‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 65 sur 112 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Les deux compëtiteurs, résolus de se concilier Tamitié du vieillard, à quelque prix que ce puisse être , reviennent en équipage de maître-d*hôtel , chacun avec une table chargée de mets pour le peuple. Leur entrée est comique ; car , feignant qu'ils sont dans une lice , prêts à courir au moindre signal y ils attendent celui du vieillard pour commencer. Cléon lui présente un siège , et Agoracrite une table. Le premier dit : « Mangez de » ce gâteau que j'ai fait à Pylos. — Prenez , dit » l'autre^ cette croûte que Cérès fit exprès pour y> vous. » Chacun des deux offre ainsi alternative* ment quelque mets par allusion aux affaires de la république ; et le second enchérit toujours sur le premier. Mais Agoracrite, qui jusques-là a plus offert que son rival , se trouve pris lorsque son adversaire présente un salmis de lièvre au peuple ; car il n'en a point à offrir : or c'était le mets délicieux. Il s'avise donc d'un tour d'adresse , pour exprimer celle dont usa Cléon par rapport

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COMÉDIE. igj

à l'aflFaire de Pylos. Il feint qu*il voit arriver des députés chargés d'argent. Où sont-ik, dit vivement Cléon? Agoracrite profite de ce moment de curiosité pour le supplanter; et il présente au peuple le plat que lui destinait son compétiteur. L'allusion est xisible , et Aristophane comptait tien qu'on la sentirait parfaitement. Aussi Cléon avoue-l-il qu'il est vaincu en fait d'impudence.

L'autre , pour le confondre par un dernier effort de génie , propose au vieillard de fouiller leurs mannes. Celle d' Agoracrite se trouve vide, n avait tout donné au peuple. Mais celle du Paphlagonien est toute remplie ; il n'en avait prescjue rien tiré pour régaler le peuple, a Et voilà » ce qu'il a toujours fait, dit Agoracrite. Il vous » a donné peu et s'est tout réservé. » Sur cela, le peuple veut ôter à Cléon la couronne dont il l'a orné, pour la donner au nouveau favori. Mais Cléon dit à haute voix qu'il n'en sera rien , parce qu'il a un oracle de Delphes qui lui marque les qualités de celui qui le supplantera. Ce sera moi^ même, répond Agoracrite ; et j'ai tout ce qu'il faut pour cela. En effet, Cléon l'interrogea peu près comme Œdipe questionne le berger de Laïus^ dans Sophocle '^ ; et, à chaque réponse, il reconnaît peu à peu son successeur dans ce nouveau rival. Les

« Parodie de la plus brillante scène de V OEdipcRoCde Sophocle , yol. III.

ig8 liES C^ETALIEBSy

questions et les réponses sont singulières ; car elles aboutissent à montrer qu'Agoracrite est un homme yil, un vendeur de viandes cuites, un voleur, un parjure, un imposteur, un coquin fieffë, et par conséquent le véritable et digne successeur de Cléon. Cléon le reconnaît par Tinterprétation de l'oracle, et imitant toujours Œdipe : « Hëlas! s'écrie- 1- il, l'oracle est accompli ; ca- » chez le malheureux Cléon. Adieu , chère cou- » ronne , je te Quitte à regret ; un autre te por- ♦> tera, sinon plus grand voleur que moi, du » moins plus fortuné. >» Ces derniers vers sont une parodie d'un des plus beaux endroits de VJUrceste ^ d'Euripide. Il y a encore , dans le reste ^ des parodies de quelques autres morceaux d'Euripide que nous n'avons plus. Quoique les scholiastes ne disent rien de celle de Sophocle , elle est trop visible pour ne pas l'apercevoir ; et il est bon de ne pas l'oublier et de conclure qu'Euripide n'a pas été le seul des trois poètes tragiques qu'Aristophane ait maltraité.

Le nouveau trésorier est déclaré vainqueur, et salué comme tel. Oa luji livre le Paphlagonien pour en faire ce qu'il voudra. Agoracrite promet au peuple , qui se recommande à lui , un retour

' Voyez ^/ctff te, Tol. VI.

COMéOI£. 199^

jparfait et un soin particulier de la ville des Sots ^ Ainsi appelle-t-il Athènes par un mot métaphorique 2. Tandis que le vainqueur s'en retourne avec le peuple , le chœur fait son office comique de médire , ou plutôt de dédiirer le public et le* particuliers en dévoilant impudemment les choses^ les plus exécrables*

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