SCÈNE VIL CHOEUR DÉ FEMMES, CHOEUR DE VIEILLARDS
GHi^UR DE VIEILLARDS.
Je veux vous conter une fable , dont autrefois on entretenait mon enfance. La voici : Il y avait un jeune homme appelé Mëlanion ; pour éviter de se marier , il s'enfonça dans des déserts, et vivait sur les montagnes ; il allait à la chasse des lièvres, faisait des filets , et avait un chien avec lui ; il ne remit plus le pied chez lui , par antipathie pouv les femmes qu'il détestait. Pour nous autres , partisans de la tempérance^ nous ne les détestons pas moins que Mélanion.
UN VIEILLARD
Petite vieille, je veux t'embrasser....*
UNE FEMME
Tu ne veux donc plus avoir recours à l'ognoni?
LE VIEILLARD
Et me mettre en devoir de te donner des
coups de pied.
LA FEMME
L'ami, tu as bien de la barbe 2,
» Le grec porte : Tu ne mangeras donc plus d^oignon? C'est un proverbe, pour dire que Ton pleurera bien sans manger d'ognon.
2 C'est-à-dire , je t'arracherai ta barbe touffue.
438 liTSISTRATA ,
LE VIEILLARD
Et Myronide , redouté de tous ses ennemis , était également velu de ce coté-là , et avait le derrière tout noir : tel était aussi Phormion.
CHOEUR DE FEMMES
Je veux vous faire un conte pour servir de pendant à celui de Mélanion : Un certain Timon était affreux; son visage hérissé de poils était inabordable ; c'était un véritable enfant des Furies. Ce Tira on , plein de haine contre la perversité des hommes ^ s'en éloigna en faisant les plus horribles imprécations. Voilà comme , en revanche, celui-ci ne pouvait souffrir ces méchans hommes ; mais il aimait passionnément les femmes.
UNE FEMME
Voulez-vous donc que je vous donne sur la mâchoire?
tin VIEILLARD.
Je n'ai pas peur.
LA. FEMME
Je vous donnerai des coups dans la jambe.
LE VIEILLARD
Vous le ferez voir i.
'Tu mi mostrarai la filippa.
LÀ FEMME
Eh bien ! toute vieille que je suis , vous n'y verrez rien : tout a été enlevé avec la lumière d'une lamjpe*