‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 61 sur 112 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Déhosthène et Nicias, vêtus en esclaves ^ ouvrent la scène. Lé premier crie» de toute sa force, comme s'il venait d'être battu. Il envoie au Tarlare cet homme nouveau , ce n^udit Paphlagonien ' qui s'est introduit depuis peu dans la maison , et qui roue de coups les esclaves : allégorie ingénieuse ; car la maison c'est Athènes , le PapUagonien c'est Cléon, non qu'il fût de Paphla- §inie j mais par allusion ^ à sa voix rauque et semblable au bruit des flots. Les esclaves sont les premiers delà république, tels que Démosthéne et Nidas, aussi-bien que la république même* Le maître de la maisoa, c'est le peuple. Cette satire est autant contre le peuple et l'Etat, que contre Cléon.

On voit que le reproche de Plutarqua tombe de lui-même , quand il blâme Aristophane d'avoir fait parler des orateurs en esclaves , sans garder la bienséance des caractères. Dans le tour al-

I PapKlagonie , région de l'Asie mineure , dont Lucien dit que les habitans étaient superstitieux et bètes.

' Ofltf >«Çq» , feryea.

172 LES OHETAUERS;

légorique qu'il a pris de représenter ces grande hommes 9 les meilleures têtes de TEtat, comme des esclaves d'un vieillard capricieux , maltraités par un homme vil, pouvait-il mieux garder la "décence des cai'actères, qu'en lesfaisantparler en véritables esclaves? Il est vrai qu'il outre beaucoup; mais il ne charge les couleurs que pour jeter plus de ridicule sur eux, sur Cléon , sur les magistrats^ sur le peuple et sur tout le gouvernement,

Nicias peste aussi de son côté contre le nouveau venu , et il invite son ami et son compagnon d'armes , à faire avec lui une lamentation , qui devient risible par la parodie d'un air digne du musicien Olympus '. Démosthène est d'avis de laisser les pleurs et de songer aux moyenis de se délivrer, 11 se fait entre eux un combat à qui prononcera le grand mot, le mot décisif, Nicias cherche à le dire à la façon d'Euripide , à dire et ne dire pas , à parler d'une manière couverte et inintelligible. Aristophane fait allusion à la manière adroite et embarrassée dont Phèdre découvre à sa confidente son amour pour Hippoly te :

Ta connais c6 fils de Famazone 5 Ce prince si long-tempî par moi-même op|>rimé.

' Olympus était un ancien joueur de flûte , instruit ( disait la fable) par Marsias. Le poëte parodie quelque air connu, et en général les poètes tragiques qui faisaient quelquefois pleurer leurs chœurs en musique.

3 Racine , 4'après Euripide.

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