‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 76 sur 112 · ACTE IL SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

ACTE IL SCENE PREMIÈRE

LE CHOEUR, LE VENDEUR DE BOUDINS

LE CHOEUR

O l'B plus chéri et le plus valeui^eux de nos amis, que d'inquiétudes nousavonseuessur votre compte pendant votre absence ! Contez-nous donc, maintenant que vous voilà de retour sain et sauf, comment le tout s'est passé.

LE VENDEUR DE BOUDINS

A-t-il pu se passer rien au sénat , qui ne fôt à mon avantage?

LE CHOEUR

/ Voilà bien l'occasion pour nous tous de témoigner notre joie. vous qui dites.de si bonnes choses, et qui en faites encore de meilleures, ayez la complaisance de nous mettre clairement au fait de tout dans le plus grand détail ! Il nous semble que vous nous mèneriez où vous voudriez, pour vous entendre. Parlez donc avec confiance , ô très-

.^ .-fc V,

excellent citoyen, noud sommes tous disposés à vous féliciter.

LE VENDEUR DE BOtIDINS.

Il est vraiment à propos que vous sachiez cela. J*ai donc suivi de près notre homme ^ : à peine entré dans le sénat , il a fait entendre des éclats de voix, semblables à ceux du tonnerre; il lançait contre les Chevaliers les traits de la calomnie la plus ingénieuse à imaginer des horreurs; il détachait contre eux des montagnes ^ ; il les accusait de conjuration. L'assemblée lui prétait attention, comme si ce qu'il disait eût été très-vraisemblable ; ses fourberies la séduisaient avec une facilité incroyable ^ ; elle prenait déjà un air dur, et le front de chacun se ref rognait. Dès que je me suis aperçu de l'effet que produisaient ses propos, et de l'erreur générale : A moi^ me suis- je dit, dieux de la canaille^ de V injustice y de la folie y des superchéries , de la jonglerie y et du marché où foi fait mon éducation y donnez-moi de V audace ^ de la loquacité et de l' impudence.... J'ai été inter-

' Cléon.

a Je lis E/Of ecieuv , au lieu d^Èfiti^atv, qui ne se sera glissé dans le fexte y comme le conjecture très-bien ]|[. Brunck, que par Figno* rance des copistes.

3 Grec : Elle a été imbue de ses mensonges aussi promptement que Farroche sauvage prend sa croissance. Arptifec^ui ^} Aioi i^X**'*w> ^ T«x^'«»« '<« fAiyt^oç •ty^*r«<.(Note deScholiaste. )

rompu par Un jeune débauche : il était à ma droite , et il a lâché un vent qui m'a obligé de le saluer; après quoi j'ai donné du derrière dans la barrière , l'ai fait sauter , et me suis écrié, en ouvrant une bouche énorme : (( Grande noui^elle, sénateurs^ nom^elle ifitéressante ! hé quoi! de^ puis que nous avons guerre^ jamais les anchois liront été à si bon marché ! A. ce mot , vous eussiez vu la sérénité reparaître sur tous les visages; on m'applaudit, on me couronne; dans la vue d'en venir pliB vite au but , je leur ai dit mon secret pour se procurer tme bonne quantité d'anchois à une obole , et en remplir tous les bassins qu'ils voudraient acheter ; aussitôt ils ont redoublé d'applaudissemens , et m'ont regardé, la bouche béante. Mais notre homme, le Paphlagonien j'entends, voyant ce changement, et étant parfaitement au fait du ton le plus propre pour ajnadouer le sénat , a proposé ainsi ses idées : O magistrats ! je suis d^auis , diaprés ce qui m^a été annoncé de flateur^ qu'on fasse une hécatombe à Minerve^ a cause de la bonne nouvelle : déjà le sén£^t lui prêtait attention; mais pour moi, ne voulant point être en reste , j'ai demandé deux hécatombes , et même un sacrifie de mille chèvres en l'honneur de Diane , si demain l'on criait à une obole le cent de sardines. Tous les yeux se sont sur-le-champ reportés sur moi. Le Paphlagonien,

interdit de mes propositions , et commençant à balbutier , a été entraîné par les prytanes et les licteurs qui se précipitaient en foule autour d'^un vendeur de sardines. Il les suppliait d'attendre un peu , jusqu'à ce que y disait-il , un député de Lacédémone eût obtenu V audience qu'il vient demander : il est chargé de parler de paix. . . . Tout le monde alors s'est écrié : quoi! imhécille y parler de paix y tandis que les ennemis savent que les anchois sont ici à vil prix ? Nous rie voulons point de paix ; que la guerre aille son train. Aussitôt les prytanes ont rompu l'assemblée, et chacun de sauter par-dessus les barrières. Pour moi, je me suis échappé par un chemin détourné , et j'ai acheté tout le poireau et toute la coriandre qui se trouvaient au marché ; ensuite j'en ai distribué à ceux qui en voulaient pour assaisonner leurs anchois, et j'ai donné le tjoux gratis. Chacun m'a comblé de louanges et de caresses ; de sorte que me voici , avec la satisfaction d'avoir gagné tout le sénat pour une obole de coriandre.

LE GH(»:UR

Vous vous êtes conduit là en homme vraiment inspiré. Ce fourbe de Pàphlagonien en a trouvé un autre bien plus riche que lui en fourberies , en ruses de toute espèce et en flagorneries. Préparez-vous maintenant à terminer le plus heureu-

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sèment possible cet assaut contre lui. Vous savez depuis long-temps que nous vous seconderons 4© tout notre pouvoir.

LE VENDEUR DE BOUDINS

Mais le voici : il s'avance comme s'il faisait effort contre les vagues , troublant et brouillant tout. Il semble qu'il va m'engloutir. Il veut épouvanter.

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