‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 78 sur 100 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

LE CTCLOPE, ULYSSE, SILENE, LE CHOEUR.

LE GTCLOPE.

Ha, ha, ha.... je suis tout plein de viti. le joyeux festin! Mon estomac, comme un vaisseau chargé , est rempli jusqu'aux bords. Ce beau gazon m'invite à cëlëbrer la fête du printemps avec mes frères lesCyclopes. Allons, mon cher hôte, apporte-moi cette outre; donne, te dis-je.

LE CHOEUR

Avec quelle grâce il sort du palais! On allume un flambeau pour lui , ainsi que pour une tendre épouse, d^ns l'intérieur de cet antre frais. Bientôt on verra son front orné d'une guirlande de couleurs variées ^

ULYSSE

JScoute-moi , Cyclope; car je connais dès longtemps ce Bacchtis, que je t'ai fait boire.

LE CTCLOPE.

Et ce Bacchus passe donc pour un dieu? * Double sens, n a en rue le supplice du Cyclope.

DRAMS SATYRIQXm. 3oS

ULYSSE

Sans doute; et même pour un très-grand dieu, qui procure aux hommes de doux plaisirs.

LE GYCLOPE.

En cet instant, je le rejette avec plaisir.

tJLYSSB.

Telle est cette divinité bienfaisante. Elle ne nuit à aucun des mortels.

LE GYCLOPE.

Mais comment un dieu peut-il se plaire à de- , meurer dans une outre ?

ULYSSE

En quelque lieu qu'on le place, il y reste ave« plaisir.

LE CYGLOPE.

Il n'est pas convenable pourtant que les dieuxr s'enferment dans une peau.

ULYSSE

Eh! quoi, si le dieu te réjouit, la peau doitelle te choquer si fort ?

LE GYGLOPE.

Je n'aime pas cette outre : mais j'aime bien ce qu'elle contient.

% ULYSSE

Reste donc là, Cyclope, à boire et te divertir. XI 20

3o6 LE CYCLOPE,

LE CYCLOPE

Ne faut-il pas que j'aille donner à mes frères . un peu de cette liqueur?

ULYSSE

En la gardant pour toi , tu seras plus grand à leurs yeux.

LE CYCLOPE

En leur en faisant part , je leur serai plus utile.

ULYSSE

Les festins nombreux entraînent des querelles et des coups.

Lors même que je m'enivrerai , personne n'osera me toucher.

ULYSSE

Mon cher ami, quand on a bu, il faut rester chez soi.

LE CYCLOPE

Il faut être bien sot, pour n'aimer pas les festins quand on boit.

ULYSSE

Rester chez soi quand on s'enivre, est au contraire bien sage.

LE CYCLOPE

Eh bien ! Silène, qu'en dis-tu? Resterons-nous?

SILÈNE

Sans doute , Cyclope : et qu'avons-nous à faire d'autres buveurs ?

LE CYCLOPE

En eflfet, voilà un siège de gazon fleuri.

SILENE.

Et puis il est si doux de boire à la ch^^leur du soleil ! Allons , allons, repose-toi; assieds-toi là sul* l'herbe.

LE CYCLOPE

Soit... Mais pourquoi mets-tu la coupe derrière moi?

SILÈNE

De peur que quelque voleur ne vienne l'enlever devant toi.

LE CYCLOPE

Ah! ah! tu v^ux boire à la dérobée. Allons, allons^ pose-la au milieu. — Et toi, mon hôte, avant tout , dis-moi ton nom.

ULYSSE

Personne ' . Quelle grâce puis-je espérer de toi, en récompense de mes services?

' Cette ruse, qui donne lieu à une ëquiyoque, est empruntée d'Homère.

3o8 LE CYCLOPE,

LE GYCLOPE.

Je te mangerai le dernier de tous tes compagnons.

Cyclope, tu accordes-là à ton hôte une rare faveur.

LE CYCLQPE , à Silène.

Holà y que fais-tu là? Tu bois mon vin en cachette?

SILÈNE

Non, non; c'est Bacchus qui m*a voulu ravir un baiser : il me prenait pour une jeune beauté.

LE CYCLOPE

Il t'en coûtera cher, si tu continues : va, va, tu l'aimes plus qu'il ne t'aime.

SILÈNE

Non , de par Jupiter. Je suis assez beau pour qu'on puisse s'y méprendre . ^

LE CYCLOPE

Verse , verse seulement, et donne-moi la coupe pleine.

SILÈNE

Voyons un peu , comment eUe est travaillée.

LE CYCLOPE

Tu me fais mourir. Donne-la telle qu'elle est.

DRAME SATYRIQUE. Sog

SILENE.

Non, de par Jupiter; il faut auparavant que je t'aie vu prendre la couronne des buveurs, et que j'aie goûté le vin.

% LE CYCLOPE

' O réchanson maudit!

SILÈNE

Oui, de par Jupiter, il est doux. Mais avant tout, il faut que tu te mouches, si tu veux recevoir la coupe •

LE CYCLOPE

Eh! bien, voilà qui est fait; mes lèvres et ma barbe sont nettes.

SILÈNE

Range donc ton coude comme il faut , et puis bois précisément comme tu vois que je vais faire; j.a. •«.

LE CYCLOPE

Holà, holà..., que fais-tu?

SILÈNE

Quel plaisir de boire d'un trait!

LE CYCLOPE

Prends la coupe, étranger, prends, te dis-je, et sois toi-même mon échanson.

Oui , oui , la vigne connaît ma main

3 10 LE CYCLOPE

LE GYCLOPE.

Verse , verse.

ULYSSE

Prends , prends, et bois en silence.

LE CYCLOPE

Ce que tu demandes-là est difficile, lorsqu'on a beaucoup bu.

ULYSSE

Bois, te dis-jer, n'en laisse rien. Il faut sucer la coupe en mourant de plaisir.

LE GYCLOPE.

Ah! que la vigne est un bois admirable!

ULYSSE

Si après un bon repas, tu bois beaucoup de celte liqueur , même sans avoir soif, elle te jettera dans un doux sommeil. Mais si tu laisses quelque chose, Bacchus te fera sécher.

LE CYGLOPB.

Ho! ho! Quel plaisir! Je m'échappe à peine à la nage.... Je vois le ciel et la terre tourner tout à la fois. Je vois le ti*ône de Jupiter et Ja troupe sa* crée des dieux. Les Grâces me font des agaceries... Non, non, je ne veux pas de vous... Je suis fidèle à une jeune beauté

DKAMIS SATYllIQUE. . 3ll

SILÈNE

C'est de moi, sans doute, qu'il veut parler > ?

LE CTGLOPE.

Oui , de toi-même ; vieils-ça que je t'embrasse.

SILÈNE

Au secours , il va m'élouffer.

(Us rentrent dans la cayerne.)

' En latin et mot à mot , suirant Musgrave :

Non osculabor : procantur me Charités.

Quiescam , contentas isto Ganymede , Rectissimè , per Gratias. Delector autem quodammodo Puerorum amoribus magis, quam malieribas.

SILCHUS.

Ego enim sum Joyis Ganymedes , Cyclops ?

CTCLOPS.

Ita per Jorem, qaem ego rapio ex Bardano*

SILEHVS.

Perii , ô filii , impia patiar mala .

CYCLOPS.

Reprehendis amatorem , fioistuosè té geris et in ^otum ?

SILB1TI7S.

Hei mihi , acerbissimum fastum ; yidebo cit6.

Lucien décrit Silène comme un petit yieillard , épais , ayant un gros y entre, un nez épaté , et de longues oreilles droites.

3l2 LE CYCLOPB^

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