‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 9 sur 100 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

ELECTRE seule'.

Presse tes pas , l'heure l'appelle , entre en pleurant dans la carrière du jour. . . Hélas ! h«las ! ... Je suis née du sang d'Agamemnon, l'odieuse fille de Tyndare, Clytemnestre m'a portée dans ses flancs; les citoyens d'Argos m'honorent encore du nom d'Electre.... Mais, liélas! à quels travaux suis-je

réduite?...... mon père! quelle douloureuse

existence!.... Et vous, ô Agamemnon! vous êtes

couché dans le tombeau, victime des fureursd'une épouse et de la perfidie d'Egisthe..... Répétons,

répétons les mêmes cris de douleur , goûtons le triste plaisir de nous abreuver de nos larmes.

Pres||tes pas, l'heure t'appelle, entre en pteurantlâans la carrière du jour... Hélas! hélas!....

Dans quelle ville y dans quelle maison , 6 frère infortuné! es-tu réduit à de serviles travaux? Oublies-tu ta déplorable sœur que tu laissas dans la maison paternelle, gémissant sous le poids des plus funestes calamités?...... Accours, viens me

délivrer des maux que je souffre , ô Jupiter! Jupiter! sois le vengeur du meurtre abominable

' Oreste et Pylade sont caches et à portée d'entendre. — Ce monologue d*£lectre est écrit en vers lyriques , par strophes et antistrophea et il en est de même de la scène suiyante.

TKACÉDIE o'BTmiPIDE^ 5l

d'un père, que les pas errans te conduisent aux champs d'Argos. Posons à terre cette urne qui presse mon front, et répétons dès le matin Fhommage de nos nocturnes gëmissemens.

mon père! je t'adresse ces cris lugubres , recois sous la terre le chant funèbre de Pluton , que chaque jour je viens t*offrir en me déchirant le visage de mes ongles ensanglantés, et en frappant de mes propres mains ma tête rasée en signe de deuil. Hélas ! héla« I .. ô mes mains! redoublez vos coups. . . . Telle qu'un cygne mélodieux, errant sur la rive du fleuve qui lui sert d'asile, appelant tristement un père tendrement chéri que les nœuds cruels d'un lacet perfide viennent de livrer à la mort; telle en ce jour, 6 père infort une I je déplore ton triste destin, ces derniers bains où tu plongeas ton corps, en te couchant pour jamais sur le lit funeste de la mort. Hélas! hélas! ô mon père ! ô coup douloureux frappé par une hache parricide! ô douloureux conseil qui hâta ton retour de Troie ! Ce n'est pas des guirlandes et des couronnes que ton épouse a préparées pour te recevoir ï , mais un fer à deux tranchans : unie à Egisthe par d'infâmes liens, un piège perfide est l'-accueil qu'elle destinait à son époux.

^ Les parens des vainqueurs leur jetaient à leur retour des couronnes et ies guirlandes.

Page 1