‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 60 sur 112 · COMÉDIE D'ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

COMÉDIE D'ARISTOPHANE

Celte comédie fiit jouée la 7» année de la guerre du Péloponnèse , aux fêtes de Bacchas Lénéen, la 4« année de la 88« olympiade , sous Farchonte Stratôclès '.

« OOLON voulant, dit Plutarque 2, que les offi-

* ces et magistrats demeurassent entre les mains

»• des riches citoyens, comme ilz étoient, et au

» demeurant meslerrauthori té du gouvernement,

» de sorte que le n^enu peuple en eust sa part ,

» ce qu'il n'avoit pas auparavant, il feit une gé-

» nérsde estimation des biens de chasqueparticu-

M lier citoyen : et de ceulx qui se trouvèrent

w avoir de revenu annuel, jusqu'à la quantité de

» cinq cents minots et au-dessus, tant en grains

n qu'en fruits liquides; il en. feit le premier or-

» dre , et les appela Pentacosiomédimnes ^, c'est-

ï La preuve est tirée d'une préface grecque et des paroles du poëte qu'on citera. ^

" Plutarque dans Solon, trad. d'Arayot. Paris, Cussac, t. II , diap. XX.

3 Medimnus , mesure attique. ^

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» à-dire, ayans cinq cents minots ^ de revenu. Et » ceulx qui en avoyent trois cents et pouvoycnt » entretenir un cheval de service , il les meit au » second reng, et 'les appela Chevaliers. Ceulx » qui n'en avoyent que deux cents , furent mis au w, troisième reng , et appelés Zeugites. Tous- les >j autres au-dessoubss'appeloy eût 7%è^<?^ , comme » qui diroit, mercenaires ou manœuvres vivans de » leurs bras, ausquelz il ne permeit de tenir ny « exercer aucun office public , et ne jouissoyent » du droit de bourgeoisie, sinon en tant qu*ilz » avoyent voix aux élections et aux assemblées de » ville, et aux jugemens, esquels le peuple ju- M geoit souverainement. »

Le titre de cette pièce étant ainsi connu , il sera aisé de voir qu'elle ri*est qu'une violente satire de Cléon, trésorier-général d'armée. Une haine particulière , sautant que l'amour du bien public , poussa Aristophane à se déchaîner si furieusement contre cet homme puissant. Cléon avait accusé le poète d'un crime grave , comme nous l'avons dit '*, et lui avait disputé son droit de bourgeoisie.

1 ff Dans le grec : Cinq cents mëdimnus. Le minot n'est que de M trois boisseaux de Paris. Bfais le médimne contenait plus de }> quatre boisseaux, comme je Fai remarqué sur la yie de Lycur- » gue , chap. XII. C'est sur ce pied qu'il £iut calculer le reyenu » des classes d'Athènes. Il consistait en grains et en fruits li- » quides , c'est-à-dire en vin et en huile. » Note de M. l'aUé Brotier sur cet endroit de Plutarque.

2 «Voyez la comédie des Achamiêns.

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Voilà la cause secrète du déchaînement* Du reste^ Qëon était d'une insolence extrême. Nul auteur n'en dit du bien» Fils de corroyeur, et<x)rroyeûr lui-même^ il s'était élevé {>ar la hri^ue, et apparemsaent par une sorte de mérite , tel qu'il le £sdlait pour réussir dans une république. U avait une voÛL terrible et imposante ^ avec un sut merveilleux de gagner le peuplé et de le mettre dans ses intérêts. Enflé d'un succès extraordinaire que lui ]^K>cura la fortune jdutot que la bravoure , il devint presque le. maître de l'Etat^ et ce fut lorsqu'il était au comble de sa gloire^ qu'Aristophane osa l'auaquer^ non plus indirectement, mais en le produisant lui-même sur le théâtre. On reproche à CHéon le péculat, de l'ardeur à s'attirer des prés«is y del'adresse à séduire le peuple , le vol d'une belle action qui n'était pas à lui. Voici l'occasipn qui l'éleva à un si haut degré de pouvoir.

Pjlos » , petite ville du Péloponnèse i située sur le bord de la mer, vis-à-vis Fîle Sphàctérie et dans le territoire de Corypbasion , avait été aban* donnée et dâiuée de garnison, aimi que plu- «eurs autres, durant le cours de la guerre. Dé^ mosthàne qui y aborda avec deux flottes , engagea, quoîq[u'avec peine , Ëurymédon et Soj^bocle à la fortifier et à s'en £ûre une place d'armes, d'où l'on pourrait aisément infester les Lacédémoniens^,

> Thucyd. 1. IV.

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qui n'en ëtaient éloignés que d'environ quatre cents stades '. Ce projet s'exécuta; et 'il était en effet si important , que les Lacédémoniens firent tous, leurs efforts pour reprendre Pylos. Elle devint même l'objet principal d'Athènes et de Lacédémone jusqu'à la fin de la guare. Les Lacédémoniens ne manquèrent pas de l'assiéger, et potir en venir plus aisément à bout , ils jettèrent des troupes dans la petite île voisine : mais, com^me les flottes agissaient de part et d'autre, les troupes de l'île se trouvèrent interceptées^et manquèrent bientôt de tout. Les Athéniens de leur c6té ne souffraient pas moins dans Pylos ; de sorte qu'eux et les enneinis étaient également assiégeais et a^ sièges , les premiers dans la ville , et les seconds dans l'île , victimes les uns et les autres de leur opiniâtreté. Cependant les Lacédémoniens envoyèrent des députés à Athènes pour demander une composition honorable , afin de tirer leurs troupes de Sphactérie. Leurs demandes étaient justes et même soumises. Leur harangue chez Thucydide eh fait foi. Mais Cléon s'opposa vivement à tout accord ayec les Lacédémoniens , ju&qu^à maltraiter de paroles leurs ambassadeurs. Démosthène à son tour, se voyant dépourvu de vivres et de secours, envoya son colique Nicias à Athènes pour engager la république à secourir » Environ vingt lieues.

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rarmée ou à entrer en négociation avec les ennemis. Le peuple d'Athènes , irrite de ce mauvais succès^ commença à s'en prendre à Cléon; mais Cléon , pour se tirer d'intrigue , rejetait la faute sur l'incapacité ou la lenteur des deux généraux ; et il se vantait publiquement de prendre nie en vingt jours ^ si on le faisait général. Nicias le prend au mot. Cléon croit que c'est une feinte et ne recule point; mais, voyant que Nicias songeait toutde bon à abdiquer le commandement, il commence à faire naître des difficultés, pour faire oublier ce qu'il avait témérairement avancé.

Onn'en fut point dupe; et ce qui est surprenant, on le fit général malgré lui, avec ordre de partir pour le siège. Il fut plus heureux qu'il n'avait été prudent fcar, comme il était en chemin, Démos thène brûla un petit bois de l'île qui incommodait ses troupes; et , par-là , la prise de Sphactérie lui devint si facile , qu'il n'eut plus besoin de secours. Cléon arrive , se joint à lui , et tous deux contraignent les soldats qui étaient dans l'île à se rendre. On les emmena à Athènes dans un triste état. Cléon revenu triomphant, contre l'attente publi<Jue, devient plus que jamais l'idole du peuple qui lui attribue cet exploit et le regarde comme le plus grand capitaine de son siècle.

C'est ce qui le rendit extrêmement odieux aux principaux Athéniens, surtout aux chevaliers,

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qui le haïssaient d^à à canse de sa basse nais* sance et de ses emplois obtenus à leur préjudice. Aristophane 9 pour dëmascpier cet faonune vil , eut la hardiesse d'en faire nn sujet de co«iëdie, sans redouter son crédit. Biais il fiit obligé de jouer lui-même le rôle de Gléon ; et il rocHUta sur le théâtre pour la première fois 9 aucun des comédiens n'ayant osé faire ce personnage ^ ni s'exposer à la vengeance d'^n homme si redoute, il se barbouilla le visage de lie, faute de masque, n'ayant trouvé aucun ouvrir assez hardi pour faire un masque ressemblant à Gléon, comme eu en faisait pour ceux qu'on voulait jouer en public.

Deux choses empêchent qu'on ne puisse pren* dre aujourd'hui à cette pièce tout le plaisir qu'elle fit aux Athéniens, i savoir une infinité de traits personnels sur un homme qui ne nous interesse pas, et un style composé d'énigmes erd'anecdotes dont il ^'est pas toujours aisé de trouva: le vrai sens. Nous tâcfaerons^ de ne rien omettre d'essentiel par rapport au but principal*

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