G LÉON
Je t'étendrai , comme un cuir , à l'aide d'Hercule.
LE CHOEUR
Allons, rappelez ici tout votre cœur et tout votre courage, vous qui , d'après votre aveu, saviez si bien autrefois cacher ce que vous dérobiez. Il faut courir en hâte au sénat ; car celui-là va s'y précipiter ; il nous y calomnierait tous et ferait crier haro contre nous.
2^2 LES GHEYAIilEltS,
LE YElîDEUR DE BOUbiNS.
J'y cours; mais je veux auparavant me débarrasser ici de ces boyaux et de ces couteaux.
LE CUOEVïi.
Prenez seulement cette graisse ; vous vous en frotterez le cou , pour qu'on 'vous saisisse plus difficilement en cas de calomnie*
LE VENDEUR DE BOUDINS
Merveilleuse prévoyance î les lutteurs n^ manquent pas. ,
I^ CHOEUR
Prenez-moi aussi ces gousses d'ail et avalez-les.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Pourquoi donc?,
LE CHOEUR
Mon ami , c'est pour vous donner plus de force dans le combat; allons^ au plus vite*
LE VENDEUR DE BOUDINS
Donnez donc.
LE CHOEUR
Ressouvenez-vous de le déchirer, de le terrasser, de lui arracher la crête, et de ne revenir ici qu'après lui avoir enlevé tout l'ornement de sa tête ï. Allez donc avec alégresse et rem]^ssez nos
» Grec : Apr^s lui avoir enleré ses barbes. Tout ceci fait allusion au combat des coqs. Les barbet sont cette chaiir rouge qui pend aux coqs au-dessous du beCé
vœux. Que Jupiter , le dieu des marchés , vous accorde sa surveillance , et revenez nous retrouver
ici charge de couronnes!
^ ir^TERMEDE.
LE CHOEUR partagé en d^x bandes.
PREMIER DEMI -CHŒUR
Pour VOUS, spectateurs , versés dans toutes sortes de connaissances, daignez accorder quelque attention à nos anapestes.
Si quelqu'un des vieux poètes comiques nous eût engagés à vous jouer sa pièce , il eût difficilement réussi à nous faire monter sur le théâtre ; mais l'auteur de celle-ci mérite que nous fassions tout pour lui : il hait les mêmes gens que nous haïssons ,• il dit avec fermeté tout ce qui lui paraît juste ; et il se présente avec courage aux tourbillons et aux ouragans. Voici la réponse qu'il nous a chargés de faire à plusieurs d'entre vous , qui sont venus le trouver pour lui témoigner, nous a-t-il dit , leur étonnement et leurs regrets , de ce que depuis long-temps il était resté sans demander qu'on lui donnât un chœur ». Il a été retenu à
' Une rejuréséntation. Il y avait à Athènes , dit Tabbé Vatry , des gens appelés Chorèges, chargés de faire les frais des reprétentations ; et c'est ce qu'oi;! appelait dormev le chœur. La tra-
24ii l'Es CHEVALIERS.,
différer ainsi , non par des idées ridiciJes , mai» parce qu'il regardait l'art comique comme une chose des plus épineuses ; car , parmi plusieurs qui s'y sont exercés , on en distingue peu qui y aient excellé. D'ailleurs , il connaît de longue main votre caractère plein de fantaisies , qui vous fait abandonner les poètes dès qu'ils commencent à venir sur le retour de l'âge. Il n'ignore pas que , ni les avantages de Magnés sur les chœurs de ses adversaires, ni le mélange de toutes sortes de voix , ni ses joueuses de luth , ni ses spectacles à rôle périlleux , ni ses Lydiens, ni ses jeux lascifs ', ni son adresse à se peindre la figure en couleur de grenouille, n'ont pu fixer votre goût pour lui, dès que vous l'avez vu grisonner- Ce n'est pas dans la jeunesse que vous l'avez abandonné ; mais c'est lorsque le sel de ses plaisanteries a commencé à être émoussé par son grand âge. De plus , notre poète a encore présent l'exemple de Cratinus : la
g^die ne fbt , comme on sait, dans son origine , qu*un chœur qui récitait des hymnes en Thonneur de Bacchus. On en doit dire autant delà comédie. Quand les poètes eurent acquis des lumières plus sûres et plus vraies, ils introduisirent, pour soulager le chœur» des interlocuteurs qui ,' par la suite , devinrent l'objet principal des drames , ce qui fit que les chœurs n*en furent à leur tour que l'accessoire ; mais on conservait souvent aux représentations le nom primifif de chœur.
' Yirve2;(ov,poliendosi.
COMÉDIB. 2^6
gloire de celui-ci , semblable à un torrent qui , débordé dans une immense plaine , entraine avec lui et chênes et platanes , a fait totalement oublier celle dç tous ses rivaux. Il y a mieux : c'est qu'alors il n'eût pas été permis , dans un festin, de chanter d'autres chansons que les siennes, comme :
O Dore aax souliers cle figuier ; Ou .
Auteurs de charmans couplets ;
Tant sa muse était en vogue! Mais aujourd'hui qu'il est retombé dans l'enfance, et qu'il ressenible à un instrument de musique , sans cheville ' , sans corde et tout disjoint , vous ne concevez pour lui aucun sentiment de pitié. On le voit se promener seul, ne jouissant d'aucune considération, comme ce Connas ^ , qui , le front ceint d'une couronne toute desséchée, est mort de soif, quoiqu'il eût mérité, par tous ses anciens triomphes, déboire h son aise dans le Prytanée et de paraître aux Dionysiaques tout parfumé, bien loin de rester dans l'avilissement. Et Cratès , quelles bourras-
' Exo<OT«uff(iî>v Tflîîv iî>/xr^y* i^/xr/9de , tignificraît plutôt des ornemens ; mais les chevilles étaient dorées et enjolivées.
3 On ne sait trop si ce Connas (KowS^) est le même que ce joueur de flûte ou de cithare , qui a donné lieu au proverha Khv9u ^filo)t ou ^ifgfoç* Voyfz les Guêpes 4 y* 6^5.
ques, quelles avanies n'a-t-il pas éprouvées de votre part ? Lui seul cependant vous a suffi ; quelquefois applaudi , d'autres fois hué , il vous récréait à peu de frais , et vous débitaitde la manière la plus agréable les maximes les mieux choisies. Ce sont toutes ces catastrophes qui ont retenu si long-temps Fauteur de cette^ pièce dans le silence. Il a coutume de dire, qu'il faut passer de la rame au gouvernail , puis à la proue , ensuite à l'observation des vents, pour paiTcnir à savoir bien gouverner un navire. Sa prudence qui l'a empêché d'avoir la témérité de nous réunir pour des riens , mérite, d'après toutes ces considérations, que vous lui prodiguiez vos applaudissemens. Que vos acclamations bacchiques » lui tiennent lieu d'autant de rames, pour le conduire au port en gaieté, avec la satisfaction de vous avoir plu , et le front rayonnant de joie.
SEQI^lfD DEMI-CHOEUR.
O Neptune , dieu des Chevaliers , vous qui aimez entendre retentir le fer des pieds des chevaux et leur hennissemens, qui vous plaisez à voir fendre l'onde par de riches vaisseaux mar-
' Grec : Acclamations lënëennes. Cette pièce a été jouëé pendant les fêtes lénëennes. Voyez la savante dissertation de Ruhn* kenius dans le supplément des corrections faites sur HësycLius , au mot AtovviKt. C'est le seul bon ouvrage à consulter sur cek article , comme l'obserVc M. BruncL.
chands y dont la proue est tout azur, et qui animez Fardeur des jeunes gens , que l'amour des chevaux conduit à leur perle , se pavanant de pousser à Tenvi leurs chars dans une course, venez au milieu de nous , ô vous ! distingué par un mdent d'or , qui commandez aux dauphins , qui êtes révéré à Sunium ^ et à Geraeste ^, fils de Saturne , ami de Phormion, ô divinité , la plus^chère de toutes aux Athéniens !
PREMIER DEMI-CHOEUR
Nous voulons honorer nos ancêtres, parce qu'ils furent dignes de ce pays et des honneurs du Peplos ^. Quelle gloire pour notre ville d'avoir eu
' Promontoire à quarante-cinq milles du Pirée (Plin. IV, 11.), . à la pointe formée par les côtes orientale et méridionale de l'Attique. Sur ce promontoire, était un bourg, de la tribu Léontide , célèbre par le temple de Minerve Suniade , d'ordre dorique. On suppose que les dix |ieuf colonnes qui subsistent encore , sont un reste de ce temple. Au reste , c'est pour cela que ce promontoire se nomme capo colonni. C'est dans ce bourg qu'il y avait un temple de Neptune , comme on le déduit de ce vers d'Aristophane.
> Voyez le tome II des ries de plutarque, édit. de M. Brotier , note II , pag. 1 1 1 .
3 Grec : Digne de ce pays et du Peplos. L'Italien met : Digni erano di questa terra , et di questo peplo. Le traducteur latin a : Digni lioc solo , et ut eorum facta in peplo pingerentur. Cette dernière version donne , par le peu qu'elle ajoute au texte , l'explication de l'objet du Peplos. J'ai cru devoir me rapprocher de la précision de la phjase grecque , et conserver la dénomina-
2^S LB* CHETAtlERS;
des génëraux comme eux^ partout et toujours triomphans sur terre et sur mer ! Aucun y à la vue
tion grecque au Peplos , nhlXoç^ C'est ce que f obserye toutes les fois qu'il s'agit de quelque objet d'antiquité : et même je ne me fais nullement un scrupule de sacrifia à cette attention , l'élégance de la traduction. Le Peplos (en latin Peplus ou Péplum) était une grande pièce d'étoffe qu'on avait coutume , à Athènes y de consacrer à Minerve tous les cinq ans aux grandes panathénées: on voit un précieux vestige de cet usage antique dans le Mercaior de Plante , acte I , scène I , y. 66.
Neque nisi quinto anno qyoque posse tum visere Urbem, atque extemplo inde, ut spectavisset péplum y Nos rursum confestim exigi solitum a pâtre.
Virgile nous rappelle dans V^nâde , liv. I , v. 4^3 , Cette consécration faite par les femmes troyennes :
* Interea ad templum non aequ» Palladis ibant Grinibus Uiades passis , peplumque ferebant Supplicitçr tristes , et tunsae pectora palmis.
On voit la même consécration dans Homère , Iliad, VI , aSS. U nous y apprend d'où viennent ces Peplos , et de qui ils étaient l'ouvrage i
Avr:y (Éxcc^v) ^ tç âocXee/iov itctxt€^9otX9 xiitônfnt , ivf tgcot ol Ktzaht KeefaS9Ùtà9i , tfiycc yuvactxtov
Byoyf It^oviijÇij
On représentait sur ce Peplos les actions des grands hommes qui avaient rendu des services importans à la république. C'est ainsi qu'en rapprochant leurs noms et leurs beaux £iits , du culte rendu aux dieux , l'antiquité parvenait à leur procurer une plus grande célébrité et à imprimer à leur mémoire une idée de grandeur et de respect , que des monumens isolés ne sont pas faits pont inspirer. C'est à ce Peplos qu'Aristophane fait i ci aUusion.
GOMÉmE. , 2^9
des ennemis , ne cherchait à en savoir le nombre ; leur courage était disposé à faire face à tout, Que]qu!un poussé rigoureusement était-il jeté sur le côté , il secouait la poussière , et ne convenait nullement de sa chute ; bien plus , il revenait à la charge. Cléaenète-n'a jamais vu un seul de ces anciens chefs d'armée, intriguer auprès de lui pour obtenir d'être nourri aux frais du gouvernement, tandis qu'à présent ils refusent de se montrer à la tête des irroupes, si on ne leur accorde cet avantage et toutes les places d'honneur. Quant à nous, nous faisons serment de déployer tout notre courage pour nos autels et nos dieux pénates ; notre unique ambition est , qu'à la paix , quand nous nous remettrons des fatigues de la guerre , vous ne trouviez pas à redire à nos chevelures que nous laisserons croître, et au soin que nous prendrons de nous tenir très-proprement.
SECOND DEMI-GHOEUR.
O déesse tutélaire' d'Athènes ! ô Pallasî vou* qui régnez en souveraine sur le pays le plus religieux, le plus riche et le plus fécond en grands hommes dans l'art militaire et dans la poésie, venez à nous accompagnée de la victoire , notre coopératrice dans les armées et dans les combats, notre amie, qui partage tous nos sentimens contre nos ennemis. Montrez-vous dans ce moment :
25o LSS CHEVALIERS^
Toici l'instant où il importe, plus que jamais, aux Chevaliers , de remporter d'une manière ou d'une autre, un avantage signalé.
PREMIER DEMI-CHCHSUR.
Il convient aussi que nous disions des chevaux tout ce que nous en savons ; ils méritent que nous fassions leur éloge. Ils nous ont secondés dans plusieurs de nos incursions et de nos combats. Ils n'ont rien fait , à nos yeux , de bien merveilleux sur terre ; mais c'est quand ils se sont embarqués , en s'élançant comme l'eussent fait des hommes vigoureux, qu'ils ont été vraiment étonnans. Ils ont fait usage de tasses militaires, d'ail et d'oignons, ils ont manœuvré avec les rames, aussi adroitement que des hommes , et s'écriaient, dans leur ardeur : Hippapail qui prendra donc des rames ? allons ^ plus d^ ardeur j que faisons -nous? 6 Samphora '^ ne prendras-tu pas de rames ? Ils firent avec nous une descente à Corinthe : les plus jeunes s'y creusèrent des lits avec leurs pieds ^ et se procurèrent des couvertures. Au lieu des pâturages de Médie, ils se repaissaient des cancres qui sortaient de l'eau , ils plongeaient même à leur poursuite jusque dans le fond de la mer. Aussi ïhéorus fait-il dire a un cancre de Corinthe : //
^ Non donné à des chevaux marqués avec une lettre grecque. Voyez les Nuées» .
COMÉDIE. • 25t
est affreux , 6 Neptune! que je ne puisse avoir de retraite contre la voracité des Chevaliers , ni sur terre , ni sur mer, ni dans la profondeur de Fabîme.