‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 88 sur 112 · LE CHŒUR PARTAGÉ EN DEUX BANDES · texte numérisé non relu

LE CHŒUR PARTAGÉ EN DEUX BANDES

PREMIER DEMI-GHCEXIR.

Il est bien plus louable^ ^n commencement ou à la fin d'une action , de chanter les louanges de celui qui a su mettre un frein au cheval ' fougueux , que de déchirer de gaîté de cœur un Lysistrate ou un Thoumantis sans asyle ; ce dernier-ci , en effet , ô divin Apollon ^ tourmenté de la faim et baigné de ses larmes , ne quitte pas votre temple de Delphes , où il vous supplie , en embrassant votre carquois, tant il est pressé par le besoin.

SECOND DEMI-CHOEUR

Il n'y a rien d'odieux dans la satire qu'on exerce

1 M. Brunck cite ici , d'après les scholiastes , <{uatre y et s de Pindare , dont trois sont les mêmes , mot pour mot , que ceux d'Aristophane qui paraîtrait n'ayoir lait que copier.

GOMEDIB. 3o5

contre les méchans : elle mdrite au contraire les éloges de tout fiomme de bien , qui sait en juger sainement. Si ce malheureux que nous devrions immoler dans nos vers, jouissait de quelque célébrité, nous ne rappelerions ici aucun autre de nos amis. Pour ce qui est d'Arignotus, il est cennu de quiconque sait distinguer le blanc du noir, et connaît l'air orthiea. Il a un frère, qui ne lui appartient point quant aux mœurs , c^est l'infâme" Àriphrade, qui est tel, avec connaissance de cause et avec réflexion. Il ne se borne pas à être un libertin , ou un vaurien achevé , car il n'eût pas fait alors de sensation; mais il a inventé un genre particulier ; sa langue et sa £gure sont souillées de la fange des voluptés où il se vautre '; il s'exerce aux airs polymnestiens ^ , et vit avec un OËonichus. Quiconque n'a pas un pareil monstre en exécration^ ne boira jamais avec moi dans une même coupe.

PREMIER DEMI -CHOEUR

^Les longues nuits m^ont souvent vu occupé à

' I II est impossible de rendre dans aucune langue la liberté des expressions et la turpitude des images qu'offre ici le texte d'Aristophane : nous sommes obligés d*y renvoyer nos lecteurs.

a Voyez dans la nouvelle édition du Plutarque d'Amyot, Paris, Cussac, les notes et le texte sur Polymneste, tom. XXII, pag. 173, i83, 184, iS^,etc.

9o6 LES CHEVALIERS,

rechercher la cause < de la voracité insatiable de Clëonyme. On dit de lui , que, semblable aux animaux, dès qu'il a la tête dans la panetière des riches, on ne peut Ten retirer , et qu'ils sont obligés de le supplier de leur Uisser de quoi manger à leur tour : daignez, lui disent-ils prosternés à ses pieds^ sortir et épargna: ^in peu notre table.

SECOND DEMI-CHOEVa

On raconte que nos trirèmes ont eu une conférence ensemble , et que l'aînée de toutes a dit à ses cadettes : n'avez-vous point ouï parl^, mes sœurs j de ce qui se passe dans la ville? On dit qu'un quidam , un. mauvais citoyen , ce pervers Hyperbolus a demandé une centaine d'entre nous, pour une expédition en Ghalcédoine. On ajoute que les trirèmes avaient été choquées de cela , et avaient jugé la chose impossible ; enfin qu'une d'elles, qui n'avait jamais eu de commerce avec aucun homme , avait parlé en ces termes : ô Dieux ! loin de nous pareil malheur ; jamais, non jamais, il ne sera mon pilote y je préférerais , s'il le fallait, être rongée dans ce port par les artisons, et y tomber en pourriture. Que je ne sois pas non plus, 6 Dieux ! non , que je ne sois pas commandée par

' Parodie des 378" et 379« vers de VHippolfte d'Euripide. JTai etBployë les propres expressions de la traduction du P. Bro. moy.

COMÉDIE^ Soj

ce Nauphante, fils de Nauson », puisque je suis encore bien garnie de bois et de poix ! Si les Athéniens ne désapprouvent pas mon idée, nous n'avons point de meilleur parti que de fuir vers le temple de Thésée ou des Euménides, et de les supplier en notre faveur. Non, fier de nous commander, il ne tournera pas nos citoyens en dérision ; qu'il navigue seul pour sa perte , s'il le veut, et qu'il se contente de conduire les chaloupes où il vendait des lanternes.

■ OidV N«evf«VTJ7« yt , r?« N«uVtoV3$ , où , rf^r*, eu ^eai , Frischlin traduit ainsi ce yerâ :

Al ne Nanphantes ^idem nausonis imperitet mihi.

La version latine qui est à la aolCe de la beHe édition, de M. Bruncky porte: ^

Nec Nauphantx Nausoniâ fîliae nayarchus iUe sitj^ ne sit, inquam, ô Dii.

L'Italien a lu différemment cet endroit :

£ che una dice , che \ion era venuta apresso à gli nomini , che rimuoye i mali : tu non mi «ignoregiarai mai : ma se*l sarà forzà , marcendo ne le miser ié qui m*invecchierô ,,ne soprastante di naye à una naye utile , non per certo, ô dei .

Je préférerais le sens de cette traduction , si elle ne faisait pas un peu yiolence au texte , tel que les meilleures éditions nous 1^ représentent aii^ourd'hui.

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