‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 72 sur 112 · LES MÊMES, LE CHŒUR · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE CHŒUR

LE CHOEUR

Frappez, frappez ce fourbe, cet ennemi des chevaliers et du peuple, ce puits de malices, ce gouffre de rapines, ce scélérat, s^^élérat, scélérat. Oui , je lui donnerai souvent cette épithète ; car il en suit les maximes plus d'une fois chaque jour. Frappez-le, chassez-le,' effrayez-le, poursuivezle, tombez sur lui ; comme nous, accablez-le de toute votre indignation et pressez -le avec de grands cris. Prenez garde qu'il n'échappe ; car il sait les routes détournées d'Eucrate ^

CLtOJSf.

O vieillards triobolaires , qui rendez la justice dans la place publique ^ , vous que je nourris par

' Grec : Il sait les voies détournées par lesquelles Eucrate s'est sauvé sous des tas de grains. L'Italien traduit : Perche sa le vie , che Eucrate ha fugito di lungo de le paglie.

> ÛUeevToei, de ùhottoe, place publique où l'on rendait la justice à Athènes en plein air.

224 LSS CHEVALIERS 9

mes délations ab hoc et ab hac, venez à mon secours, et sauvez -moi des coups de ces conjurés.

LE CHOBUR. *

Tu t'es bien attiré ce traitement , toi qui t'appropries , avant tout partage , les choses auxquelles chaque particulier a droit ; qui traites et presses les malheureux accusés comme des figues, après avoir examiné ceux qui sont ou seront en état de faire résistance ou non; qui t'attaches aux citoyens doux comme des agneaux , riches, impropres aux affaires, ennemis des procès, et surtout à ces oisifs, toujours bâillant, nouveaux débarqués de la Chersonnèse; tu t'en saisis , tu les dépouilles , ensuite tu leur tourne le dos et tu les honnis.

CLÉ ON

Voilà comme vous vous élevez tous contre moi : et cependant , mes amis , je ne suis maltraité par ces gens-ci que parce que j'allais ouvrir dans le sénat un avis qui tendait à vous faire ériger un

monument en mémoire de votre bravoure.

LE CHOfitJR.

Qu'ilôt vain et souple en même temps ! Voyez comme il veut nous séduire et nous duper par les moyens qui lui réussissent si bien auprès des vieillards. Mais les mêmes moyens qui lui pros-

pèrent, lui deviendront funestes^ et quelque parti qu*il prenne , il «*y cassera le nez ^

CLÉON

O peuple ! ô citoyens ! quels animaux féroces m'arrachent les entrailles , à force de coups !

LE CH0BI7R

Tu cries donc à ton tour , toi qui te plais à l'emplir notre ville d'un deuil continuel?

LE VEUDBUR DE BOVDIHS j qui s'ëtait tenu par crainte k rëcart', réparait avec au^ce.

Laissez-moi faire, je me charge de le dérouter par mes cris plus forts que les siens.

LE CHOEUR

Si ta voix l'emporte sur la sienne, nous te célébrerons par des cris de victoire ; et si tu le surpasses en impudence , la palme ^ est à nous.

CLÉON

Je dénonce cet homme : je soutiens que d'intelligence avec les Péloponnésiens , il en tire de quoi soutenir son commerce ^.

LE VENDEURDE BOVDITHS.

Mais moi, j'accuse celui-ci, en pr&ence des

> Grec : Il se heurte à la jambe.

9 La palme de la ruse , de la supercherie. «

3 Grec : U tire des trirèmes des Péloponnésiens, i^ assaison-* nemens , ses Jus.

XII x9

a.26 XPS CHEYAUPRS^

dieux, d'aller à jeun a^u Prytanee et d'en revenif bien repu.

DÉHOSTBÈlfE

Eh î parbleu ! il y a bien, plus : il s'y charge de pain, de viande, de morceaux de poisson qu'il emporte ; chose très-dëfendue et qui n'a jamais* été permise même à Périclès.

GLÉON.

Vous ne tarderez pas tous à avoir une mauvaise ûhé

LE VENDEUR BB BOUDINS

J'élèverai la voix trois fois plus haut#

CLÉON

Les éclats de ma voix t^assommeront*

, X*]Ç VB9PBUR.D£B0.i;rDIK^

Mes cri^ pa?çans^jt^ décbiràront ^

X Le grec peint la chose au point de pouvoir se faire une idée dttc^ effet de la toîx do -ces deux comWtrftns.

AAAANTOniIÀHZ.

Koctouex/)»^9fiati 9v mfiàÇwt» ,^

yDye;^ comme l'expression grecquf , difiërfncie. ch^ipie espèce de VOIX , et en détermine le genre. Le traducteur italien a joué sur les mots.

CLBOHB.

lo gridarè chlamandotK lo ti chiamerô gridando.

GOMéDIE.

CLtOTS.

Je te calomnierai , dès que tu seras parvenu au commandement.

LE YElfDBUÊ DE BOUDINS.

Et moi 9 je te mettrai le dos en capilotade.

CLÉON

le te ferai baisser le ton.

LE YElTDEtTR DE JBOtTDIIfS*

Je déconcerterai tous tes projets.

GLÉON. ^

R^arde-moi bien fixement.

LE VENDEUR DB BOUDINS

J'ai été élevé aussi au marché.

GLÉON.

Je t'abîme , si tu bronches.

LE VENDEUR DE BOUDINS

Je te couvre le visage d'ordure , si tu parles.

GUÊON.

Pour moi , j'avoue que je suis un frippon ; en dis-tu autant de toi ?

LE VENDEUR DE BOUDINS

Oui ; et je jure par Mercure, dieu du commerce , qu'on m'a pris à voler.

CLÉON

Tu as du goût pour le bien d'autrui. Eh! bien,

2^8 I^ES CflEVALIERS,

je te dénoncerai au Pjrylanée comme possesseur de boyaux sacrés dont la dîme n'a pas été payée aux dieux.

LE CBOBtJK*

Infâme , scélérat , déclamateur odieux ! tout ce pays et toute cette place publique , maisons de finances , de scribes et de justice , tout retentit de on audace ? sale immondice , plus vile que la boue! toi qui as brouillé toute notre ville; qui as étourdi notre chère Athènes par tes clameurs ; qui , juché en l'air , guettes continuellement nos revenus publics, comme le font les pécheurs y du haut des rochers , pour voir les thons.

CLÉoir.

Je sais d'où viennent toutes ces injures , ressavetées depuis un siècle.

XS VENDEUR DE BOUDIN

Si tu ne te connaissais pas en saveterie , je ne me connaîtrais pas non plus en andouilles. C'est bien toi qui vendais aux laboureurs du cuir d'un bœuf malade, dont tu avais piqué et déchiqueté la peau , pour qu'elle parût plus épaisse : ces pauvres malheureux ne s'étaient pas servi de ce cuir plus d'un jour , qu'il s'alongeait de deux palmes.

DÉMOSTHÈNE

J'ai fait une triste expérience de la même fri-

Sa..

ponnerie^ qui m'a exposé aux brocards de tous mes concitoyens et amis : dès avant d'arriver à Pergase ' , je me serais mis à la nage dans mes «souliers.

LE CHŒUR

Nieras-tu que, dès le commencement, tu ne te sois exercé à l'impudence , qui est l'unique ressource des rhéteurs ? que ce ne soit à l'aide de ce Bel art que tu dévalises les plus riches des étrangers, bien assuré de primer parmi eux? Le fils d'Hippomade n'a pu te répliquer que par des larmes ; mais ce qui me console, c'est que voici un homme bien plus scélérat que toi, qui te débusquera , et qui , comme on peut en juger par le ton qu'il vient de prendre, te surpassera en astuce, en audace et en flagorneries. {Au ^vendeur de boudins) toi ! qui as été élevé où se forment les véritables hommes d'Etat , montrenous l'inutilité de rechercher ce qu'on appelle une éducation honnête.

LE VEKDEUK DE BOUDINS ^ en se montrant.

Apprends ce que vaut ce citoyen-ci.

CLÉOU.

Me laisseras-tu parler ?

LE VENDEUR DE BOUDINS

Non certes , car je suis un vaurien aussi ; mais « Bourg de TAttUpe. Voyez Meursius au mot n^y^Ka^.

a3o LES CHEVALIERS 9

voyons, .discutons un peu ensemble qui doit parler le premier.

LE GHGBUR.

S'il n'acquiesce à cette proposition , ajoute que tu es en outre fils de vaurien.

GLÉON.

Tu ne me céderas pas?

LE VENDEUR DE BOUDINS

Non , par Jupiter.

CLÉOU.

Si , par Jupiter.

LE TENDEUR DE SOUDINS

Non , par Neptune.

Page 1