‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 66 sur 112 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Agoracrite vientbrusfjuement^mais en homme triomphant. Il demande silence, comme pour annoncer une grande nouvelle. On l'écoute : «J'ai » refondu, dit-il, le peuple, et je vous le rend* » honnête homme^de scélérat qu'il était. Il habite » l'ancienne, la véritable Athènes, et il est de- - venu tel qu'il fut autrefois du temps des Mil- » tiade et des Aristide. » On ouvre les portes, le peuple rajeuni paraît au milieu des acclamations du chœur. Il remercie Agoraerite du bienfait qu'il vient d'en recevoir ; et comme s'il eût perdu la mémoire de tout ce qui lui éuit arrivé du temps de Cléon, il demande qu'on l'en ins-

qui OBt toujours la bouche béante.

> Aristophane dit ici et ailleurs que le peuple a toujours U bouche béante , comme u» sot-

truise. Agoracritelui raconte sans façon une partie des folies qui sont échappées au «vieillard , comme dans un délire; par exemple, de s'être livré à des séducteurs qui le flattaient pour le piller , et autres choses pareilles. Le peuple rougit de ses fautes passées; mais le nouveau questeur les attribue moiris à lui qu'à ceux qui l'ont trompé. Il lui fait cependant des questions sur la manière dont il se comportera désormais. En personnage sage, répond le peuple. Cette espèce d'interrogatoire est très-satirique, ainsi que toute la scène. Enfin , pour surcroît de satire et de comique extraordinaire , Agoracrite produit deux femmes qu'il dit être les anciennes alliances d'Athènes avec Lacédémone , que Cléon tenait captives chez lui , et il les remet entre les mains du peuple devenu sensé. « Mais que ferez-vous , dit ce dernier 5> personnage , de ce coquin de Paphlagonien qui » a tant fait de mal? » Agoracrite ne voit pas de plus grande punition que de rendre l'échangé parfait, et de lui donner le métier qu'il quitte lui-même pour prendre sa place.

Voilà ce qu'il y a de plus curieux dans cette pièce , dont le goût et la conduite représentent parfaitement la bizarrerie, l'acrimonie, la hardiesse des comiques grecs , et le génie des spectateurs athéniens qui aimaient les vérités crues et les traits sanglans , fût-ce contre eux-mêmes.

PERSONNAGES

DÉMOSTHÈNE

NICIAS

UN VENDEUR DE BOUDINS, nommé AGO-

RACRITE.

CLÉON

CHOEUR de Chevaliers.

LE PEUPLE personnifié , sous la figure d'un

VIEILLARD

DEUX FEMMES, personnages muets.

Ia scène est dans le Doarcbë d'Athènes.

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