ACTE m
LE CTCLOPE, ULYSSE, SILENE, LE CHOEUR.
LE GTCLOPE.
Ha, ha, ha.... je suis tout plein de viti. le joyeux festin! Mon estomac, comme un vaisseau chargé , est rempli jusqu'aux bords. Ce beau gazon m'invite à cëlëbrer la fête du printemps avec mes frères lesCyclopes. Allons, mon cher hôte, apporte-moi cette outre; donne, te dis-je.
LE CHOEUR
Avec quelle grâce il sort du palais! On allume un flambeau pour lui , ainsi que pour une tendre épouse, d^ns l'intérieur de cet antre frais. Bientôt on verra son front orné d'une guirlande de couleurs variées ^
ULYSSE
JScoute-moi , Cyclope; car je connais dès longtemps ce Bacchtis, que je t'ai fait boire.
LE CTCLOPE.
Et ce Bacchus passe donc pour un dieu? * Double sens, n a en rue le supplice du Cyclope.
DRAMS SATYRIQXm. 3oS
ULYSSE
Sans doute; et même pour un très-grand dieu, qui procure aux hommes de doux plaisirs.
LE GYCLOPE.
En cet instant, je le rejette avec plaisir.
tJLYSSB.
Telle est cette divinité bienfaisante. Elle ne nuit à aucun des mortels.
LE GYCLOPE.
Mais comment un dieu peut-il se plaire à de- , meurer dans une outre ?
ULYSSE
En quelque lieu qu'on le place, il y reste ave« plaisir.
LE CYGLOPE.
Il n'est pas convenable pourtant que les dieuxr s'enferment dans une peau.
ULYSSE
Eh! quoi, si le dieu te réjouit, la peau doitelle te choquer si fort ?
LE GYGLOPE.
Je n'aime pas cette outre : mais j'aime bien ce qu'elle contient.
% ULYSSE
Reste donc là, Cyclope, à boire et te divertir. XI 20
3o6 LE CYCLOPE,
LE CYCLOPE
Ne faut-il pas que j'aille donner à mes frères . un peu de cette liqueur?
ULYSSE
En la gardant pour toi , tu seras plus grand à leurs yeux.
LE CYCLOPE
En leur en faisant part , je leur serai plus utile.
ULYSSE
Les festins nombreux entraînent des querelles et des coups.
Lors même que je m'enivrerai , personne n'osera me toucher.
ULYSSE
Mon cher ami, quand on a bu, il faut rester chez soi.
LE CYCLOPE
Il faut être bien sot, pour n'aimer pas les festins quand on boit.
ULYSSE
Rester chez soi quand on s'enivre, est au contraire bien sage.
LE CYCLOPE
Eh bien ! Silène, qu'en dis-tu? Resterons-nous?
SILÈNE
Sans doute , Cyclope : et qu'avons-nous à faire d'autres buveurs ?
LE CYCLOPE
En eflfet, voilà un siège de gazon fleuri.
SILENE.
Et puis il est si doux de boire à la ch^^leur du soleil ! Allons , allons, repose-toi; assieds-toi là sul* l'herbe.
LE CYCLOPE
Soit... Mais pourquoi mets-tu la coupe derrière moi?
SILÈNE
De peur que quelque voleur ne vienne l'enlever devant toi.
LE CYCLOPE
Ah! ah! tu v^ux boire à la dérobée. Allons, allons^ pose-la au milieu. — Et toi, mon hôte, avant tout , dis-moi ton nom.
ULYSSE
Personne ' . Quelle grâce puis-je espérer de toi, en récompense de mes services?
' Cette ruse, qui donne lieu à une ëquiyoque, est empruntée d'Homère.
3o8 LE CYCLOPE,
LE GYCLOPE.
Je te mangerai le dernier de tous tes compagnons.
Cyclope, tu accordes-là à ton hôte une rare faveur.
LE CYCLQPE , à Silène.
Holà y que fais-tu là? Tu bois mon vin en cachette?
SILÈNE
Non, non; c'est Bacchus qui m*a voulu ravir un baiser : il me prenait pour une jeune beauté.
LE CYCLOPE
Il t'en coûtera cher, si tu continues : va, va, tu l'aimes plus qu'il ne t'aime.
SILÈNE
Non , de par Jupiter. Je suis assez beau pour qu'on puisse s'y méprendre . ^
LE CYCLOPE
Verse , verse seulement, et donne-moi la coupe pleine.
SILÈNE
Voyons un peu , comment eUe est travaillée.
LE CYCLOPE
Tu me fais mourir. Donne-la telle qu'elle est.
DRAME SATYRIQUE. Sog
SILENE.
Non, de par Jupiter; il faut auparavant que je t'aie vu prendre la couronne des buveurs, et que j'aie goûté le vin.
% LE CYCLOPE
' O réchanson maudit!
SILÈNE
Oui, de par Jupiter, il est doux. Mais avant tout, il faut que tu te mouches, si tu veux recevoir la coupe •
LE CYCLOPE
Eh! bien, voilà qui est fait; mes lèvres et ma barbe sont nettes.
SILÈNE
Range donc ton coude comme il faut , et puis bois précisément comme tu vois que je vais faire; j.a. •«.
LE CYCLOPE
Holà, holà..., que fais-tu?
SILÈNE
Quel plaisir de boire d'un trait!
LE CYCLOPE
Prends la coupe, étranger, prends, te dis-je, et sois toi-même mon échanson.
Oui , oui , la vigne connaît ma main
3 10 LE CYCLOPE
LE GYCLOPE.
Verse , verse.
ULYSSE
Prends , prends, et bois en silence.
LE CYCLOPE
Ce que tu demandes-là est difficile, lorsqu'on a beaucoup bu.
ULYSSE
Bois, te dis-jer, n'en laisse rien. Il faut sucer la coupe en mourant de plaisir.
LE GYCLOPE.
Ah! que la vigne est un bois admirable!
ULYSSE
Si après un bon repas, tu bois beaucoup de celte liqueur , même sans avoir soif, elle te jettera dans un doux sommeil. Mais si tu laisses quelque chose, Bacchus te fera sécher.
LE CYGLOPB.
Ho! ho! Quel plaisir! Je m'échappe à peine à la nage.... Je vois le ciel et la terre tourner tout à la fois. Je vois le ti*ône de Jupiter et Ja troupe sa* crée des dieux. Les Grâces me font des agaceries... Non, non, je ne veux pas de vous... Je suis fidèle à une jeune beauté
DKAMIS SATYllIQUE. . 3ll
SILÈNE
C'est de moi, sans doute, qu'il veut parler > ?
LE CTGLOPE.
Oui , de toi-même ; vieils-ça que je t'embrasse.
SILÈNE
Au secours , il va m'élouffer.
(Us rentrent dans la cayerne.)
' En latin et mot à mot , suirant Musgrave :
Non osculabor : procantur me Charités.
Quiescam , contentas isto Ganymede , Rectissimè , per Gratias. Delector autem quodammodo Puerorum amoribus magis, quam malieribas.
SILCHUS.
Ego enim sum Joyis Ganymedes , Cyclops ?
CTCLOPS.
Ita per Jorem, qaem ego rapio ex Bardano*
SILEHVS.
Perii , ô filii , impia patiar mala .
CYCLOPS.
Reprehendis amatorem , fioistuosè té geris et in ^otum ?
SILB1TI7S.
Hei mihi , acerbissimum fastum ; yidebo cit6.
Lucien décrit Silène comme un petit yieillard , épais , ayant un gros y entre, un nez épaté , et de longues oreilles droites.
3l2 LE CYCLOPB^