‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 80 sur 112 · LÉON · texte numérisé non relu

LÉON

Le peuple a raison; je lui suis utile.

LE VENDEUR DE BOUDINS

Explique-nous de quelle manière?

CLÉON

J'ai supplanté les généraux de Pylos, après m'y être transporté, et j'en ai ramené les Lacédémoniens ( chargés de fers ) :

LE VENDEUR D]B BOUDINS

' Et moi, en me -promenant, j'ai escamoté un potage qu'un autre avait fait.'

CLÉON

Convoquez au plus vite , cher peuple , l'assemblée générale , pour que vous sachiez lequel

I C'est d'Hyperbolus qu'il est ici question. Aristophane revient souvent sur le compte de cet hpmme. Voyez les Nuée» et h Paix»

eOMÉDÏÈ. 26r

de lui ou de moi vous est le plus altaché ; et pro-' noncez sur celui (fui mérite le plus de retour de votre pai*t.

LE VEJiDEUR DE BOUDINS.

Permettez , je vous en prie ; jugez ici , et non dans le Pnyx.

LE VIEILLARD

Il faut que rassemblée se tienne dans le Pnyx , comme de coutume ; je ne délibérerai point ailleurs.

' LE VENDEUR DE BOUDINS

C*est fait de moi ! je suis perdu l ce bonhomme-ci est très-sensé chez lui ;. mais quand il est rassemblé autour de ce tertre , il n'est pas moins stupéfait qu'un attacheux de figues, à qui la queue reste à la main ^*

LE CHŒUR

Allons 9 voici l'instant de mettre tout^ voiles

> Il fiiut observer ,. dit le- savant Gasatihon ^ qu'à Athènes on retirait des figues un très^grand revenu. On les exposait au soleil pour les faire sécHer , et on les appelait alors Ux»^i- Pour les exposer ainsi au soleil , on les suspendait par la queue avec des fils y ou autres attaches. Il arrivait souvent à /celles qui étaient trop mures , que la queue se détachait : c'était alors un graiid «narras pour les attacher. Or , ''Aristophane compare ici fort heuieusement le peuple vacillant et ne sachsint à quelle, opinion se fixer , avec celui qui attache des figues dont la queue lui reste à la main. Rien de plus comiu que le proverbe ti^ de cet usa^e chez les Athéniens.

262 LES GbEVALIEHS,

dehors , et d'user de toute la sagacité , de toute la présence de votre esprit , el d'argumens captieuit pour enferrer votre ennemi : c'est un maître ruse, qui se tire aisément des plus mauvaises affaires. C'est pourquoi faites toils vos efforts pour l'accueillir avec toute la vigueur dont vous êtes capable. Soyez bien sur vos gardes ; et , avant qu'il vienne contre vous à l'abordage , tenez votre grapin » élevé et précipitez-vous sur lui.

CLÉOlf*

O Minerve , protectrice de cette ville , puisqu'après Lysicléa ^, Cynna et Salabaccha ^ , rien ne m'est plus cher que le peuple athénien , je vous conjure de permettre que je sois toujours nourri au Prytanée , sans en être plus digne que je ne Vai été jusqu'à présent. Si j'étais capable de vous haïr , et de ne pas prendre votre défense , par ma seule effronterie , que je périsse, que l'on me scie le dos , 'et que de ma peau on fasse des courroies.

LB TCNDEtlll VE BOUDIHS»

Et moi / mon cher peuple, je consens à être

' Af>f <vas. Le scholiaste explique sut les vers 76a , ce que c'est que ^€^fCJ€ç. CeU revient à notre grapin.

^ Cette Lysicléa est le Tendeur de moutô&s dont il est question , acte I ; sicène I , dans l'oracle rapporté pav Dëmottliétiew Voyez Hësy<^us , au mot a/soêecrcxia^hç,

3 Deux fameuses courtisannes.

cuit, après avoir été haché en très-petits morceaux,, si je ne vous chéris et révère; et, si vous n'ajoutez pas foi à ces assurances , j'aime autant qu'on me râpe ici comme du fromage , sur un gâteau , et qu'on me saisisse par l'endroit ^ le plus sensible,, pour me traîner au Céramique 2.

CLÉON

Mais , ô peuple , comment peut-il y avoir quelqu'un qui vous aime plus que mçi? moi qui ai su vous diriger de manière à augmenter votre fisc , en extorquant à celui-ci , en égorgeant celui-là, en tourmentant les autres ? Je ne fpuisais nul cas des particuliers , pourvu que je vous fusse agréable-

LE VENDEUR DE BOUDINS

Cher peuple , il n'y a rien de merveilleux en cela : j'en ferai tout autant,, moi. J'arracherai ^ un chacun son pain et vous le servirai; mais je veux avant tout vous démontrer que l'amour et la bienveillance qu'il prétend avoir pour vous, viennent uniquement die ce qu'il se chauffe à vos dépens. Quoi! c'est vous, peuplç, qui avez si bravement combattu en faveur de ce pays contre

» Per i testicoli.

2 Le Céramique, dit Thucydide (liv. II) , est un monument poUie..a*.pI«a'beau ÊiuJ>ôiàrg.de3a ville .(d'Athènes), où Ton a reofpr^sé dô tout temp& ceux qui sont mests à la^ guerre, excepté ceux de ilarathon , q|^i , eai.iconmdératioiifde leur rtH'e valeur ^ Curent enterres au champ de bataitte. ^ '^

264 XiES CHEVALIERS^

les Perses à Marathon , et (jui , par votre victoire , nous avezmis à même de faire retentir nos exploits^ è'est vous qu'il laisse asseoir sur la pierre ! Il n'y fait pas attention , comme moi , qui vous apporte ce coussin que je vous ai fait. Allons , leveï-vous^ et asseyez-vous plus mollement^ pour que vous n'ajoutiez pas aux fatigues de Salaminç ■•

LE VIEILLARD

Qui êtes- VOUS ^ mon ami? ne seriez-vous pas de la raced'Harmodius? cette attention est charmante, et pleine de a^le pour le peuple.

CL^ON 9 au vendeur de boucfins.

Que tu te fais là un mérite de hienveillance à peu de frais!

LE VENDEUR DE BOUDINS

' Tu l'as leurré avec des appâts de bien moindre valeur. ^

CLÉON^

Allez, peuple, je parie ma tête qu'il n'y a jamais eu personne qui ait* mieux pris votre intérêt et qui vous ait plus aimé que moi.

LE VENDEUR DE BOUDINS

Toi ! tu aimes le peuple que tu vois sans pitié,

> l'voc fi^ rpiSfç x^^ h leàocfûn. Facile ipsâ sententift et pvaH^edente versu snppletur , Ttvptfijutvïi'ii ot^y^v. Ne nates atteras , qu«, cum in pralio ad Sakminem remum age^ > satis fÊta attrita» fuerunt. (Note de M. Brunck. )

GÔHÉDIE. 265

depuis sept ans accomplis » , loger dans des tonneaux , dans des antres , et dans 1^ tourelles des remparts ^ ? toi ! qui as éloigné toutes les voies d'accommodement offertes par Archeptolème ^ ; qui as donné du pied dans le derrière aux ambassadeurs chargés de traiter avec nous , et les as ainsi cbassés de cette ville?

CLÉON

Mais 9 ô peuple 1 c'est pour que vous fassiez la loi à toute la Grèce ; car il est écrit dans les oracles que Ton distribuera cinq oboles 4 aux juges, qui auront la patience de concourir à la prise de l'Arcadie. Pour vous, mon cher peuple , je vous nourrirai et soignerai tant que je pourrai , et ye prendrai des moyens , justes ou non , pour vous procurer le triobole.

'. Grec : Voila maintenant la huitième anôée qu'il habite ici.

» Voyez Thucydide , liv. II ; il en parle en deux endroits à% ee livre , et en décrivant l'état de la* viUe d'Athènes à l'époque de l'entrée de l'ennemi sur le territoire Âttique, et en décrivant cette horrible contagion qui fit tant de savages , et qui dut une partie de sea progrès aux retraites malsaines que leshabitans de la campagne s'étaient pratiquées dans la ville.

3 Lacédémonien envoyé à Athènes pour y traiter des moyens de faire la paix et de lever le siège de Sphactérie.

4 Appât merveilleux pour des gens qui aimaient à juger, etqv5 n'avaient que trois oboles. * *

LE YElf DEUR DE BOUBINS.

Non , certes, ton objet n'est pas d'étendre la domination d'Athènes sur l'Arcadie ; tu ne te proposes au contraire que de piller davantage et d^exiger des villes nombre de rétributions ; tu veux que le peuple , plongé dans le tourbillon de la guerre, ne s'aperçoive pas de tes friponneries, et que , pressé par la nécessité , par le besoin et par le désir de recevoir sa paye , il attende , la bouche béante, tout son salut de toi . Que si un jour, de retour dans son champ, il goûte les -fruits de là paix et peut se refaire en mangeant du blé nouveau et en retrouvant nos olives, il jugera de quels biens tu l'as privé pour le fixer à la paye! Il sortira de là plein de fureur et de rage, et demandera les voix contre toi. Tu prévois tout cela : aussi le retiens-tu dans Terreur et le berces -tu de tes vains projets.

* CLÉON

N*est-îl pas affreux que tu oses t'exprimer ainsi à mon sujet, et me noircir aux yeux des .Athéniens et du peuple ^ moi qui^ y en jurepar^Gérès, ai rendu plus de semces à la république que Thémistocle même?

LE VENDEUR DE BOUDINS

O citoyens (FArgos ! entendez ce qu'il ose

dire * ! ne te compares-tu pas à ce Thémistocle , qui, trouvant notre ville assez bien garnie , Fa comblée jusqu'àla faire regorger; qui, en lui procurant toujours bonne chère , Ta confondue avec le Pyrée ^ ; et qui , loin de rien retrancher d# nos anciennes jouissances, nous en a procuré de nouvelles en poisson? Mais toi, tu n'as cherché qu'à diminuer le nombre des citoyens, par la division que tu mets dans notre ville ^t par le* oracles dont tu la leurres; toi, oui toi, qui te compares à Thémistocle ; il fut contrai^t de s'exiler , et tu te repais ici de la nourriture la plus succulente 3.

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