SCÈNE VI
LES MÊMES, IILYSSE et ses Compagnons.
Ulysse en arrivant s adresse aux satyres. « Me » diriez-vous, jiit-il, d où nous pourrions puiser »> de Teau pour étancher notre brûlante soif, et » s'il est ici des habitans qui veuillent vendre » des rafraîchissemens pour des voyageurs fali- »îgués? »
Ulysse , en disant ces naots, n avait pas encore aperçu la figure de ceux à qui il s'adressait; ma^ voyant leurs pieds et leurs vétemens : « Que vois- » je, dit-il! Nous sommes dans une ville consa<- » crée à Bacchus. Je crois voir des satyres . . . . . • » vieillard, recevez le premier les honneurs que » je dois à votre âge et à votre qualité. » ( Il salue Silène. )
Silène lui rend politesse pour politesse , puis il lui demande son nom et 3a patrie. Cet entretien «st de vers à vers. Ulysse dit 5on nom et celui de ses États. « J'entends, reprend Silène ; je connais » ce Grec éloquent, ce rusé. descendant de Si-
» syphe » • . Ulysse qui se voit reconnu , et
qui craint qu'on ne lui fasse tout son caractère , interrompt le vieillard. « Arrêtez, dit -il, c'est a» moi-mâine , n'en dites pas davantieige » . • • . Silène continue de l'interroger à la grecque ; « D'où il XI i5
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2^6 LÉ Gt(ÎLÔ»È
» vient ? — Du si^e de Troie. — Ignorait - il le » chemin de sa patrie? — Non, la tempête l'a i> écarte* — Hëlas ! dit k vieillard, noua éprou- » vons vous et moi la même destinée. »
Cela donné lieu à Ulysse cfe questionner à sgn tour Silène , qui avoue que son mauvais destin Ta conduit au mont iËtna, tatidis qu'il cherchait vainement Bacchus enlevé par des Pirates ; que cette région dé la Sicile ne connaît ni villes, ni hahitans humains ; que les Cyclopes en sont les maîtres ; que ces monstres ignorent les doiJU^eun de la vie civile et de la société ; qu*ils mènent une vie eiTante sansreconnaîu*e ni souverains ni lois : voilà les sauvages d^aujourdTiui; qu*îls sent tous bergers de profession; que san^ uset des dons de Cérès, ils vivent de lait , de frûtnage et de la chair de leurs troupeaux ; qu% ignorent sur^ tout la douce liqueur de Bacchus , que le sol ingrat est incapaUede leur domïer.
tLTSSE.
Connaisseàt-ils du moins Thospitalité sacrée?
siLèsrs.
Certes, ils disent que les étrangers leur a^^rit des mets délicieux.
^ VLY88E.
Que vouleK-voiisilire? Quoi , ils senMmnûeni sang humain?;
GooqIc
Nul n^atorde ici qui ne soitincontiiieiit dqvoré.
UI.TSSE.
OÙ est le Cyclope? ]!f ^ 9€iiraéi'>'îl f^mt àf^n^ sihi
antre?
SILÈNE
Non; il «oit le9 bétos à k pîaie sur le pmçhant de la montagne^
tJLTSSE»
Que pootriez-votis faire pour nous tirer au plutôt de cette terre i^aaudite?
StLÈNE.
Je n'en «ais en vérité rien. Mais je ferais tout pour vous.
Ulysse le saisit pat;^ parole > et le prie de lui vendre des vivres. L^autre s'excuse sur ce qu'il n'a que des chairs d'animaux , des fromages et du lait. Mais Ulysse s'en contente, etpr^se la conclusion du marché. Silène demande de l'or. Mais Ulysse offre du vin , plus précieux pour le satyre que Tor. Ce vin même est du plu§ exquis. Il vient de Maron^ fils d'Evanlhée , petit-fils de Bacchus, et élève de Silène , qui le fait remarquer en pleurant de joie. Il s'agit d*un vin d'un terroir estimé dans la Thrace. Silène qui a perdu d^eipiw long' temps le goût de cette liqueur chérie, presse €omi>-«^
quement Ulysse de lui en faire voir. Celui-ci eu montre aussitôt una outre, et commence par faire boire le vieillard qui fait son vrai personnage d'ivrogne à gages, avec toutes les grimaces qu'on peut imaginer : car cela dominait dans les pièces satyriques. Il savoure Todeur qu'il trouve belle ; ce qui fait dire à Ulysse, « vous 1 avez donc vue? » Pure parodie de quelque poëte. Silène boit et fait des sauts de joie, « Car le vin, dit- il, s'est glisse » dans ses v^es jusqu'à l'extrcmitc des ongles, w Ulysse, sans compter le vin, lui prainet de l'argent, ce Serviteur à l'argent, dit Silène, donnez » seulement le vin. Soit, reprend le roi d'Ithaque; » livrez les fromages et les agneaux. »
SILÈSE j à part, «n s'ëcartani un peu.
Oui, certes, je les livrerai ^Que m'importe l'intérêt de mes maîtres? Je donnerais tous les troupeaux des Cy clopes , « et eux-mêmes * » , pour une seule coupe de ce jus divin. Oui , je mettrais mon bonbeui*, dans une heureuse ivresse, à les précipiter tous , et moi-même après eux , de la cime de ce rocher dans la mer. Insensé, quiconque ne met pas sa joie dans Bacchus ! .... lui seul fait oublier les maux. Buvons donc; caressons cette outre, et laissons pleurer le Gyclope. (A Ulfsse.) Ëcou-
' Je crois que c'est U lé yrai fin, quoique j'aie ajouté deux mots au texte*
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te», Ulysse, je veux un mom^it d'mtretien avec vous.
ULYSSE
Volontiers. G^nptezsur un entretien d'ami avec
ami.
suJkHK, rérant on pea.
Vous avez donc pris Troie et Hélène?
ITLTSSB.
Et nous avons renversé de fond en comble la maison de Priam , etc.
n est visible que c'est là un entretien digne d'un ivr<^e, et d'un farceur mis sur la scène pour faire rire le peuple.. Car Silène pousse sa pointe d'une manière indécente^ et apparemment en bégayait et en chancdant à la manière des élèves de Bacchus. Après sept ou huit vers, il dit, envoyant les valets qu'il avait envoyé diercher des vivres * : «Prenez, Ulysse, voilà ce que vous demandez, » lait , fromage et agneaux. Allez., fuyez promp- » tement : mais donnez en échange du vin. »
ULYSSE, aperceyaiit de loin le Cydope.
Ah Dieux ! Nous sommes perdus. Voici Polyphéme. Que ferons-nous? Où fuir?
' On Terra dans la traduction une disposition de scène différente. Silène est entré lui-même dans la grotte , et c'est ayec le ehoBOT qu'Ulysse s*est entretenu en son absence.
SILÈNE
Retirez -VOUS dans ccci« caverne. Vous y serez bien caehés.
ULTSSE.
Oui , belle roMOuree cpie odie de se jeter dans
les filets?
silIske.
Bon ; il y a quantité ç[| subterfuges.
ULTSSE àpart.
n n'en sera pas ainsi. Troie aurait trop à nous reproc^ter^ si nous fuyions devant un homme tseul. Avec ce bouclier, j*ai soutenu des milliers de Phrygiens, et je fuirais! S'il faut mourir, mourons en héros , ou plutôt vivons poui- ju5tifier notre renommée.
SiLÈraE| iyre.
Allons, phenez et dminez. Quoi î qu'avez-vous, ti'où tient cet embarras?