sommes de femmes^
Digiti
Femme, la clarté de ce soleil est agréable;
Il est beau de voir la surface unie du paisible océan ,
Et la terre qui fleurit au printemps , et les richesi eaux qui la fécondent.
Il est encore bien d'autres objets dont je pour^ rais louer la beauté ;
Mais il n'est rien de si brillant, rien de si beau à voir ,
Que l'est pour un homme privé d'enfans et dévoré du désir d'être père ,
Le flambeau d'un fils naissant, qui brille tout à coup dans sa maison*
Se jetant dans mes bras et sur mon sein ,
Ce fils jouerait sans cesse autour de moi , en me couvrant de ses baisers;
Il s'emparerait de mon cœur : car, pour les mortels.
Le philtre le plus puissaiit , ô mon père ! c'est I^iabitude de vivre ensemble.
Les hommes ont coutume de regarder comime^
Les discours des riches ;. et au contraire ^ lorsque^ C[uelque homme
l86 «'RÀGMBIVS.
Pauvre , et sorti d'ui>e maison indigente , veut parler,
Ils ont coutume de rire. Pour moi , je vois souvent
Des hommes pauvres plus sages que les riches.
Et des mortels qui offrent aux dieux de petits dons j qu'ils apportent de leurs propres mains sur Tautel ,
Et toutefois plus pieux que ceux qui sacrifient des hécatombes.
Il n'est point de rempart , point de trésor , Rien enfin de si difficile à garder qu'unefemme.