ACTE II
SoCR ATE , après avoir dépouillé son disciple de son manteau, apparemment pour s'en accommoder, et après lui avoir donné quelques commencemens d'instruction , le ramène sur le théâtre , en jurant par le cahos et l'air, qu'il n'a pasencore trouvé d'esprit si épais que Strepsiade; mais Strepsiade est,
> Voyez le savant M. Ezecliiel. Spanbeim dans Fëdition d'Aristophane de M. Ruster: c'est son sentiment qne je rapporte ici. Il y a pourtant apparence que le cycle (le Mëton ne fut adopté que depuis cette pièce. Les Grecs , pour retrouver le même point de rencontre du soleil avec la lune , avaient pris d'abord huit années , puis onze , toujours avec erreur considérable. Méton s'avisa le premier , en mettant huit et onze , de fixer le terme de dix^neuf ans , où le retour de la lune et du soleil se trouva sans erreur sensible pour ces temps-là.
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comme on Ta vu , un bourgeois de bon sens et malin , qui , sans paraître y toucher , tourne son maître en ridicule. Aristophane veut faire entendre qu'un sens droit que les philosophes traitent de grossier , est rétif à la philosophie , tant elle est opposée au sens commun.
Le maître appelle son élève pour continuer sa leçon , et lui ordonne de tirer son canapé et de s'y coucher. L'autre, obéissant malgré lui, badine sm' les Corinthiens qui le prennent au collet , et qui concourent avec Socrate à le piller. Il appelle ainsi certains insectes dont il soupçonne que les meubles philosophiques de son maître sont infestés. Toute la scène roule sur quantité d'impertinences qu'on fait dire à Socrate suivant sa manière de philosopher, et à Strepsiade pour les relever par un contraste comique ; par exemple , Socrate commence à peu près comme le maître de philosophie dans le Bourgeois gentilhomme '.
« Cà, que souhaitez- vous d'apprendre? Les me- » sures , l'harmonie , la cadence ? »
STREPSIADE
Oui parbleu , les mesures ; car il n'y a pas longtemps qu'un homme m'a trompé par une fausse mesure.
Socrate poursuit son discours et Strepsiade le > Molière a yisiblement imité la gcçne d'Aristophane.
3Sa I^ES NUEES ^
sien , Fun et l'autre répondant toujours à sa pensée. Le dernier vient au fait , et demande à quoi lui servira l'harmonie. «Pourfaire Tagreal^le M dans la compagnie? c'est bien là de quoi il » s'agit. Je. ne me soucie, dit-il , ni de Pyrrhiques, M ni de Dactyles. Apprenez-moi à culbuter le bon >« droit. »
Plus Strepsiade va au fait, plus Socrate affecte de s'en éloigner , et de lui faire voir qu'il faut acquérir auparavant bien d'autres connaissances. Il lui donne une leçon de grammaire, mais bien maligne; car, en lui enseignant à distinguer les noms des choses qui appartiennent aux hommes et aux femmes, il donne sur les doigts à quelques Athéniens notés pour leur lâcheté ou leurs dé* bauches, particulièrement à Gléonyme et Amunias.
Socrate ordonne ensuite tout de bon au disciple de se coucher, de méditer, de s'attacher à une pensée , et , s'il ne peut la démêler, de passer a une autre ; de fixer son imagination, de diviser, de définir, de contempler; enfin de chercher dans sa tête le moyen de frustrer ses créanciers. Ce jeu de théâtre , qui exprime toutes les petites façons des méditatifs d'alors , leurs grimaces savantes, et les tours de souplesse qu'on leur imputait , anime extrêmement cet acte ; mais si les Femmes savantes de MoUère ont eu d'abord de
la peine à plaire au monde poli, à cause de leur caractère singulier, il n'est pas possible d'espérer que celui des philosophes athéniens lui plaise, quelque finement qu'il soit représenté. Poursuivons sans nous arrêter considérableme^it sur chaque chose.
STREPSIADE
Que voulez-vous donc que je cherche dans moix esprit?