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Euripide, entre Corneille et Racine > <mtre les Français et les Grecs^ on n'en trouvera pas assez pour établir diverses espèces de tragédies. Les œuvres de ces grands maîtres sont en quelque sorte semblables aux Néréides , dont Ovide dit ingénieusement,, « qu'elles avaient un air, non » |>as à la vérité le même, mais tel qu'il laissait M aisément i^econnaître qu'elles étaient sœurs. »
Faciès non omnibas mu , Nec dhrersa taotcsn, qnalem deoet e^se soronui^.
La raison est que les mêmes passions en sont l'âme et le jeu. A l'égard des comédies d'Aristophane et dé Plante , de Ménandre et de Térenee^ de Molière et de ses imitateurs , si on les conîronle entr'elles, on trouvera à Ja vmte quel* que air de famille , s'il est permis de pousser cette comparaison, , mais beaucoup moim marqué à cause de la différence que contractent le ridicule et le plaisant, quantaux manières de chaque siècle. On ^ les prendra pas pour sœurs, naais au plus pour parentes éloignées^ La muse d'Aristophane etde Plaute , à la bien définir , est une bacchante ^ pour ne rien dire de pis, dont la langue méditante est détrempée de fiel, et dont le poison
SUR LA COMÉDIE GRECQUE» SSj
dangereux ressemble à celui de Taspic et de la vipère; mais dont les saillies malignes et les caprices ingénieux portent plutôt leur coup qu'on ne s'en est aperçu. La muse de Térence, et par conséquent celle de Ménandre^ est une beauté simple et sans fard y mais enjouée y dont les traits sont plus fins que frappans , plus doux que forts , plus naïfs et plus modestes que grands et fiers; mais toujours infiniment naturels.
Ce n est pas un portrait^ une image semblable : Cest mi fils y un amant y mi père yéritable.
Quant à la muse de Molière, elle n'est pas toujours vêtue en bourgeoise rq)ublicaine y comme celle des Grecs et des Latins; elle prend souvent des airs de qualité y et sort dé son état jusqu'à se parer avec grâce des plus brillans atours. Elle mâle toujours, dans ses manières, de rélégancéau badinage^ de la force à la délicatesse, de la graïideur et de la fierté même à la naïveté et à la modestie. Si quelquefois en faveur du peuple elle s'émancipe à admettre la mascarade, ce sont des fnomens de folle joie dont elle revient bientôt, et qui durent aussi peu que ceux d'une légère ivresse. La première peut être peinte entourée de
38è msGouRs
petits satyresy les uns bouffons^ les autres déli(;ats, mais tous extrêmement libres et malins ^ véritables singes toujours prêts à rire en face et à montrer au doigt Thonnéte bonmie confondu arec le scélérat. On peindrait bien la seconde environnée de génies dont l'enfance est pleine d'agrémens et de candeur y que la nature seule a instruits à plaire y et dont le langage emmiellé est d'autant plus attrayant , qu'on est moins tenté de s'en défier. Les ris délicats de la cour et ceux de la ?ille un peu plus folâtres ^ semblent accompagner la dernière, et s'en être rendus inséparables. Toutefois refasera-t-on à la muse d'Aristophane on de Plante, l'avantage d'être plus vive, plus dmmée, plus inventive? A celle de Ménandre on de Térence , la gloire d'être plus naturelle et plu» réservée? Enfin à celle de Molière l'heureux secret d?avoir allié tout le sel des deux premières à un art singulier qui leur était inconnu? Rendons à cei trois sortes de mérite la justice qui leur est duc. Séparons dans diacun:d'eux l'or pur et véritable d'avec le feux or, sans approuver ni condamner en tout ni les uns ni les autres. S'il faut enfin prononcer sur le goût général de leurs ouvrages , coït-
venons que celui de Menandre , de Térencc et de Molière y plaira pltls sans contredit aux honnêtes gens y et par conséquent qu'il approche plus de la vraie beauté , ou qu'il est moins mélangé de beautés purement relatives , que celui d'Arislo^ phane et de Plante.
En distinguant la comédie parles sujets , nous en avons trouvé trois sortes chez les Grecs, et autant chez les Latins , en la distinguant comme eux par les habits : de plus , en la distinguant par les auteurs et les temps ^ nous venons d'en voir trois espèces ; mais nous en verrons encore trois autres classes, si nous voulons nous arrêter plus particulièrement à sa matière. Comme le but et les règles générales de toutes ces espèces de comédies sont les mêmes , il ne sera peut-être pas hors de propos de se les remettre sous les yeux en racourci > avant que d'exposer la dernière division dont je viens de parler. Je ne puis mieux ifaire à ce sujet, que de transcrire ici la ving-cinquième réflexion du P. Rapin sur la poétique en particulier.
XIIL «La comédie, dit-il S est une iraiage de la vie commune. Sa fin est de montrer sur
' Ji^x. lui* Ai iWi. p. 154. Parii, 1684.
Sgo mscouRs
» le théâtre les défauts des particuliers , pour » guérir les défauts du public, et de corriger le » peuple par la crainte d'être moqué. Ainsi le M ridicule est ce qu'il y a de plus essentiel à la » comédie. 11 y a un ridicule dans les paroles » et un ridicule dans les choses, un ridicule hoor » nête et un ridicule bouffon. C'est un don pu- » rement de la nature que de trouver le ridicule » de chaque chose. Car toutes les actions de la » vie ont leur beau et leur mauvais côté, leur w plaisant et leur sérieux. Mais Aristote qui donne M des préceptes pour faire pleurer, n'en donne M point pour faire rire. Cela vient purement da >» génie : l'art et la méthode y ont peu de part : » c'est l'ouvrage du pur naturel. Les Espagnols » ont le génie de voir le ridicule des choses bien » mieux que nous. Les Italiens qui sont naturel- » lement comédiens l'expriment mieux : leur >» langue y est plus propre que la nôtre , par l'air » badin qu'elle a de dire ce qu'elle dit. La nôtre » peut en devenir capable quand elle sera encore » plus perfectionnée. Enfin ce tour agréable , cet » enjouement qui sait soutenir la délicatesse de » son caractère , sans tomber dans la froideixr ni
SUR LA GOHÉDIB GRECQUE^ 'Sqi
>» dans la bôiiflfonnerie, cette raillerie fine qui est
» la fleur du bel esprit ; est le talent que demande
» la comédie. Il faut toutefois observi^r y que le vrai
» ridicule de Tart qu'<m cherche sur lé théâtre ^
» ne doit être que la copie du ridicule qui est
» dans la nature. La comédie est comme elle doit
» être, quand on croit se trouver dans une com-
» pagnie du quartier , ou dans une assemblée de
» famille , étant au théâtre; et qu'on n'y voit que
» ce qu'on voit dans le monde. Car efle ne vaut
» du tout rien, dès qu'on ne s'y reconnaît point>
» et dès qu'on n'y voit pas ses manièces et celles
» des personnes avec qui l'on vit. Ménandre n'a
» réussi que par là, parmi les Grecs , et les Ro-
» mains pensaient être en conversation , quand ils
» assistaient aux comédies de Térence ; car ils n'y
» trouvaient rien que ce. qu'ils avaient coutume
» de trouver dans les compagnies ordinaires. C'est
M le grand art dé la comédie, de s'atta^er à k
M nature et de n'en sortir jamais; d'avoir des
>» sentimens communs et des expressions qui soient
w à la portée de tout le monde ; car il faut bien
M se mettre dans l'esprit que les traits les plus
• » grossiers de la nature, quels qu'ils soient^ plajt-
» sent tott)OUi« ^raïuage que les plus délicats, » qui 8ontliorodu:na(tiu«l.!^éa^ia0ins les teinnes * » bas 6t vulgaires ne doiveul; pas ^tre permis $ur » leihéâtte> s'ils ne soal soutenus de quelque »» sorte d'esprit. Lesprover^e^ et les bous mois » du peu]de n'y doîventpas aussi être soufferts^ » s'ils n'ont quelque sens plaisant et s'ils ne sont t> naturels. *
» Voilà le principe le plus universel de la co- » médie : par-là , tout ce (pi'elle représente ne » peut manquer de plaire ; et sans cela rien ne » plak^ Ce n'est qu'en s!attadiant à la nature , M qu'on parvient à exprimer la vraisemblance, qui » est le seul guide in£nllihle qu'on puisse suivre » au théâtre; Sans la vraisemblance tout est dé£e^ » tueux; avec elle tout est beau : on ne s'égare ^ jamais en la suivant , et les défauts les plus or- » dinairesde la comédie viennent de ce que leâ » bienséances n^y sont pas gardées, ni les înô- » dens assez, jMféparà* Il faut même bien prendre » garde que les couleui's dont on se sert pour <> préparer les incidens n'ayent rien de grossier , » pour laisser au spectateur le plaisir de trouver » liii-méme ce qu'elles signifient. Mais le feibk
l«L-^-^JyJ
StR LA COiMÉ0I$rGR£GQU]S. 5q$
M le plu$< ordinaire de nos <M>médie8y est le dé-
» nou^^eut : ptiJi'y réussit presque jamai» pdi* la
w difficulté ^u'il y a de dénouer h^ureuseameAt ce
» qu'on a nbué* Il esx àis4 de lier une intrigue ;
» c'est l'ouvrage 4e,Viii^^gî<^^<^on; mais le dé-
» nouement est l'ouvrage tout p^r <lu jugement :
» c'est ce qui en rend le su6cè$ diiEcile,. Etsi l'an
» veut y faire un peu de réflexion^ oti trouvera
» que le 4é£aut le plus universel des comédies.,
M est -ques la catastrophe.u'en est pas naturelle. Il
» reste à euminerâi l'on peut faire dana lacomé-
», die des images plus grandes que le naturel ,
» pour toucher davantage l'esprit des spectateurs
>' par déplus^ grands traits ^t par des impressions
» plus fortes ;, c'est-à-dire , si le poëte .peut faire
» un avare plus avare, et un fâcheux plus in^per-
X» tinent et plus iucpmmode, qu'il n'est ordihai-
» rement. A quoi je Mpouds que PUute , ,qui vou-
» lait plaire au peuple , Ta lait ainsi ; mais Xérence
» qui voulait plaire aux honnêtes' gens , se renfer- ^
» m^t dans les bornes de la nature, et il repré-
» semait les vices sans les grossir , et sans le& ^ug-
M menter. Toutefoiji ces caractères outx^,r cqifnme
. :» celui du bourgeois gentilhomme et celui du
394 BISGOURS
n Malade imaginaire de Molière^ n'ont pas laissé » de réussir depuis peu à la cour^ où Ton est à » délicat : mais tout y est bien reçu, jusquaux M divertissemens de province, quand ils ontquel- » que air de plaisanterie : car on y aime à rire M plus qu'à admirer. Ce sont là les règles les plus M importantes de la comédie* »
XIV. Ces règles sont véritablement communes aux trois sortes que j'imagine*: mais il est essentiel de bien distinguer toutes les trois, et je le fais par leur matière qui ne laisse pas de diversifier un peu leur art. La vieiHe et la moyenne comédie représentant naïvement des aventures véritables. De la même façon quelques traits d'histoire ou de fable peuvent former un oràre de comédies qui lui ressemble , sans en avoir les dcfaftts; tel est V Amphitryon. Combien d'historiettes morales , combien d'aventures anciennes et nouvelles, combien de petites fables d'Esope, de Phèdre, de la Fontaine, ou de quelque ancien Jpoëte, ne fourniraient pas de jolis spectacles, si tout cela était mis en œuvre par d'habiles mains? Et n'en a*t-on pas vu qui ont réussi dans ce genre, comme Tirnon le mïsantrope? C'est proprement
SUR LA COMÉDIE GRECQUE. SqS
les Italiens que cette espèce regarde. L'ancien spectacle nomme satynque , à cause des satyres qui y jouaient. leur rôle, et dont nous n'avons d'autre exemple que le Cjrchpe d'Euripide, a donné lieu- sans doute aux comédies pastorales que nous devons principalement à l'Italie, et qu'elle cultive beaucoup plus que la France.
C'est toutefois une sorte de spectacle qui aurait son agrément, s'il était touché avec élégance et sans bassesse : c'est l'Idylle mise en action. Enfin , la nouvelle comédie inventée par Ménandre a produit ce qu'on appelle aujourd'hui comédie proprement dite. C'est celle qui roule sur des portraits généraux de la vie commune et sur des aventures et des noms supposés , soit de ville soit de cour. Cette troisième espèce est incontestablement la plus noble et la plus autorisée par l'usage. Aussi est-elle la plus difficile à exécuter, parce que tout y est de pure invention, sans que le poète soit soutenu par des traits et des personnages connus , comme l'est toujours le poëte tragique. Qui sait même si à force de réflexions on n'inventerait pas encore quelqu'autre sorte de spectacle comique tout différent des trois que je viens de dire , tant la
3^6 Discouns
comédie est féconde ! Mais sa carrière n'est déjà que trop vaste , pour l'engager à découvrir de nouvelles lices; et dans un champ où l'on fait tant de faux pas, rien n'est si périlleux que la nouveauté mal entendue. C'est un écueil où Von n'a que trop échoué en tout genre, à commencer par la grammaire et la langue. Il vaut mieux chercher la nouveauté dçins la manière de dire les choses communes , que dans des idées extraordinaires où l'on se perd souvent. Le ùiauvais suc- <^ de l'espèce bizarre de la tragi-comédie , espèce monstrueuse tout-à-fait inconnue aux anciens, prouve assez le danger de la nouveauté en cette matière.
XV. Pour achever le parallèle de \a comédie et de la tragédie, on pourrait réveiller une question plus souvent proposée que bien décidée , et aussi intéressante qu'elle est commune ; à savoir lequel de ces deux genres est le plus aisé ou le plus difficile à remplir dans l'exécution. Je n'aurai pas la témérité de résoudre entièrement un problème sur lequel tant de grands géniçs.n'ont osé nettçmeut •prononcer avant moi : mais s'il est permis à tout homme qui se mêle de littérature d'ex-
/G oog le
SUR LA. COMÉDIE GRECQUE. $gy
poser ses raisons pour et contre y sur tout ouvrage d'esprit^ considéré uniquement conime tel, sans égard à Tutilité ou à Fabus, je déduirîii en peu de mots les miennes ; que je puise dans la nature des deuxspeetacles et des talens qu'ils exigent. Horace se propose une question à-peu-près de la même espèce, qu'il résout de la manière qu'on "Savoir ;
Natnrâ fieret laudabile carmen , an arte , Quaesitom est. £go nec studium sine divite yenâ , Nec rude quid possit yîdeo ingenium ; alterîus sic Altéra poscit opem res , et conjurât amicè.
Horace, Poét. v. 407.
« On a demandé si un bon poème était l'ouvrage » de l'art ou de la nature. Pour moi , je ne vois » pas ce que l'étude peut faire d'excellent sans le » génie, ni le génie sans l'étude. L'un a besoin de » l'autre ; et leur succès dépend de leur bonne » intelligence. » Si l'on suivait le biais que prend Horace pour prononcer, par manière d'abcom* modement^ il serait aisé de dire tout d'un coup qu'en supposant deux génies égaux , l'un tourné au tragique et l'autre au comique , supposant encore une égalité parfaite dans l'un et l'autre art , l'un serait aussi facile , ou ^i l'on veut , aussi
Zq8 discours
difficile que l'autre : mais cela ne satisfait pas, comme dans la question d'Horace >qui est toute simple ; car ^personne ne peut douter que le talent et le travail ne conmbuent de concert aux bonnes choses ; suitout à la bonne poésie : mais s'il était question de mettre dans la balance le talent et l'étude, afin de prononcer lequel des deui doit plus mettre du sien pour former un bon ouvrage , le problème deviendrait plus curieux , et peutêtre seroit-il assez difficilement résolu. En effet , quoique la nature doive faire une gi*ande partie des frais en fait de vers^ nous ne voyons pointant de vers un peu durables, que ceux qui sont extrêmement corrects. Il y aurait même à parler en faveur de la correction. Eh! ignore-t-on que Virgile, avec moins de génie qu'Ovide, est pourtant plus précieux aux personnes qui ont le discernement fin ? Sans aller si loin , l'Horace de nos jours, ce Boileau qui produisait avec tant de peine, qui demandait à Molière où il trouvait sî aisément la rime , qui disait :
Si j'écris quatre mots, j'en effiioeraî troîs>
K'a-t-il pas acquis par ses vers limés et mille fois
SUR LA COMÉDIE CREGQUE. Sqq
r^missur l'enclume, la préféi"«nce sur ceux de ce même. Molière , si naturels d'ailleurs et sortis d'un génie si fécond? Horace pensait bien luimême ainsi , lui qui en donnant des leçons de de poésie aux écrivains de son siècle, leur dit nettement que Rome l'emporterait sur toutes les nations par le talent d'écrire, comme par les armes, si les poètes ne redoutaient la gène , le courage et le temps nécessaire pour limer leurs pièces. Tout poème lui paraissait répréhensible , s'il n'avait été remis dix fois sur le métier ; encore voulait-il qu'on le tînt neuf ans caché , comme l'enfant l'est neuf mois 4ans le sein de sa mère, afii^ de modérer l'impatience naturelle qui se jpint à l'amour-propre et à la paresse pour déguiser If» défauts ; tant il est véritable que la correc^tipn est la pierre de touche des écrits !
Oc> la questi^cm proposée revient à la comparaison que je viens de. faire entre le talent et la correction, puisqu'il s'agit d'une comparaison entre le plus ou le moins de difficulté à faire une tra<> gédie ou une comédie. C'est pourquoi , de même que la nature et l'étude pouvant concourir plus ou moins à faire un poëte, on doit balancer l'un
et Taùtre : de même si l'on yeut comparer les efforts de deux eq[>rits en àmxx gemres diffërens, il faut peser le talent de jttirt et d'autre du câté des auteurs > et le plus ou moins d'obstacles da côté des ouvrages;
Que les talens , soît le tragique, soit le comique, doivent être très-ditférens, il n'y a pas de difficulté. Il est pour toutes choses un tour d'esprit qu'on ne se donne point, pur d[on delà nature , don exquis en toute matière, él qui détermine ceux qui l'ont reçu , à suivre presque malgré eux un goût qui les maîtrise. '
Pascal sentit dès l'enfance qu'il était né géomètre , et Van-Dick qu'il était ne p^ntre. Quelque* fois à la vérité ce sentiment intérieur ne se découvre pas si nettement; mais il est rare de trouver des Corneilles qui ayent long-temps ignoré qu'ils fusseni; poètes. P. Gomalle après avcNur entrevu son talent, tâtonna long-temps pour savoir de xjud côté il le guidait. Il essaya d'abord ka comédie, dans un siècle où elle était si gros^ère eu Frafioe , qu'elle ne pouvait plaire aux hoimétes gens* Vk Va métamor{^osa du premier coup d'essai. Méitc plut si fort, étant parée de se^^ mains, qa'elle Scinda
SUR LA GOM^BIE GRECQUE. ^l
une nôivfelle espèce de comédie et de comëdiens. Ce sueoès qui enccmrageait G<»meille à poursuivre cette sorte de comique, qu^il avait imaginé le premier , ne lui laissait pas lieu de soupçonner qu'il dût enfanter un jour les chefs-d'œuvre tragiques que sa muse étala depuis avec tant d'éclat. Il soupçonnait encore moins que , quoique ses pièces comiques fussent extrêmement à la mode, faute de mieux , il dût paraître un autre génie ' formé par la comédie grecque «t latine, qui, en disant luimême de nouveaux progrès , ferait bi^^tât éclipser ce genre de comédie de mode à laquelle Corneille croyait dewir consacrer son talent comme à son idole. Il s'avisa enfin de produire le Cîd après Mé» dée, et par cet élan extraordinaire de son génie , il reconnut , qumque tard , que la nature^ ne lui avait marqué d'autre carrière à courir que celle des Sophocks. Heureux génie , qui sans imitation et sans règles , sut d'abord s'élever à un si haut vol ! Devenu aigle, pour ainsi parler, il n'abandonna plus la route qu'il s'était tracée au-dessus des esprits de son siècle. Il retint pourtant quelques vestiges du faux goût qui infectait toute la nation ;
' Molière.
4osi Diaoouiis
maU ^n cela iniéme il fut a(kmnil>le^ puû^^ vim à bout de le changer enkîèiiMnemy soit par les réflexion qu'il fit, aoit pa? celles ^Hl donna lieu de faite* £o un mot , Gcnmeille était ne pour la tfagédie, conme M<diÀfe pour la c&médie. A la vérité 9 cd«ii-ci connut plutôt 8oa talent ([ue ciatui^Uy et ne fut pas nMÎBt heoieux à seùm applaudir /quoique soMTcnt:
L'ignorance et Terreur j h ses naissantes pièces , £n habits de marquis ^ en robes de comtesses , yinsseal p«iir cKÉfimiep soa ehcf-d'oBurre ttowreM, Et aeconer la i^h Tciidroil h phift hemoL.
Mais sans avoir égard au temps où l*ttn et Tautre connut ce ^ont il était capable, supposons le ta* lent tragique et le talait comique aussi (^adx dans ces deux poëtes, qu^fe sont diflërens dans \eut nature ; il n'y aura plus* qu'à faire un parallèle des difficultés inégales de leur art, et une compensation de celles qui paraîtront bommunes.
Il semble : i* que le poète tragique a Tâvantagedu sujet, que n*a pas le comique ; car le premier tire son sujet dé l'histoire, et le second es(t contraint de le créer, comme nous l*ayons d^i dit , au moins pour la comédie noble ^% «fdbf ée.
SUR LA GOMUèptiS GRECQUE, 4o3
Or il û'cJst pas si aisé qu'on penserait bien, de trouver des sujeis coouiqnes capables de recevoir nae formé agréable et noùvdilè; au lieu cpie l'histoire est une source > sinon intarissable , du moins assez féconde, pour ïiepas laisser les talens à sec. Il est vrai que l'invention panrît avoir un plus grand champ que l'histoire. Les faits vérttables sont Umités à un nombre assez restreint. liCS faits qu'on a droit de feindre peuvent aller à l'infini; mais quand l'invràtion remporterait de ce côlé-lày eomptera^t^on pour rien la difllcuké d'inventer? Faire une ti*agédie^ c'est rassembler des matériaux et les mettre en œuvre conmie un habile ardbâieote ; mais faire une comédie, n'ést-cè point bâtir en l'ab comme le disait et le faisait Esope ? Vainement d^ailleurs vanterait-oii le champ de l'invention, oomme étant aussi étendu qtie cdui des souUaits. Tout est Ironie, et l'esprit de Fhomme l'est pour le moins autant que le reste. De plus^ il faut inventer , mais «onforménienlt à la natuté. Or les caractères bien marqués de la nature sont êux-mémes très-Bornés. Molière a saisi les prineipatix traits du ridicule. En choisira-t-on de moins forts? On courra risque
4o4 OiSGGlJA^
d'être froid. Quand une comédie compté , poui* s'animer j sur des personnages subalternes y elle hazarde extrêmement. Un tableau doit tirer tout son feu de son principal personnage^ et noii pas des groupes : de même une comédie , pour être bonne , se soutient plus par un caractère dominant, que par des rôles subalternes»
Les caractères tragiques au contraire sont sans nombre , non que les traits généraux n'en soient limités : dissimulation, jalousie, politique, ambition, soif de régner, autres intérêts de cœur; mais ces' passions se varient à Tinfini , et prenn^t mille fcMrmes différentes dans les diverses situations que fournit l'bistoire ; formes qui se rendront toujours nouvelles , tant qu'on faa des tragédies. Ainsi, le dissimulé, le jaloux Muhnàate, si heureusement peint par Racine , n'empêchera pas un poète de faire un Tibère jaloux et dissimulé. Le violent Achille laissera lieu au tableau du violent Alexandre , etc.
En est-il de même de l'avarice, de la sotte vanité , de l'hypocrisie et des autres vices pris du côté du ridicule? Non pas , à beaucoup près. Ou aura plutôt doublé et triplé toutes le$ tragédioff
^igiti.^ed by
de nos poètes célèbres , et remanié tous leurs sujets, comme on a -fait Sophonisbe et Œdipe y qu'on aura osé remettre sur la scène des comédies en cinq actes sur un avare , un bourgeois-gentilhomme, un tartuffe, et les autres sujets trop connus. Quoi donc ! ces. vices populaii*es seraient-ils moins propres à se diversifier, quelespassions et les vices héroïques , si j'ose user de ce terme? Les uns changent-ils plus queles autres, suivantles conjonctures? Non , certes ; mais étant répétés dans les comédies , ils seraient moins marqués ^ moins précis, moins vifs, et par conséquent moins applaudis. Le ridicule et le plaisant veulent être plus frappés que l'héroïque et le passionné, qui se soutiennent assez par eux-mêmes. De plus, quand .ces deux choses si dissemblables pourraient également se varier Qt se soutenir , ce qui n'est pas , la comédie, sur le pied qu'elle est aujourd'hui, subsiste par les caractères et par les incîdens. Or , il n'y a que les incidens qui diversifient les caractères, soit sur le théâtre du monde, soit sur le théâtre comique. La comédie au point où l'a portée Molière , ressemble aux portraits qu'a tracés le ce-lèbre la Bruyère. Oserait-on les refaire après lui ,
4o6 DISCOURS
sans s'exposer au sort de ceux qui ont osé les conii* nuer? Qu'ajouter, par exemple , à son Distraite Le mettra-t-on en d'autres circonstances? Ce seront toujours les mêmes traits de distraction ; et ilo'ja que ces traits saillans qui soient propres à la comédie y dont le but est de peindre d'après nature^ mais vivement et fortenient, comme Callotdsffis ses dessins. Si la comédie était encore parmi nous y comme elle l'est chez les Espagnols , une esr pèce de roman composé de bes^ucoup d'incidras et d'intrigues, qui se brouillent et se d^ouent avec surprise ; si elle était telle à peu près que celle que suivit Corneille de son I0inpi$ ; si même elle s'était toujours bornée à ne peindre , comMoe celle de Térence , que les portraits communs qà'o&e\ak simple nature, des pèree^, des fils, des livaux^, malgré l'uniformité qui y régnerait toujours, ainsi que dans les six comédies de Téreaee , et apparemment dans celles de Ménandre, qu'A iniita en ses quatre premi^^ pièces , on se sauverait du moins ou par la variété des inddeiis et des intrigues à l'e^gnole, ou par la répéùûwii des mêmes caractères de la nature, h la £^ç<^i de Térence ; mais ce n'est plus aujourcl'hviî cela : on
smw LA eoHétMB GRECQUE. ^oy
iF6ut des pwlnits noureaux et rien datttntage»* Ln multiplicité des inwkoa eH le pënUble efibrt d'une intrigue ne sont {dus un asile permis h la faibles^ des talens > qui s'en aeeemmoderaient beaucoup BÙeiix y ni au goût de la oamëdie qui yeut un air moins enduirrassé- libre et aisée dans ses manières ^ elle ne seuffire rien de rômanesi|ue« Elle laisse tout 0et' attirail aux Now^elhs ou petits romans ({ui oot amusé le sièete passée EUe ne souffre f|ue dfts ma^ues resseraUans qui se succèdent t(9W à l#ur sdnÉ géoe,^ et prescpie sans apparence d'apprêt* IUoî|ieaiéme ^ sur les pss des Gpecs , ne WRis a«Hl pas instruits à denn^r cet air simple 0i peuai^rété à la tiédie? N'aH>-il pas tâidbké de la ddHarrasser de ce graoïd nembre d'iaieidens^ qpi font une étude d'un divertissement poUy les^ gg»fi^ja^j^iià^^ et qui marqUao^t mioiil» de fécondité qf^ pea de gf»4tdana les pctilea? M^is ^umqull 1^
^t, p(u feun» et 91e rottfasKf pour la Mm|4ifi^^ elàt wara torujovnrs sur 1» comédie Favanta^^ àxi minabre des sujetb y fprae ^'elle est plus suaœp^ tânle desîtuations^ etd^événemens que la comédie; Or 9 tes ^^èmmem et lé» ditusMÀcms vat«Mt ks carsiet^es et les rendent Wouteat». tJn avare pris
Digiti
4o8 mscouAS
d'après aature> sera tMijoacsTavarede Plante oa de Molîèfe : mais uu Néron op un prince talque lui, nesera pas toujours le Nërosi de RaeineJLepea d'intrifue que souffre la oomëdie , ue changera pas ass^ l'un pour en £iire un nouveau portrait; eiks grands prc^eis de 4a tragédie <^iai^(»aient anez l'autre pour en faire un caractère tout neuf.
2'' Mais, outre lessujeto, ^n'y a-t-il pas encore b^ucoup à dire sur le biH de l'un et de l'autire spectacle? L'un vcuttoucJier, l'autre réjouir , et lequel des deux est le plusaké?, A bien péndtr^ ces deux fins y toueher , c'est frapper les ressorts du coeur qui sont les plus naturels , la crainte et et la pitié \ réjouir , c'est porter à rire ; chose trèsnaturelle à la vérité y mais plus dâicate. L'bonriéte homme et le paysan^ ont le cœur sensible et humain : il n'y a que le plus ou le mmns; mais ibsont hommes enfin, et leur cœur est mù par les mêmes toud^. Ik aiment aussi à sortir d'euxmêmes y à s'épanouir .et s'égayei* : mak les ressorts qu'il £atut toucher pour cdbi , -ne sont pas fes mêmes dans le paysan et.dans l'honnête homn^. Les passions ne dépendent que de l'humanité;. le rire dépend de l'éducation. Le paysan rira d'une
SUR LA GQIIBOIE GK£GQUE« 4<^
équivoque^o^i^e, et l'hoisuoéte bomme ûe se dé* ri^çraque pour un trait déBcau Les sp^taieurs , pour pep, qu i]s ayeutde coonaîasauc^^ sont fo^esque tous réduits au m^e niveau pour le tragique ; mais, ils font trois classes au nix)ins quant au^copiique , le peuple , les savans^et la cour. Si tout le mcmde est peuple, en certaines daoses, il ne Test guères en ce genre. Quoi qu'en dise Iç P. Rapin., on admire jJiusvolontiws encore qu'cm ne rit. Tout homme qui a le sentiment un peu fin , rit aussi peu que le sage admire peu; car il ne faut compter pour rien des i^is qui ne sont rien moins que naturels, et qu'on accorde à la complaisance, au respect, àTintérét, àlaflatterie, à la bonne humeiM", tels que ceux qui écbappçnt fiux prétendus bons mots qui se disent, dans les compagnies. Ceux du théâtre sont d'un autre aloi. Tout spectateur ou tout lecteur se fait juge d'un bon mot ^ et ne le mesure qu'à sa condition ou à sa portée. Or^ la portée et la condition de chaque homme mettent une grande différence dans les chosQs capables de le rq^ouir. Si donc on regar^ le bjat du poëte, sojt tragique\, soit go^ mique^ cel^-ci dpit être bien plus embarrasse
é^lO DISOÔHM
que celuifJày sans pi^ûdUoe des diflloultÀ oommniMS el inséparables de leur art^ qui consiste à toofiker eu à r^ouir le grand nombre^ Le pitnoter n'a guère qu'à se «plier sur lui^-naêine, povr j puiser dans son eœur des sentimefis qu'il en assuré de faire entrer dans toui les eeeui^, s'il les a trouvés dans le«ien. Le seec^ doit se muhiplier et se repitNluire presqu'en autant de persomies, qu'il en veut avoir à eontenter et à divenir.
Dira-t-on que les talens étant supposés é^axa, et le succès dépendant du seul ulent , h chose est également facile ou difficile des deux cotés pour les auteurs? L*objeclion est frivole; car h question reviendra au méme^ qui sera de savoir le qad. des deux talens est préférable cl le plus tare. Si Ton procédait par voie d'exemples et non de faisonnemens, la question serait^ ce me semble, décidée à l'avantage du comique.
Dîra-t-on qu'à prendre la chose du côté de Vart, il faut bien plus de méditations profondes pour construire un plan juste et simple, pour amener d'heureuses surprises , sans qu'3 y paraisse d'artîtice^ pour conduire habilement une passion fax degrés jusqu'il son comble^ potir arriver* toujorn*
SUR LA COJiUÊDIB £;RBCQUE« 4^^
à la fia y CA la reicu^am V^ujpurs^ coi^ime |f]^aquf qui fuyait devant Ulysse , pour lier les seèjies ei Jes actes 9 pour élever enfin par im progrès insensible, un édifipe frappant dont 1^ moindre mérite soit d'avoir toutes sespropoqptiops? A-joulera-t-on que cet art est i^finimeAt inférieur dans la comédie „ où iou§ le^ personnages peuvent sV mener sans beaucoup d'adresse et d'effort^ dont la conduite toute unie peut s'envisager d'un seul covip-d'œil, dont le pl^n même el;,.la constriit^tion font beaucoup moins le prix , qu'un vçirni^ de plaisant répandu ^fns cbaque jsc^ne , qui est plus spu^ vent le fruit d^un heures naturel quç df la méditation ?
Mais , outre qut ces objections ne sont pas sans réplique, Bon plus quSme mfinîté d^autre^quW pmit fotmer sur un sujet si ab^mdtmt, sHl s'agisfsait de juger par Timpression que fo^it la tragédie ^ la comédie supposées égaleiqent bonnes , on trouverait pent*^re dans l^amen d« oette im^ pression y que le sel d'tin bon mot qui r^ouit tom le ^onAe, a àA eoûter plus de réfteadons que tel qui ,wra plù «KtvéneBftent dans une tragédie : et V(m penchera d'#\ttàii^ pl^ de e^ qôté-là , qu'on
4l2 DISCOURS
feia plus d^attention qu'une veine heureuse en fait de tragique coûte souvent moins à ouvrir et à laisser couler ^ qu'un mot bien placé dans Je comique ne coûte à placer ainsi. Surtout en jugera-t-on de cette manière ^ quand on voudn sentir le prix d'un mot, mb à sa place , et la différence d'un tel mot en toutes sortes d'écrits , d'avec le pur bon sens et l'imagination même la plus ornée qui souvent fait illusion.
Cest trop m'arréter sur une digression pareille; et comme il ne m'appartient pas de décider, j'abandonne volontiers et le problème et mes raisons au goût particulier des lecteurs, gui en trouveront de meilleures pour ou contre. Je m'ai {H%tendu qu'exposer sur la comédie , cemme ouvrage . d'esprit , tout ee qu'un homme àe leuies peut raisonnablement en dire sans sOTtir.de son état, et sans approuver en aucuaer sorte l'abi» qu'on &it.pi>e8que toujours d'un spectacle^ qui dans mm essence, pourrait être innocent , et qui cesse de l'^re^ dès que la lâaligiiilé humaine s'en mêle. C'est en faveur d^ lettres et non des spectacles que j'écris. Les uns sont peut-être trop fréquentés ^ et les autres trop négligées. Cependant
c'est aux lettres grecques et latines que nous devons ce goût si précieux 9 que l'on perdra insensiblement par la négligence que Ton afiecte aujourd'hui de remonter aux sources. Si la raison a beaucoup gagné , ne peut-on pas dire que le goût a iin peu perdu ?
Mais poui' revenir à Aristophane, tant de grands hommes de l'antiquité et des siècles consécutifs jusqu'à nous, en ont fait cas, qu'il n^est pas naturel de juger qu'il soit méprisable ^ malgré ïes défauts essentiels qu'on lui reproche à si juste titre. Il suffit de dire que Platon et Cicéron Font estimé ; et pour finir par le trait qui lui est le plus glorieux , sans toutefois le justifier , le grand S. Chrysostôme n'a-t-il pas nourri son éloquence si vive et si ferme , de Tatticisme vif et mâle de ce mordant comique, qu'il estimait au point de faire à son égard ce que faisait Alexandre d'Homère, dont il mettait les œuvres sous son chevet , pour les retrouver le soir avant le somT xneil et le matin au réveil? Passons h la révision des comédies d'Aristophane-
DE FLUSiSURS FOINT9
J. Le plan du P. Brumoy , comme il nous éri prévient lui-même ( pag. 328, art. i.) «exi- M geait qu'il ébauchât au moins le caractère du w comique des Grecs, et qu'il allât un peu plus » loin que les savans auteurs qui nous ont donné » en français quelques pièces séparées d^Aristo- » phane. » Le plan qu'on s'est proposé pour cette nouvelle édition du Théâtre des Grecs, exige qu'on fasse encore un pas de plus , et que l'on donne la traduètion entière des pièces qui nous restent du comique par excellence : car c'est ainsi que toute l'antiquité se plaît à désigner Aristophane.
Les difficultés qui avaient mis le P. Rrumoy dans le cas de « balancer long-temps s'il tou- » cherait l'article de la comédie des Grèves » > ^^ sont pas aussi multipliées qu'elles l'étaient avant
DU DI80QlXftS PliiGfepNT. 4^9
que ^ par se$ veilles et sa critique , il eûi pwté la lumière dsms Tenfattoe d'un art doiit W modélies soat d'autant pliis )préci«ux^ <|u'ils sont jil«ia vareis. Depuis cet heureux enat > ks «avans tra- 'yaux de Mé Brum^ sur Aristopbauemitr^dvi^ <lans tout êom éolat, à la république dea lettres y le plus in^nieux écriTain de toute l'antiquité et fe plus parfait module de dex altidsme si vanté. Lca Mémoires] de VAcad^ de^ Inscriptions et B^Ues-- Lettres , offrent ea outre quantité d'endroits d'Aristophane expliqués et d^velopp^ d'u«e manière digne de ce poète. Enfin ^^ les notes manuscrites de Ta^aneguy le Fèvre < sctot encore une nouvelle aoureede lum^res^ où l'on, peul puiser aveoat^ tant d'utilité qt^ de confiance. Ces noiea, dont le P. Bfomoy n'a pas eu connaissance, m'ont été
^ M. VukM Sdfticf (ton* IX de V Histoire de PJùadéme tkê Inscripùans fi Belles-Lettres ^ pag. 64 ) parle de ce manu^ritcle Tanneguy le Ferre, qui se troure à la Bibliothèque du Roi» parmi les manuscrist gtecs, sous le n® 2713. M. Brunck a eu casBliis'MEAca de oe/maétiéeril ef \é éite frëqtiemÉieitt. Lef m^ .riante» qui'Sl préieate «o^ pséeleuset 0t méritât d'Ilre codsiiliées. Outre sept comédies d'Aristophane, sept tragédies de Sophocle et sÎK d'£»ripide » il eontient un fragment de la yie de S. Saba. Ce manuscrit parait être du treizième siècle.
CooqIc
^l6 l^âVBLOPPSMBIHr
communiquées par M. Bejot, «enseur royal, de rAcadéniie des Inscriptiom et Belles-Lettres, et garde des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Cette nouvelle édition du Théâtre des Gncs doit beaucoup à ce savant littérateur qui, par sa disposition toujours active à se pi'éter aux recherches des gens de lettres y donne un nouveau prix au riche dépÂt qui lui est confié.
On ose croire qu'avec de pareils secours, il n'est pas entièrement impossible de vaincre en partie les obstacles qui ont contraint le P. Bnimoy à se renfermer dans de simples extraits : et on est surtout encouragé à se charger de cette difficile entreprise , parce qu'on est très-persnadé^ avecM. h Beau 'y^que l'onsert utilement la littérature , en travaillant à recueillir et à retrouver les traits que le temps a effacés dans les portraits des Athéniens , tracés par Aristoi^ane. Il y a sans doute une infinité de rapports, d'allusiOns fines , de bons mots que nous ne saisirons pas et qui nous échapperont : mais peut-on au moins espérer de âûre revivre le fond du caractère des originàTO.,
' Mém, de Liti. de PJcad. des Inscript. et Belles-LeUres, p. 3o, tom. XXX.
DU DISCOURS PRÉCipBNT. I^IJ
quelques traits même saillans/ et la manière du peintre, au coloris près; parce qu'après tout, les comédies d'Aristophane ne sont que l'histoire politique, civile et morale de son temps, naise en action avec toute la chaleur de l'imagination la plus riche et la plus féconde : or, cette histoire nous est décrite par hién des plumes différentes : l'interprète d'Aristophane a. donc beaucoup plus de secoius qu'on ne pourrait se l'imaginer.
J'ajouterai enfin que « les mots licencieux » qu'Aristophane prodigue à la populace pour » en tirer des risées coupables », sont un nouveau motif de le traduira ; car « en cela, observe » M. Boivin % les traductions peuvent avoir un M grand avantage sur l'original, soit en retran- » chant ces endroits, soit en les réformant. »
II. Le P. Brumoy nous semble avoir trèsbien établi l'origine de la comédie. Il ne doute nullement « qu'elle ne soit postérieure à la tra- » gédie : et comme celle-ci est uniquement l'ou- » vrage d'Eschyle » ; celle-là , suivant ce littérateur, doit w passer pour en être une suite et une » imitation à beaucoup d'égards. »
' Préface sur U$ Oiseaux*
Mais on peut encore porter plus de jour s\A la naissance de ces deux arts ; et pour ne point nous- exposer à des écarts dans un chemin aussi épineux , nous prendrons pour guide inséparable, ce profond philosophe à qui un coup-d œil sûr et un tact fin donnaient le discernement nécessaire pour suivre les progrès de la nature et des arts , pour les apprécier et les reconnaître dans toutes les formes sous lesquelles ils se reproduisent et se multiplient. Rien en effet de plus lumineux et de plus satisfaisant que tout ce qui se lit dans Shaftesbury sur l'origine de la poésie, de la rhétorique et de là musique ^
« Il est aisé d'imaginer , observe avec raison cet illustre écrivain , que le merveilleux et Tenflure , ou ce que nous appelons ordinairement le suWtme, a été la manière la plus aisée à saisir et la plus familière , quand on a commencé à communiquer , par écrit ou de vive voix , quelques idées suivies. L'admiration est de tous lessentimens celui auquel l'homme ignorant et sans expérience se livre le plus volontiers. Voyez les enfans : le moyen otdi-
' Characteristicks of men manners , opinions , etc > 17 49»^ ^* part. II , sect. II , p. i63 et suiv.
DO DISCOURS PRÉCÉIMENT, 4^9
naire de leur plaire est d'exciier ce senliment en eux , et de leur en fournir Tocoàsion^ en les surprenant par des jeux qui les frappent d'une manière ou d'une autre. Les sori^ de.l# i3(iu$ique recherchée d'un sauvage , saisissen^t d'étonnement et d'efiroi ; l'Indien n'aime à voir que des figures étranges , des couleurs variées , bi^rr^ et tianchantes , en un mçt , tout ce qiû iait passer de la surprise à une espèce de saisissetnent et d'horreur. . -
Ce merveilleux ou ce sublime , considéré dans la poésie et dans la prose châtiée , ri&ulte de la va* riété des figures > de la innhiplicité -des métaphores , de l'empdoi d'un «tyle relevé au-d^sus du langage ordinaire , au mépris de la vérité et du naturel dans l'expression. Telle a été, suivant le prince des critiques S la ïnanièré des anciens poêles qui florissaient avant Homère. Ce pè¥e de la poésie rappela le yrai genre > sut faii*e un sage emploi du style figuré et métaphorique , et s'attacha au style simple et naturel , ne cherchant qu'à donner à ses productions ce sceau invariable
- ' Aiistotel. de Poeu'c» cap.aa, et de Rkupr^kyÙh' 1 1 1 yc. i .
l.ii
/^O I>ÉyELOPPEMENT
du beau qui consiste dans Tunité du dessein , dan^ la vëritë des caractères , et dans une parfaiite imitation de la nature.
C'est-là le modèle que tous les poètes y chacim dans son genre , et particulièrement les poêles dramatiques , se sont efforces d'imiter. La tragédie surtout mardie sur ces traces , piquée d'une noble émulation ; elle y recueille ses traits les plus grands et les plus sublimes ; elle avance à pas de géant , et laisse la comédie loin derrière eUe.
On pouvait aisément conjecturer cette différence de succès , à en juger par le goût de Tune et de l'autre : la première fH*enait le genre le plus facile et où eUe était assurée d'arrivei* plus pnomptement à la perfection. Ce même prince des critiques nous l'enseigne d'une manière pos'iùve; et l'on doit remarquer , avec la plus singulière attention 9 ce que ce grand génie et ce juge exqins nous dit de la tragédie : Quelque idée, suivant cet excellent maître , qu'on se fasse du dernier degré de perfection , propre à la tragédie , jamais on ne la verra s'élever dans la pratique au-deU du point où elle était déjà parvenue de son temps : elle a 9 dit-il , atteint son but;. et , selon toute àp-
parence^ elle est achevée en elle-même. Il en est bien autrement de la comédie : car y comme il 1^ déclare ouvertement, elle était encoi*e imparfaite, malgré les productions ingénieuses d'un Aristo^ phane et de plusieurs autres poètes du premier âge de la comédie, qui amusaient Athènes un siècle avant notre critique^. Elle brillait à la vérité par la richesse de son style, et par une heureuse fécondité qui variait les situations et les rendait plus pilantes; mais elle n'avait ni' la; vérité des caractères, ni la beauté de Fordre, ni cette simple imitation de la nature qui lui était presque entièrement inconnue , cat qu'elle n^ligeait pour s'abandonner plus librement à la fougue d'une imagination déréglée. Elle n'avait point encore reçu les formes agréables que lui donna un Ménandre , qui parut bientôt après pour accomplir l'espèce de prophétie de notre précieux guide *en fait d arts et de notre cojasonuné philosophe*
Jusqu'àcette époque , la comédie s'était bornée h foire quelques pas de plus que les anciennes parodies; elle s'attachait à ridiculiser utilement la bouffissure des jeunes poètes , toujours disposés à tomber dans ce défaut. Les bons u^agiques eux-
42a DÉVBXOPPBMBflT
mémat avaient delà jieiue à se metu*e à Fabri de k censure des comiques, qui uouvaieni paiement toujcmi^ de quoi critiquer dans le style ampoule des orateurs. Tout ce qui cherchait à en imposer par un prétendu sublime , était soumis à répreuve de cette pierre de toudie* La comédie prononçait encore avec la plus grande liberté sur les mœurs et les caractères , aussi bien quç sur le style et sur les expressions. Il n*y avait rien de plus propre qqe^ cette liberté pour renouvder la face des choses , bannir à jamais cette bouffissure qui se croyait modelée d'après le ton et le style pompeux des tragiques.
Successît verus his comaedia*.
Or, ce n'était pas le hasard qui àéierminaàt ainsi l'époque de la naissance de. chacun de ces
* Horat. Jrt. Poét. v. oSi et seq. Lanote da Philologue an-.
glai» sur cet endroit, me'rite d'être prësentëe ici en en^et. «The
immédiate , preceding verses of Horace aftter his ha^iog spoLen
of the first tragedy under Thespis , are :
Post hune persone paUaeque rcpertor honest»
^schylus , et modicis instravit pulpita tignis ,. * Et docuit magnumque loqui , nitique cothorno.
Before tiie lime of Thespis ^ tragedy endeed was said to be , as
BU DISCOURS F RECÈDENT. 4^5
deux arts dans la Grèoe : mais l'état des choses y l'endit cet ordre nécessaire. En effets dans les corps bien constitués la nature dicte d'ellcsméme les soins et les précautions propres à étouflfer le progrès des germes vicieux qui se développent avec ceux du tempérament. Les Grecs y ce peuple libre, n'ont donc pu voir leur constitution se fortifier, et leurs facultés intellectuelles se manifester et se perfectionner avec les lettres et les arts , sans trouver en eux -> mêmes une certaine vigueur de tempérament, qui, aidée du concours et du combat continuel des principes, exigeait qu'on fût continuellement occupé à réprimer l'efiet des humeurs trop abondantes ou peocantes, suivant le terme favori des médecins. Ainsi le ton trop plein et trop nourri du haut style eut besoin d'être tempéré par quelque spécifique d'une nature opposée. Le comique fut le caustique employé jpour arrêter la redondance
Horace calls it hère ( in a concise way ) ignotum genus. It lay in a kind of chaos intermiz'd with other kinds , and hardly dâstiu' goishahle hy its gravity and pomp from the humours whîch gave rise afterwards to cpmedy. But in a strict historical sensé , as we find Plato speaking in his Minos , tragedy was of antienter date , and evea of the yery antientest with tbe Atlienians.
424 DÉVBIOFPBIIBVT
et rejcoroittaoïtt » pour auMÎ dire ^ du style ampoulé; mais le remède lui-même fit bientôt appréhender sa présence ; de même qot Vart des médecins piroduit souvent les phis grands ranges, quand le coi|to n'a plus d1iumeuv$ à offrir à la faculté cx)rrosiT6 dé leurs médecines :
-» In T itivm libertés exoidit , et vim Dîgaam kge régi.
Voilà comme Shafiesbury établit Tordre deli naissance de Melpomène et de Tbalie. C'est après avoir étudié leur caractère, leur tempécameat et leur constitution j qu'il parvient à pnNtyer ainsi que 1^ droit d'aînesse appartient à ht première.
Considérons maintenant le goût qu eWes montrèrent l'une et l'autre dès leur Berceau , et les modes qu'elles adoptèrent , et nous ne pourrons plus douter que les manières de Thalie ne soient toutes calquées sur celles de MelpoBièiMi > et qte celle-ci toe lui soit antérieure.
C'est ce que M. Vatry a démontré par le rapprochement qu'il a fait de k ta-agédie et de la
DU lOSCaDAS PRÉGiËD£«T. ^2^
vieille cxusacUe >• Je vais donner^ dans Fartiole, suivant 9 l'extrait de aea réOeftiôiia. C^ y y^ra de quelle mamère se f<»rma la vieille com^ie y dt quel fut le but des poëteaqui h cnltivér^ut.
III. Uu graïkl nombre d*exeellens poètes, surtout Eschyle , Sophocle et Euripide , ayant déployé leur g4nie pour e^dter Tadmiration y la terreur et la pitië ; d'autres poètes, dont le génie éiaii porte à la plaisantme et à la satyre , s*employÀreiit à &ire rire les spectateurs, à avilir et à rendre méprisables et ridicules tous ceux qu'il leur plut d'attawjuer.
Les poètes tragiques empruntaient ordinairement leurs sujets plutât de la fable que de ITiistoîrê : ils y trouvaient un merveilleux propre à relever et à aggrandir les objets.
Les poètes de la vieille comédie ne prirent point leurs sujets dans la vie ordinaire des hommes ; ils voulurent surprendre leurs spectateurs par la nouveauté et par la bizarrerie de leurs fictions; ils se firent un mérite de tirer des fonds les plus frivoles en apparence , de quoi charmer et ins-
* JMi. d^ l'Âcùd, (ks Irtserip, «c |Mb»«^fr. t. XXI, p. tf^
426 DÉVBLOPPBMBNT
troii'e même leurs concitoyens et surpasser leurs rivaux ; telles sont les Nuées ^ les Chevaliers ^ les Grenouilles^ les Guêpes ,. etc. d'Aristof^ne.
Lepoëte après avoir ainsi choisi le sujet le plu5 bizarre et le plus extravagant ^'il pouvait imaginer, formait son plan sur celui des plu^ belles tragédies, en empruntait ^toutes les parties, et en suivait toutes les règles. Il s'astreignait aux trob imités d'action, de lieu et de temps, et faisait sur le même modèle l'expo^ tion de son sujets son nœud et. son. dénouement. Il partageait sa pièce en scènes et en intermèdes; il employait le vers ïambe , et faisait usage de toutes les autres espèces de vers que les tragicpies avaient sidoptés: ej; pour mieux réussir à rendre ceux-ci ridicules , il donnait souvent à ses vers la pompe ei\a ma- ,gnificence des vei'S des tragédies , qu'il parodiait continuellement, employant les expressions les plus sublimes et les plus majestueuses , pour dire les choses les plus basses et les plus bouffonnes.
Les chœurs n'étaient pas moins nécessaires à la vieille comédie qu'à la tragédie. 1° Ils servaient à varier le spectacle. La vieille comédie n'était point jt^ulièremeijit partagée en ciixq actes ^ seulement
Taction était entre-coupée de temps en temps par le chœur» 2'*. Le chœur des comédies n'était inférieur en rien à celui des tragédies;, ils avaient l'un et l'autre et chants et danses ; les hahits , les décorations^ les machines que le chœur occasionnait dans les comédies, ornaient beaucoup la scène , et contrastaient quelquefois par leur éclat et par leur magnificence, d'autrefois par leur burlesque , avec la pompe des tragédies, 3** Le poète comique ne le cède dans seschœurs au poète tragique, ni par la beauté, ni par la sublimité des pensées , ni par la force des expressions. 4"* C'était dans l'invention des personnages du chœur que comistait principalement la malignité du poète comique, et c'était pour lui une source abondante de ridicule. Les Nuées y par exemple , sont un emblème ingénieux des vaines spécula* lions des philosophes. Les acteurs du chœur aidaient encore par leur jeu, à rendre le spectacle et plus réjouissant et plus satyrique. Ainsi , comme Yon voit , le chœur était^ pour ainsi dire , l'âme et la principale partie de la vieille comédie.
La vieille comédie > ainsi que la tragédie, mettait sut le théâtre trois sortes de personnages , sa-
^28 DÉYELOFPBMBNT
voir y des hommes ^ des dieux et des êtres imagi'» naires.
Les hommes étaient les premiers et les plus distingua d'entre les citoyens : et comme elle ne les mettait sur la scène que pour les tourner eu ridicule ouïes rendre odieux^ elle donnais beaucoup dans l'exagëration. Les caractères peints par Aristophane peuvent fort bien être comparés à ces pdrtraits que les peintres aj^Uent des charges, dont le but est d'attraper la ressemblance ; mais en augmentant et en chargeant beaucoup les défauts de Toiriginal. Tout défigui'é que soit Socrate dans les Nuées , on le reconnaît pour le même Socrate qui parle dans Platon ; c'est son tour d'esprit , ^'est sa manière de raisonner et de converser. C'est ce qui a fait dire à ArisU>te que \e propre de la comédie était de peindre les hommes pires qu'ils ne sont.
Les poètes tragiques introduisaient souvent des dieux dans leurs pièces, et ils les faisaient parler avec la majesté qui leur convenait. La yieille comédie met également les dieux en scène , maôsîl n'y sont pas plus épargnés que les honunes.
Les tragiques Grecs introduisirent enfin des
DU DISCOURS PRÉGÉDEl^T. 4-29
tStres allégoriques, la rage, la mort, la force, la violence, etc. Les poètes comiques firent aussi des personnages de tout ce qui leur vint dans. Tesprit, de la guerre, du tumulte, de k paix, eic* Les poètes tragiques font des allusions continuelles aux affaires publiques , les comiques s'ingéraient dans les matières du gouvernement bien plus avant encore , et bien plus à découvert que les tragiques.
Le peuple, d'Athènes était grand amateur de harangues : leurs tragiques en ont rempU leurs pièces : les vieux poètes comiques en inseraient aussi dans leurs comédies, et les oriiaient, ainsi que les tragiques , de maximes de politique et de morale.
On faisait de grandes dépenses pour les représentations des tragédies^ en décorations, en machines et en habits. La vieille comédie prétendait égaler la tragédie par tous ces moyens, et souvent la travestir et la rendre ridicule. » C'est ainsi que M. l'abbé Vatry parvient à nous tracer le caractère de la vieille comédie. On voit aisément qu'elle suit pas à pas la tragédie , et qu'elle en emprunte les formes dont elle se pare : et même
43o DÉVELOPPEMENT
tous les traits de sa figure conserveraient la plus exacte ressemblance avec son aînée, si la nouvelle venue , oubliant sa noble origine , ne se défigurait en se prostituant au ton des parades et des grimaces, deTinjure et de la satyre,
La comédie qui fut appelée moyenne , çt sur laquelle le V* Brumoy s'étend trcs-peu , mérite qu'on s'arrête à détailler son caractère particulier, et les nuances qui la différencient de la vieille et de la nouvelle comédie. Nous avons sur cette matière, un excellent mémoire de M. le Beau le cadet '. Voici les principaux points qu'il y établit*
Le premier âge de la comédie, dont le commencement est fort incertain , se termine à Ja fin de la guerre du Péloponnèse. Le second âge s'éteuà jusqu'au temps d'Alexandre, et vit naître et finir la comédie moyenne. Enfin, le troisième commença avec la gloire de ce conquérant , et domia cours à la comédie nouvelle , la seule qui ait été imitée par les Romains et par les modernes.
Le premier cbangcment assigné à la comédie moyenne , d'après les observations du ^rammai-
' Mem, de Littéral, t. X^X , p, 5i et suiv» '
DU DISCOURS PRÉCÉDENT. ^5l
rien Platonius , consistait dans la défense de censurer nommément , et on donna action en justice à quiconque serait insulté par les poètes. « Jus* » qu'alors la licence avait été si grande sur ce » point , qu'on donnait à l'acteur le nom du par- » ticulier qu'on voulait jouer , et le masque resw semblait si parfaitement à l'original , qu'on re- » connaissait au premier coup-d'œil celui à qui » le poëte en voulait ; cette façon s'appelait «»?•- » ^wri^êiç x0fitê^67p. Qîiand les Macédoniens firent » trembler la Grèce , le scrapule alla si loin que , » dans la crainte de ressembler à quelqu'un des » vainqueurs, on donna à tous les acteurs ces » masques bizarres , dont on voit les. dessins sur M les anciens monumens et dans les anciens man liuscrits. de Térence. Ce n'est pas à dire qu'a- ^> vaut la comédie moyenne , il n'y ait eu des » masques difformes et bizarrement inventés : » mais aucun ne fut ressemblant, et tous furent » bizarres et ridicules* »
La loi contre les personnalités fut portée par Antimachus , poëtc contemporain d'Aristophane. Celui-ci n'épargna point son confrère , qui était très-riche , et qui paya fort mal les acteurs dans
432 DÉVELOPPEMERT
un chœur dont il faisait les frais ( Ârbioph. Schol. in vers. 1 1^9 ex Acham. ) Cet Antimachus ne put avoir raison de l'insulte d'Aristophane tant que la république fut libre : mais àè& que les tyrans eurent formé un tribunal , comme ils avaient lieu de craindre pour eux-mêmes, ils autorisèrent volontiers la loi d' Andniachus.
Platonius dit , en second lieu, qu'on cessa de donner des chœurs , parce que les Athéniens ne jugèrent plus à propos de choisir des particuliers pour fournir à la dépense : ainsi ^ ajoute-t-il^ Aristophane donna UEolosicon y qui n'a point de chœurs de musique : •i» ï;^u r« z^f^»* f^i. Ces dernières expressions sont remarquables , et prouvent évidemment que le changement arrivé dans les chœurs de la moyenne comédie , ne regarde absolument que la musique afiectée à ces chœui-s* Il n'y avait que cette musique qui pouvait occasionner cette dépense^ à laquelle personne ne voulait plus se prêter. De plus, on voit que ce n'est pas la licence qu'on voulait réformer dans les chœurs, mais seulement la dépense occasionnée par la musique. Le choeur continua donc dans la comédie moyenne : il ne chanta plus de
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morceaux satyriques^ tels qù^ la Parabase et les Épirrhèmes rmais il s'entretint avec les acteurs , conune dans la tragédie. Il était une partie essentielle dans la constitution de la comédie, telle qu'elle ^tait alors ; l'action du poème dramatique étant presque toujours publique, elle intéressait un très-grand nombre de gens, et quelquefois l'Etat entier. Il était donc indispensable de com^ poser un chœur , qui représentât les personnes intéressées.
Ce chœur servait donc uniquement ^ fonder la vraisemblance de l'action , et à mettre plus d'intérêt dans la pièce ; il ne restait jamais seul sur le théâtre , comme dans la vieille comédie , et il s'entretenait toujours avec quelque personnage de la pièce. /
Dans la moyenne comédie , le sujet des pièces fut aussi circonscrit. Il se bornait à la critique des ouvrages des autres poètes ; c'est ♦ce qu'on apprend encore de Platonius. Dans la vieille comédie , les sujets étaient réels ; les poètes ne s'attachaient pas imiquennait aux ridicules ; ils dévoiiaient les vices mêmes sans ménagenient , et sou^ vent ils donnaient à la vertu les couleurs du vice. 'XI 28
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En6n , la coinédie moyenne éprouva du changement dans ses masques* Platonius observe que dans la moyenne et dans la nouvelle comédie, on fit les masques, exprès pour rendre les personnages plus risibles. Cependant ces masques dam la •moyenne comédie , ne furent pas reconnaissables comme dans la vieille comédie , puisqu'il fut défendu de prendre la ressemblance des personnes ; mais ils ne furent pas non plus aussi bisarres que dans la nouvelle, puisque la raison qui occasionna cette bisarrerie n'eustait point aussi : car ce fut , comme nous venons de l'observer , d'après Platonius, la crainte de ressembler à quelque Macédonien , qui fit imaginer des figures si extraordinaires.
On voit par cet exposé , le vrai goût delà ^e\V\e et de la moyenne comédie : d^ns la première, un titre simple, d'où naissent des merveilles bisarres; des «caractères un peu trop naturels, quelquefois même grossiers; des chœtirs bardis et pour l'invention et pour l'eiéci^tion ; une satyre continuelle des dieux , des honunes el du i;ouyernem^t ; un plan aussi étendu cpi'il peut rétre pour atteindre ce but i une imagination vive
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et féconde , qui outre la vraisemblance. Si on a le plaisir de lire Aristophane dans l'original^ (car ce n'est que d'après lui que nous jugeons ,) on trouve de plus'une expression pure et élégante , mais quelquefois aussi licencieuse que la conduite de ses pièces; des mots forgés exprès ou pour faire rire , ou pour rendre ridicules ceux qui les prononcent; des vers variés suivant le. ton des diflTérens sujets : ajoutez à tout cela des masques et des habits qui ressemblaient parfaitement aux originaux. Il n'en est pas de même de la comédie moyenne , par exemple du Plutus , la seule pièce qui porte le caractère propre à ce genre de comique intermédiaire entre la vieille et la nouvelle comédie. Tout y est sage et bien réglé ; le titre donne l'idée de la pièce ; il fait entendre que le. poète prépare un sujet dont le dieu des richesses doit faire le principal personnage : les autres acteurs , sous des noms inventés , portent des caractères vraisemblables ; leurs entretiens sont pour la plupart modérés, et en même temps assez libres pour faire naître la gaîté : le chœur est tiré du $3nd même du sujet , et vient naturellement. La satire est plus ipénagée , il est
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vrai qu'elle reprend sa force contre Mercure et le prêtre de Jupiter : mais ne peut-on pas dire ({ae ce ii'est pas tout à fait la £aiute du poëte? Ces scènes étaient du goût des Athâiiens; dont les pluspuissans craignaient moins la satyre contre les dieux que contre les hommes. » C'est d'après toutes ces raisons que M. le Beau cadet s'est détermine à regarder le Plutus d'Ajristophane, comme une pièce de la moyenne comédie. Il donne le détail de ses preuves dans on loi^ mémoire sur ce sujet intéressant ^. Nous aurons occasion d'en fatire une fréquente application dans le JPhUus même.
Il n'est personne qui ne connaisse la nouvelle comédie ; le caractère qui lui est propre, et les nuances considânJï>les qui la différendei^l àe \a vieille et de la moyenne. La nouvelle comédie est la seule que nous lisions et que nous ayons sur nos théâtres. M. labbé Vatry compare la vieille et la nouvelle comédie, et s'exprime ainsi : « A M mesure qu'on se £uniliarise avec les pièces d'A- » ristophane, on les goûte, on les admire^ et on » avoue que la vieille comédie l'emportait à tous
' Mémoires âe Littérature, t. XXX , p. 5i et sûir.
Digiti
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» égards sur la nouvelle ; et que si par degré on » a passé de la^ieille à la nouvelle , ce n*est point » que Ton ait crU mieux faire , ni pour perfec- » tionner ce genre d'ouvrage , mais parce que les » poètes y ont été ol)ligés par force, et y ont été » contraints par les lois qui ont préféré , avec » raison, la paix, la tranquillité et Thoniieur des' » citoyens, au plaisir de voir un spectacle plus » ingénieux et plus piquant» .» Mém. de VAcad^ , cité p. 424*