SCENE PREMIERE
UN BÉOTIEN, DICJEOPOLIS.
LE BÉOTIEN chargé de paquets.
KJk Î Par Herculç ^ ! Ce fardeau va me causer un calus sur les épaules. Isménias, étends ce pouliôt bien posément à terre : pour vous autres ,
flùleurs ihébains, soufflez avec vos flûtes^ dans
le derrière de mon chien.
niCJEOPOLIS.
Que la peste les étouffe î Ces bourdons ne s*é- Joigneront pas de ma porte? D'où viennent donc ces Auteurs impertinens et rogues, ces diminutifs de Choeris ?
* tTTù, ÙpccxXU' Voyea sur cette espèce de jurement des Thébtins, les excellentes observations de Valckenaer, sur le mille six cent soixante-onzième vers des Phéniciennes d'Euripide.
^ Grec : Avec vos flûtes d*o».
llG LES AGHAHJSIEJSS,
LE BÉOTIEN
Par JolaùS; je consens volontiers qu'ils aillent au diable : car depuis Thèbes jusqu'ici , ils n'ont cessé de me corner aux oreilles , et toute la fleur de mon pouliot en est tombée. O étranger , voudriez- vous de ma marchandise , des poules , des cigales ?
DICfOPOLIS.
Bonjour, cher Béotien colUcophage * : qu'ap-
portes-tu?
LE BÉOTIEN
J'apporte de tout ce qui se trouve bon communément chez nous , de l'origan ^ , du pou-» liot^ , des nattes, des feuilles à mèche 4, des
' X9»cx9f«y* , xo^ït^y espèce de pain rond. Voyez, sur sa prëparation, Athénée, liy. III, et les observations de Casaubon , sor cet endroit.
' Voyez Pline , Hist. naiur. XX , 67. ex edit. Gabriel Brotier, Paris, Barbou, 1779-
s Ibidem , XX , 54.
4 $fiu»xyé<hcç , c'est une espèce de bouillon blanc. Sunt et phlomides duae, dit Pline (ibidem, XXV, 74], birsutae, rotundis foliis, humiles. Tertia lychnitis yocatur, ab aliis thryallis, folii» ternis, Aut cum plurimùm quaternis, crassis, pinguibusque, ad lucernarum lumina aptis. Gomme on voit par ce passage, les feuilles de lychnis, ellycbnium ou thryallis, servaient de mèche pour les lampes, chez les anciens. Plutarque en parle en plusieurs endroits. Voyez tom. XVII, pag. 376.
canards, des choucas», des attagas^, des pi elles 3, des roilelets4, des plongeons 5.
DICJEOPOLIS.
Une tempele ne précipite pas plus d'oiseaux par terre, que tu n^en étales là dans notre marché.
L£ BÉOTIEN
Bah! J'apporte en outre, oies^, lièvres, renards, taupes, hérissons, chs^ts, pyctides7, rats d'eau , anguilles de Copaïs.
'x9>9t(à$, graculos, choucas; espèce de corneiUe moins noire que le corbeau. Les choucas ne sont point carniyores , s'appri- ▼Disent £icilement , et apprennent à parler. Us sont fins , ruses et défians. Voyez, sur la vraie signiQcation du mot latin Gracului, la note très-curieuse deM.Pabbè Brotier, sur la troisième fable du premier livre du Phèdre iitiprimé chez Barbou , Paris ,
1*}^^, 1 vol. in-i2, sous ce titre : Phœdri Jugusti liberti Jàbu»
larum Kbri F, cum nous et supplemenlù GahrieUs BrotUr, accès-
serunt parallelœ Joannis de la Fontaine.
'«rray«;, attagen, l'attagas, à plumage varie. Voyez Pline, i9S»^ natur. X , 68. Les Italiens ont donné à cet oiseau le nom de Francolin.
^ fotXecfiifàef, phalerides, piettes. Aquaticarum laudatissimae, (lit Pline. (X, 68.)
^TfioxtXotç, trochilos, roitelets. .Pline, X, gS.
^ xoXvfiSùiÇf mergus, urinator, plongeon. Toutes ces dénominations grecques, latines et françaises, viennent de la faculté qu'a cet oiseau de se précipiter et de se tenir sous Teau. Voyez Pline, (X, 48, et XI, io6.)
^ Kwri^t. L'Italien traduit: Pictidi. Le manuscrit de la biblio-
Il8 LES ACHARÎïlEWS,
DIC^OPOLIS.
Tu as des anguilles? toi, riche d'un dépôt si précieux aux mortels , permets que je te salue !
LE BÉOTIEIf .
Que k plus belle de mes cinquante copaïennes^ se présente , et fasse fête à cet étranger.
DIC£OPOI.IS.
tant chérie et si long-temps désirée! Tu viens combler les vœux de ces chœurs comiques , et faire sourire Morychus^. £nfans, qu'on m'apporte un réchaud et un éventoir. Oh ! Voyez cette superbe
théque du Roi que j'ai fait connaître, lit : «<xr£iAx«. Les traducteurs latins traduisent : Pyctidas. Je n'en sais pas davantage sur cette espèce d'animal. Je croirais volontiers que le c est de trop dans ce mot, et qu'il fkudrait lire cxrcdW$. Le manuscrit cité approche un peu de cette leçon. Alors il serait question en cet endroit dai deux espèces d'ictides ou lelettes , dont l'une connue chez les Grecs sous le nom d'Ictidas ou Mustela sylvestri» (Voyez Pline, XXIX, i6), et Fautre sous le nom de htvi^cti hv^ptaç, OU Mustela aquatiqua, qu'Aristophane distingue en effet de la précédente par l'épithète tvii^/stoi : ce qui convient à la loutre , ou rat d'eau.
' Voici le' vers d'Aristophane:
nfiUSitfioc Ktvf^xmttec KMnocî(ftitv nOfiScv,
Qni est évidemment une parodie de ce vers d'Eschyle ^ que cite le scholiaste d'après une pièce maintenant perdue. Le voici :
^ n était d'un luxe recherché dans sa manière de vivre. Voyez Guêpes y V. 5o6.
COMEDIE. IIQ
anguille , après laquelle nous soupirions depuis près de six ans. Allons ^ garçons ^ rendez-lui vos devoirs; en sa faveur, je ne vous épargnerai pas le charbon. Qu'on 1^ rentre : car une fois qu'elle sera bien accommodée ' , je ne cons^ntirçiijarnais quon ni en sépare , même a la mort ^,
LE BÉOTIEN
Mais qu'est-ce que vous me donnerez donc pour mon anguille?
DICiEOPOLIS.
3 e la prends pour mon droit de marché- Quant au reste de tes marchandises , sont-elles à. vendre?
LE BÉOTIEN
Ohl pour cela oui.
\piCiEOrOLIS.
Eiibien, qu'en veux-tu avoir? Ne te proposes-tu pas de prendre ici des marchandises en échange?
LE BÉOTIEN
Je veux emporter les productions de l'Attique , qui ne se trouvent pas en Béx^tie. .
» Grec : Pféparée ayec des bettes.
» Parodie de deux Vers de VAlcesu d'Euripide. Voyez tom. VI, pag. 3ia, lign. 6 et 7.
120 LES ACHARNIENS,
DICJEOPOLIS.
Tu te chargeras donc d'anchois ' de.Phalère , ou de vases de terre,
LE BÉOTIEN
Nous avons de tout cela chez nous. Je ne veux y porter que les choses que nous n'y trouvons pas , et qui sont ici en abondance.
DICfOPOLIS.
J'entends : eh ! bien , prends un sycophante en guise de vase bien empaqueté.
LE BÉOTIEir.
Par Jupiter ! Ce serait une bonne affaire que d'aller le montrer comme un singe rare par ses malices.
DICJEOPOL^.
Tiens : voici le délateur Nicarchus qui vient ioTl à propos.
LE BÉOTIEN
D est bien petit !
DICfOPOLIS.
Mais il est tout venin.
• " Yoyci Pline (XXXI, 44 et IX , 74) et Diegène Laërce X lib. YI.) L'anehois de Phalère était le seul recherché chez les Athéniens, comme l'atteste ce yers du poëte Archestrate,qui a chanté Fart de la cniiine :
ri^v (^ ifviiv fih$9\à ircé^M «X^v «;yv (V 'A^^vkiç.
Dictionn. Martin. Apua,